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La terre sans mal**** (roman)
 

Mercredi le 10 juin, 2009

Melchior Mbonimpa
Éditions Prise de parole, 2008, 294 p., 23,95 $

Quand Teta Rébecca songe à « sa terre sans mal », le Canada, elle ne peut s’empêcher de sourire de toutes les illusions qu’elle entretenait, à son arrivée, sur son pays d’accueil. Exilée avec trois jeunes enfants à la suite de l’assassinat de son mari dans un conflit en Afrique des Grands Lacs, elle foulait pour la première fois il y a vingt ans le sol du pays de la consolation. Or, la terre promise ne s’est pas révélée sans écueils…

Teta décide de confier son parcours trop lourd au père Robert. Le récit est fait à la manière africaine, qui requiert des « préliminaires », emprunte des détours, pour enfin se déployer largement.

L’attitude du prêtre, en regard du rôle qu’il lui est demandé de jouer, est juste, réaliste, humble. Teta lui propose une image; il lui en suggère une autre : « Pourquoi pas celle du feu qui libère l’or emprisonné dans la roche? Et je ne suis pas ce feu-là. Il est en toi. » (P. 43-44) Toujours, l’auteur pointe la guérison du côté de la malade, montrant ainsi le chemin de la responsabilisation. Le récit met l’accent sur une vertu rare et précieuse : une écoute empathique, sans jugements ni intrications; une écoute qui permet à Teta de toucher ses blessures fondamentales.

Grâce à cette confession, qui nous fait aussi découvrir d’autres mœurs, nous assistons à une belle et profonde guérison, douée d’une poésie certaine. Nous sommes également les témoins de cet autre bénéfice que produit un lien authentique, que résume ainsi le père Robert : « Sois désolée si tu y tiens, mais la vérité est que j’y trouve mon compte. Personne n’est heureux de se sentir inutile, même et surtout à mon âge. C’est une grâce d’avoir quelque chose à faire dans le monde. » (P. 79)

Le récit se poursuit au-delà de la confession, et aborde des jours meilleurs, même et peut-être parce qu’ils requièrent des ajustements culturels qui suscitent notre intérêt en suggérant de belles pistes d’empathie. Et parfois même, notre émotion.

Les descriptions des scènes d’amour sont plutôt précises pour s’adresser à un prêtre, mais font notre bonheur, car l’auteur arrive à transmettre, par le biais d’une écriture maîtrisée, ardeur et douceur. Le langage africain, fleuri et poétique, il le met aussi dans la bouche des non-Africains; sans nuire à la beauté du récit, cela entache tout de même un peu sa crédibilité.

L’histoire se termine de façon admirable sur ces mots de Teta devenue légende : « Soyez généreux envers les vôtres jusqu’au dernier souffle. » (P. 282) L’auteur ne semble manquer ni de l’un ni de l’autre…



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