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| Coventry - Critique de Gilles Chartrand |
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Dimanche le 20 juin, 2010 |
Helen Humphreys est née en Angleterre et habite maintenant en Ontario. Elle est poétesse et romancière (elle a produit des romans, des poèmes, des récits et des nouvelles).
Coventry est, simultanément, l'histoire (fictive) de Harriet Marsh et celle (réelle) de l'attaque aérienne allemande sur la ville anglaise de Coventry, en 1940.
Au premier chapitre nous sommes le 14 novembre 1940, au deuxième le 20 septembre 1914, au troisième le 5 mars 1919 et ainsi de suite jusqu'au dernier où nous sommes le 26 mai 1962.
Nous y suivons Harriet Marsh, ainsi que des personnes qui "croisent sa route" et d'autres qui la partagent un certain temps. Une bonne partie de ce qui nous est raconté se passe durant les deux grandes guerres mondiales : donc, l'histoire, les événements, la vie des personnages, sont rarement joyeux, souvent sombres. Je me suis rapidement attaché à Harriet; j'ai partagé ses rares joies et ses nombreuses peines; j'ai admiré sons énorme courage; j'ai eu peur pour et avec elle; j'ai espéré pour elle des jours meilleurs; il m'est même arrivé, à quelques reprises, de fermer le livre et d'être un peu triste.
Mais Coventry, qui est un roman de drames et de malheurs, en est un, aussi et surtout, de courage et d'espoir. Et, en plus, il est un roman historique où l'une des attaques aériennes les plus meurtrières de la Seconde Guerre mondiale y est tellement bien décrite que nous n'avons aucune difficulté à voir ce que nous lisons.
Aussi, c'est très spécial et, au début, un peu déstabilisant que des événements aussi violents soient décrits avec une écriture aussi douce.
Le roman débute ainsi : [14 novembre 1940] L'hirondelle arrondit son vol et plonge au-dessus de la cathédrale. Harriet Marsh la regarde s'évanouir dans la noirceur qui s'étend sur la ville. Les pas de la femme résonnent sur les pavés qui la mènent vers l'église. L'oiseau se déplace dans l'air de la nuit avec la vivacité d'un brusque émoi. Harriet marque une pause au bas de l'échelle, observant la trajectoire de l'hirondelle solitaire qui semble s'enrouler autour de la flèche de l'église.
Le deuxième chapitre débute ainsi : [20 septembre 1914] Le restaurant est sombre et bruyant. Harriet s'arrête un moment dans l'entrée, essayant de s'orienter. Ce qui subsiste de la lumière du jour se faufile au-dehors et les regards des gens assis dans la salle presque obscure convergent là où elle se tient, avec la porte toujours grande ouverte derrière elle.
«Voilà deux endroits bien différents», pense Harriet en pénétrant dans la pièce. Il y a le dehors, sous le ciel maussade, et le dedans, avec ces tables couvertes de vaisselle et la danse du feu dans l'âtre du foyer. Un endroit est fait pour être seul, l'autre pour socialiser. Harriet n'est pas sûre de savoir auquel des deux va sa préférence, mais Owen l'a déjà repérée et lui fait signe de le rejoindre, là où il est attablé avec ses parents.
Certains passages constituent des informations historiques fort intéressantes. En voici un exemple : Mais rien ne lui avait ramené Owen et, à la fin de la guerre, quand on eut fini le décompte du carnage, Owen Marsh devint simplement l'un des quelques huit mille soldats ayant péri le 30 octobre 1914, lors de la bataille d'Ypres - simplement l'un des quatre-vingt-dix mile soldats britanniques «sans sépulture connue», comme le voulait la formule militaire consacrée. Toute une génération de jeunes hommes sacrifiés. En voici un deuxième : Owen avait eu le temps d'écrire une seule lettre à Harriet avant d'être «porté disparu, présumé mort». Avant cette lettre, elle avait reçu une carte postale réglementaire. Cette carte comportait des phrases déjà toutes faites que le soldat devait rayer si elles ne s'appliquaient pas à sa situation. Les phrases rayées par Owen avaient donné le frisson à Harriet quand elle avait parcouru la carte :
J'ai été admis à l'hôpital.
Je suis malade et je prends du mieux.
Je suis blessé et j'espère être bientôt démobilisé.
Je n'ai pas reçu de lettre de toi depuis un certain temps.
L'unique formule laissée intacte par Owen était l'anodine et toute simple Je ais bien, une lettre suivra bientôt.
Évidemment, il ya plusieurs scènes comme celle-ci : Le bombardement secoue le sol si fort que les gens en fuite dans les rues titubent comme des ivrognes. les secousses les projettent d'un côté puis de l'autre et Harriet, pour garder son équilibre, se surprend à chercher des murs qui n'existent plus. Elle trébuche dans la rue, se relève, mais le sol s'agite comme un tapis qu'on bat, et elle retombe aussitôt. Une de ses jambes est meurtrie. La combinaison du bruit, des débris et de la terre en furie lui fait perdre ses boucles d'oreille. Le souffle d'air brûlant rejette sa chevelure derrière elle et vide ses poumons de leur oxygène.
Elle maintient son emprise sur la main de Jeremy. « Nous faisons partie des chanceux, pense-t-elle. Ceux qui ont réussi à s'échapper. » Ceux qui n'ont pas eu cette chance s'étaient réfugiés sous leurs meubles ou dans leurs caves quand leur maison s'est disloquée, et ils ont été noyés sous les briques et les poutres, ensevelis sous tout ce qu'ils avaient chéri.
Il y a aussi des passages comme celui-ci : Harriet a la certitude de sentir l'odeur des livres qui brûlent dans la bibliothèque, l'odeur des pages qui sont réduites en cendre, toutes ces pages qu'elle a parcourues, au papier épais et légèrement humide, parfois collant au toucher, aux marges jaunies. Elle tirait une légitime fierté de tout ce qu'elle avait appris ici. Toutes ces connaissances qu'elle pouvait glaner à chacune de ses visites la réconfortaient. Aujourd'hui, ces heures de contemplation immobile passées à la bibliothèque lui semblaient complètement irréelles.
Pour Harriet, la lecture était un moyen de combattre la solitude, ce qui se rapprochait le plus d'une compagnie. Quand on lit un livre, tout le reste s'arrête, le temps se suspend. On est parfois plus comblé par un livre qu'on peut l'être dans la vraie vie.
Finalement, voici quelques courts extraits des remerciements : - Plusieurs livres et témoignages racontent en détails les événements du 14 novembre 1940 [...] - Ma description des brasiers de la ville s'inspirent de comptes rendus des habitants de Coventry et de témoignages du bombardement de Bagdad. - Le guide touristique auquel Harriet fait référence dans la section 1919 est le guide illustré Michelin de la même année [...] - La lettre d'Owen Marsh est en fait une lettre rédigée de la main de mon grand-père, Dudley d'Herbez Humphreys, qui s'est battu dans les tranchées d'Ypres en 1914.
Coventry
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