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Uparathi Littérature (adulte)
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Vendredi le 10 juin, 2005
La rencontre de deux destins
Collectif
2005 Hazan / Musée national des beaux-arts du Québec / musée Rodin, 384 p., 59,95 $ (couverture souple) et 69,95 $ (couverture rigide)
Quatorze auteurs ont contribué à ce catalogue très fouillé. Neuf des vingt-deux textes sont le fait de Mme Antoinette Le Normand-Romain, conservateur général chargé des sculptures au musée Rodin, à Paris, et cocommissaire de l’exposition éponyme. C’est à travers les œuvres comparées des deux grands artistes, dont on trouve ici quelque 350 magnifiques photographies, qu’on rencontre leurs destins. Livre et exposition suivent les mêmes cinq grandes divisions.
I. Avant la rencontre
Yves Lacasse (Claudel : les œuvres de jeunesse) nous parle de l’enfance de Claudel et de ses premiers maîtres, Alfred Boucher et Paul Dubois, avant Auguste Rodin. Sa toute première œuvre, La Vieille Femme, est saisissante de beauté et de bonté, de douceur et de réalisme. Camille n’a que 18 ans!
Dans Rodin en 1882 : sur la pente ascendante du succès, Antoinette Le Normand-Romain nous apprend que Rodin, qui vit avec Rose Beuret depuis vingt ans, se refuse pourtant à reconnaître leur fils, Auguste. Fantasque, il prête la figure belliqueuse de sa femme à un buste devant représenter… la paix!
II. Le temps du bonheur (1882-1892)
L’auteure poursuit avec un texte intitulé Dans l’atelier de Rodin, où il travaille à sa Porte de l’enfer, puis aux Bourgeois de Calais. Il s’enthousiasme tant pour l’histoire de ces bourgeois qu’il en fera six pour le prix convenu pour un! Comme le veut la tradition de l’époque, ils sont exécutés directement en grandeur nature et nus, et seront habillés plus tard. Autre coutume : Rodin « modelait les corps sans s’embarrasser des têtes, pieds et mains dont il laissait le soin à ses assistants. » (p. 57) Plus qu’une assistante, Camille devient vite « sa collaboratrice clairvoyante et sagace. » (p. 60) Au point qu’on a peine à distinguer leurs œuvres de cette époque!
(Camille Claudel, La Valse, 1893. Bronze, 43,2 x 23 x 34,3 cm. Collection du Musée Rodin, Paris. Photo : © Musée Rodin / ADAGP (Paris), SODRAC (Montréal), Adam Rzepka.) Ce que démontre Mme Le Normand-Romain dans l’article suivant, justement intitulé Claudel ou Rodin? Dans Tête-à-Tête, elle présente ensuite plusieurs bustes des deux artistes. Elle poursuit, dans « Camille, ma bien-aimée malgré tout », avec des extraits de lettres et le contrat par lequel Rodin s’engage à épouser Camille… alors même qu’il écrit aussi des billets doux à Rose Beuret! Camille réalise son œuvre de plus grandes dimensions, Sakountala, et La Valse, qui confirme son talent.
Raphaël Masson (Camille Claudel portraitiste) s’attarde donc aux portraits réalisés par Camille, généralement de gens de son entourage car les modèles coûtent cher, qui démontrent une grande dextérité aussi bien que le caractère de l’artiste. Il faut voir, par exemple, la dentelle de marbre de cette Comtesse Arthur de Maigret, née Marie Chandon de Briailles! Sculptés ou dessinés, ces portraits sont forts, vrais, réels – et c’est ce qui fait leur grande beauté. « Une âme derrière un visage » (p. 133), conclut l’auteur.
(Camille Claudel, La Petite Châtelaine avec les cheveux tout à jour, 1895. Marbre, exécuté par Camille Claudel, 1896, 44 x 36 x 29 cm. Collection Roubaix, La Piscine — musée d'Art et d'Industrie André-Diligent) Dans Les séjours à l’Islette, Bruno Gaudichon nous apprend que c’est peut-être ici que Camille se serait reposée d’un avortement… L’auteur nous présente longuement cet autre chef-d’œuvre : La Petite Châtelaine.
III. Le temps des orages (1892-1899)
Dans Ostéologie de vieilles (Antoinette Le Normand-Romain), nous assistons au triomphe de Clotho.
(Camille Claudel, L'Âge mûr, 1899. Bronze, 121 x 181,2 x 73 cm. Collection du Musée Rodin, Paris. Photo : © Musée Rodin / ADAGP (Paris), SODRAC (Montréal), Adam Rzepka.) Quant au directeur général du Musée national des beaux-arts du Québec, M. John R. Porter, avec l’article intitulé L’âge mûr ou la fatalité, il nous offre à la fois une étude intéressante et fouillée de L’Âge mûr, ainsi qu’un portrait fort émouvant du destin tragique de Camille Claudel.
