Dès le prologue se pose la question du retour de Terama dans son pays africain d’origine dont on ne saura qu’une chose : il est en guerre; il savait que la mort l’y attendait, alors pourquoi a-t-il malgré tout choisi d’y retourner?
Dans une écriture fluide, Terama se raconte, raconte sa quête : avoir femme et enfants… poussé en cela par la voix insistante de son père défunt – non, les morts ne sont pas morts! Après ce préambule, les « palabres » s’installent pour de bon entre le père et le fils (c’est la deuxième partie du roman), auxquelles se joignent bientôt d’autres voix; entre trépassés et vivants, hommes et femmes, finit par s’instaurer un vrai dialogue.
Que de choses importantes sont dites durant ces rencontres! L’âme de la grand-mère de Terama lui dit par exemple : « Par notre amour trop protecteur [celui des femmes], nous t’avons condamné à rester éternellement enfant. »
L’occasion est belle de comparer les mœurs de deux pays, les coutumes anciennes et les modes de vie actuels. Les palabres, tout en respectant l’ancien, font place au nouveau, à commencer par l’égalité entre les femmes et les hommes. Shaza, la femme de Terama, participe aussi à ces palabres qui inciteront Terama à mettre fin à son exil… La troisième partie donne la parole aux trois enfants du couple, à des moments très éloignés les uns des autres.
Cette saga est en quelque sorte l’histoire d’une grande réconciliation humaine intergénérationnelle et interraciale – ni mièvre ni facile. C’est très beau, et livré dans une structure des plus intéressante.