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Le sexe en mal d’amour*****


Samedi le 10 décembre, 2005

De la révolution sexuelle à la régression érotique
Jocelyne Robert
Les Éditions de l’Homme, 2005, 240 p., 24,95 $

Voici le livre le plus pertinent qu’il m’a été donné de lire depuis belle lurette sur la sexualité – ou devrais-je dire sur l’amour? Car Mme Robert dénonce ici l’omniprésence de l’un… au détriment de l’autre. Elle le fait avec intelligence et pertinence; avec verve, humour, sens de la dérision. En fait, elle fait preuve d’un mordant bien croquant — un vrai plaisir! Elle dit par exemple, en parlant des adolescents — bien que le livre ne s’adresse pas directement à eux : « Ils ignorent la joie de mouiller en se sirotant la peau du cou : ils s’exercent à sec à la minette et à la pipe! » (p. 12)

Précise, elle aborde d’abord la question du vocabulaire, parfois sur le mode de la comparaison : l’érotisme ou perdre pied; la pornographie ou baiser comme un pied… L’amour : « Pour fleurir, le sentiment amoureux a besoin d’adjoints solides et égalitaires : l’amitié, le respect et l’admiration réciproques. » (p. 44) Et encore : « Le désir est attraction, l’amour est relation » (p. 61).

L’orgasme : (…) « quelques époustouflantes secondes au cours desquelles de 3 à 12 spasmes libératoires se suivent aux 8/10 de seconde, chez les hommes comme chez les femmes. C’est donc l’étape la plus fugitive de la promenade érotique toute traversée de plaisir, depuis le désir, son pont de décollage, via l’excitation, le plateau et la résolution, c’est-à-dire avant, pendant et après le débondage et la débandade. » (p. 62) « Physiologiquement, les sensations qui accompagnent l’orgasme — vagues, spasmes et contractions harmonieuses — sont toujours ressenties, quelle que soit la zone stimulée, au niveau du tiers externe du vagin. » (p. 89) C’est ce qu’on appelle « orgasme vaginal » — un pléonasme, puisqu’il n’y en a pas d’autre!

Elle affirme, en toute connaissance de cause et dans un langage on ne peut plus clair, nos réalités féminines : « Le clitoris est au cœur de la jouissance et de la sexualité féminine et nous devons combattre toute tendance, d’obédience freudienne ou autre, visant à le rabaisser. » (p. 61) (…) « le clitoris est LE conducteur d’électricité orgasmique. Il agit comme du bois d’allumage dont les propriétés sont de brûler vite et fort et d’enflammer le bois dur. Cet organe du plaisir, s’il n’est pas charcuté ou abîmé par le bistouri, reste vivant, dynamique et fonctionnel jusqu’à la fin de la vie. » (p. 86)

Le survol des mœurs sexuelles à travers le temps est tout aussi instructif! « Jusqu’en 1920, dans certaines régions de pays aussi civilisés que la France et les États-Unis, on punissait les vilaines fillettes masturbatrices en cautérisant leur clitoris. » (p. 72) Ouf! On l’a échappé de justesse! A-t-on bien avancé depuis? (…) « en 2004, les mannequins féminins tridimensionnels utilisés dans les cours de sexualité n’ont toujours pas de clitoris. » (p. 75) De nos jours, aux États-Unis, on commet encore des pratiques barbares sur des bébés filles, réduisant la taille de leur clitoris quand on la juge hors normes – pour l’amour du ciel, quelles normes?

« Les jeunes filles modernes crient au scandale à propos de l’excision tout en examinant le plus sérieusement du monde la possibilité de se faire découper pour se faire rapiécer... » (p. 95) La sexualité semble le champ réservé de la jeunesse et de la beauté – selon des canons bien précis que rencontrent finalement bien peu de gens. « Les traces de vie ne sont plus admises! » (p. 96), dit joliment l’auteure. « Je comprends mal [et moi aussi!] qu’on combatte si peu cette névrose de recours à la chirurgie esthétique. » (p. 96)

Je me souviens m’être vérifiée auprès de ma fille cadette; après tout, je vais bientôt avoir 60 ans et je suis peut-être dépassée? Non! À 20 ans, elle éprouvait la même sensation que moi d’être agressée par toutes ces pubs autour de nous (nous étions au centre commercial) valorisant la minceur et étalant les gros nichons.

Mme Robert aussi en a marre : « L’embonpoint sexuel de nos sociétés démultiplie les effets pervers et les problèmes. Les hommes ne bandent plus, bandent mal ou pas assez. C’est du moins ce que l’on entend. Et s’ils en avaient juste marre de devoir bander? Les femmes souffrent de manque de désir. Et si elles en avaient simplement assez de devoir désirer sur commande? Les couples sont affligés de fréquences sexuelles différentes. Et puis après? Excellente occasion pour l’un de fantasmer, pour l’autre de désirer. Si on laissait à d’autres les marathons érotiques! » (p. 130)

J’aime son sens du réalisme et le langage qu’elle utilise pour en rendre compte : « Tout le monde sait bien qu’une composante de l’érotisme réside dans la nouveauté, que l’attirance sexuelle est amplifiée par l’inédit à explorer. Une fois cela connu, on se trouve devant une alternative : soit on demeure un éternel débutant qui nage en surface ici et là, soit on part à la découverte de la beauté des profondeurs. Il n’y a pas de troisième voie. » (p. 138)

Enfin, dans une dernière partie, elle propose d’échanger les relations sexuelles successives et sérielles contre une sexualité partagée et relationnelle. Elle fait un éloge magnifique de l’intimité et de la complicité essentielles à l’érotisme, à l’amour, à la durée…

Le livre s’émaille de plusieurs exemples. Certains témoignages sont particulièrement touchants; ceux de certains jeunes sont à frémir! Voici un livre sain, rafraîchissant, je dirais presque salvateur. À lire absolument!

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