Camille aura sans doute quitté Rodin pour ces deux raisons : lui ne voulait pas abandonner Rose; elle, voulait s’affranchir de lui sur le plan artistique. L’âge mûr, son œuvre la plus ambitieuse, illustre parfaitement ces deux aspects. Après avoir tant travaillé à l’obtention pour Camille de cette commande de l’État, Rodin, la voyant enfin et en comprenant pleinement la signification, la fait bloquer!
Dans Camille Claudel : caricatures acides, Jacques Vilain nous présente ces quatre dessins de Camille qui démontrent l’ironie — peut-être même la méchanceté — dont elle était capable!
Antoinette Le Normand-Romain nous revient avec le très beau texte Balzac, pour raconter la vie tourmentée de ce chef-d’œuvre de Rodin, d’abord décrié et moqué – sauf par les artistes eux-mêmes. Dans Camille sublimée, elle nous montre les répétitions que multiplie Rodin du visage de celle qui est désormais absente : L’Adieu, La Pensée, L’Aurore, La France…
Véronique Gautherin, dans Variations poétiques autour de L’Aurore, nous parle des tentatives d’Antoine Bourdelle de mettre en mots ce que lui inspire la contemplation de L’Aurore…
IV. Camille Claudel : l’affranchissement (1895-1905)
Dans Les « croquis d’après nature », Laure de Margerie nous montre Les Causeuses, La Vague, Rêve au coin du feu… qui mêlent les matériaux, ajoutent la couleur au mouvement, s’éloignent de Rodin – enfin! – pour traduire le génie propre à Camille.
Parmi les commandes de la comtesse (Un mécène : la comtesse de Maigret, Anne Rivière), il y a Persée et la Gorgone, dernière grande œuvre de Camille Claudel.
Eugène Blot (« Prenez la main que je vous tends ». Eugène Blot, du milieu des fabricants de bronze à celui des galeries, Catherine Chevillot) est parmi les premiers à proposer la limitation des tirages...
V. « Il n’aura aimé que vous »
(Camille Claudel, Vertumne et Pomone, 1905. Marbre, 92 x 80 x 42,5 cm. Collection du Musée Rodin, Paris. Photo : © Musée Rodin / ADAGP (Paris), SODRAC (Montréal), Erik et Petra Hesmerg) « Vertumne et Pomone avait été le dernier effort d’une grande artiste. » (Une niobide mourant d’une flèche, Antoinette Le Normand-Romain, p. 280) Alors que Camille accuse Rodin de vouloir lui voler ses idées, cette dernière œuvre emprunte beaucoup à Rodin... C’est ici que s’achève — déjà! — la carrière de Camille.
Elle commence à détruire ses œuvres. (L’exil de Camille, la gloire de Rodin, Line Ouellet) Sa famille la fait enfermer à l’asile à 48 ans, jusqu’à sa mort, à 78 ans. « La peur du scandale a vraisemblablement motivé cette décision extrême. » (p. 292) Rodin, pour sa part, est en passe de devenir « l’artiste le plus célèbre du monde » (p. 293). Lui qui « fut toujours l’homme de deux femmes (une et les autres) » (p. 296), épouse Rose Beuret peu avant leur mort, elle le 16 février 1917, lui le 17 novembre 1917. Quant à Camille, elle décède à l’asile le 19 octobre 1943. Suit la chronologie croisée de ces deux destins aux fins si dissemblables.
Viennent ensuite trois études. Dans Camille Claudel, Claude Debussy : une amitié, Jean-Michel Nectoux confirme le statut d’amitié et non d’amants de Camille et du musicien. Odile Ayral-Clause nous parle des femmes sculpteurs dans la France du XIXe siècle et des conditions difficiles qui leur étaient faites. « Aucune femme n’osa, comme Claudel, défier ouvertement les restrictions imposées à sa liberté d’expression. » (p. 322) Enfin, à la question Camille Claudel, « une femme de génie »?, Marie-Victoire Nantet répond évidemment par l’affirmative.
Suivent les nombreuses notes, puis le catalogue proprement dit des œuvres exposées; des extraits de la correspondance de Camille et Rodin; et pour terminer, bibliographie et crédits photographiques.
Cet ouvrage est publié à l’occasion de l’exposition**** Camille Claudel et Rodin : la rencontre de deux destins, organisée par le Musée national des beaux-arts du Québec avec le musée Rodin de Paris et en collaboration avec le Detroit Institute of Arts et la Fondation Pierre Gianadda de Martigny, et présentée à : Québec, Musée national des beaux-arts du Québec, du 26 mai au 11 septembre 2005; Detroit, Detroit Institute of Arts, du 2 octobre 2005 au 5 février 2006; Martigny, Fondation Pierre Gianadda, du 3 mars au 15 juin 2006.
1 Pas du tout, 2 Un peu
3 Assez, 4 Beaucoup, 5 Passionnément
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