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| La Veuve |
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Mercredi le 14 octobre, 2009 |
«La Veuve», de Gil Adamson
roman, Boréal, 2009
traduit de l’anglais (Canada) par Lori Saint-Martin et Paul Gagné. En coédition avec Christian Bourgois Éditeur.
424 pages, 24,95$
« C’était la nuit, et les chiens surgirent d’entre les arbres, déchaînés, hurlants. Ils jaillirent du couvert de la forêt et leurs ombres flottèrent dans un champ baigné de lune. Pendant un moment, on eût dit que la piste de la fille s’était déchirée comme une toile d’araignée, qu’elle avait été emportée par le vent ; il n’en restait que des lambeaux inutiles semés çà et là »
Ainsi débute «La veuve», alors que cette dernière, poursuivie par des chiens et des hommes, ses grandes jupes noires traînant dans la boue, court et se cache. Elle a tué son mari et est talonnée par ses deux beaux-frères, des jumeaux roux et grands, impressionnants. Elle s’enfuit donc, dans ses habits de veuve, et nous la suivons dans son périple à travers l’Alberta du début du 20e siècle. Nous sommes avec elle lorsqu’elle meurt de faim, lorsqu’elle tremble de froid, lorsqu’elle rencontre plusieurs personnages particuliers, tous mémorables pour différentes raisons, et qui orienteront sa route jusqu’au sommet des rocheuses albertiennes, ainsi que dans une ville de mineurs où un drame se produira.
Le roman est prenant; nous entrons dans l’univers de la veuve, cette fuite qui la fait avancer. Nous sommes témoins de ses apprentissages au fur et à mesure qu’elle va vers l’inconnu, se remémorant par bribes ses souvenirs : sa famille, les drames qu’elle a vécus, son mariage raté, son bébé mort, le meurtre de son mari... Peu à peu nous en apprenons sur cette veuve, Mary Boulton, au rythme de ses retours dans le passé, qui ne manquent pas de surgir alors qu’elle lutte pour la survie dans une forêt aussi magnifique de sauvage.
Toujours derrière elle, nous retrouvons les deux rouquins inquiétants qui désirent venger leur frère assassiné. Le suspense fonctionne. Gil Adamson nous tient en haleine ; les chutes des chapitres sont étonnamment efficaces, et la traduction est superbe. En effet, le texte est descriptif sans être lourd, les images sont belles et justes sans être abstraites ; Mary est crédible et attachante. Les éléments de la nature sont décrits de façon saisissante, tout comme les êtres que Mary rencontre sur son chemin cahoteux.
Impossible de ne pas s’attacher à cette toute jeune femme – 19, 20 ans – qui, forte et fragile à la fois, court vers son propre destin, inconnu, mystérieux, effrayant, mais pourtant plein de possibilités. Oui, nos mains agrippent presque ses jupes et pantalons noirs en même temps qu’elle, nous courons, tous, vers la vie.
Un roman à lire, une épopée inoubliable.
Lucie Ledoux
Critique littéraire
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Critique littéraire Lucie Ledoux
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