Ce livre nous raconte les aventures vécues par l’auteur, Edward Abbey, alors qu’il travaillait comme ranger au Parc National des Arches, en plein désert de l’Utah, dans les années 50. Il vivait dans une caravane du service des Parcs, dans la plus grande solitude la plupart du temps. Son travail consistait à sillonner et à inspecter le territoire, à guider les touristes peu nombreux à l’époque, et à voir au bon ordre de l’endroit. Il s’y plait beaucoup, observe la nature qui l’entoure, et s’inquiète des nouveaux aménagements prévus pour rendre le parc plus accessible aux touristes. Il est outré de voir les gens arriver dans leurs grosses voitrues et faire le tour du parc en ne descendant même pas, et en prétendant avoir tout vu. Qu’en est-il de la faune, la flore? Qu’en ont-ils vu? Il s’insurge contre la détérioration des endroits encore sauvages et le non-respect de la nature. Tout au long des pages, il raconte ses randonnées à pied dans les montagnes, à cheval, en canot, ses rencontres avec la faune sauvage, il évoque la lumière extraordinaire, les levers de soleil, et la chaleur excessive qui brûle tout. Cette chaleur, il en parle sans cesse, celle qui assèche, qui peut tuer, et qui met constamment la recherche d’eau nécessaire et vitale.
« C’est le plus bel endroit au monde. Des endroits comme ça, il en existe beaucoup. Tout homme, toute femme, a dans son cœur et dans son esprit l’image de l’endroit idéal, de l’endroit juste, de l’authentique chez-soi, connu ou inconnu, réel ou imaginé. Une péniche dans le Cachemire, un appartement avec vue sur Atlantic Avenue à Brooklyn, un corps de ferme gothique totu gris au bout d’un chemin de pierres dans les Allegheny Mountaines, une cabane sur la berge d’un lac bleu dans la région des pins et des épicéas, une vue sur le monde depuis un appartement confortable en haut d’une tour noyée dans le smog onctueux et velouté de Manhattan, Chicago, Paris, Tokyo, Rio ou Rome – il n’y a pas de limite à la capacité qu’a l’homme de se sentir chez-lui quelque part. (…) Pour moi, ce sera Moab, Utah. Je ne parle pas de la ville elle-même, bien sûr, mais de ses environs : le pays des canyons. Le désert de grès lisse. La poussière rouge et les à-pics brûlés et le ciel solitaire. Tout ce qui se trouve au-delà du bout des routes. »
Ce livre est un classique du genre, publié pour la première fois en 1968. C’est un récit naturaliste qui s’attarde aux inconvénients de la modernisation, avec tout ce que cela implique, mais surtout aux splendeurs du monde sauvage. Qu’on le lise pour la beauté du texte, ou la nature des propos, c’est un enchantement. J’aime tellement ces auteurs qui nous plongent au cœur de la nature, qui nous font voir les choses comme à travers une loupe, qui nous ouvrent les yeux sur des évidences. C’est du bonheur à chaque page, dans la simplicité.
Titre : Désert solitaire
Auteur : Edward Abbey
Éditeur : Gallmeiste
Prix : $34,95