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Qui fuis-je? Où cours-tu? À quoi servons-nous?**** |
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Lundi le 17 novembre, 2008 |
Vers l’intériorité citoyenne
Thomas d’Ansembourg
Les Éditions de l’Homme, 2008, 288 p., 24,95 $
L’objectif du livre est clairement énoncé : « Ce livre est une invitation à mieux comprendre les causes de la fuite et de la course, et à (ré-) apprendre à vivre de tout son être. » (P. 16) Quant au choix du sous-titre, en voici l’explication : « Si je qualifie l’intériorité de citoyenne, c’est pour indiquer que je ne l’entends pas ici au sens d’une pratique religieuse réservée à la sphère privée. Il s’agit, pour chaque individu, d’apprendre à ouvrir l’espace où s’enracinent la conscience et la responsabilité, qui sont les deux composantes de la citoyenneté. » (P. 19)
Pour accéder à l’intériorité, l’auteur propose deux clés : se désenfermer et s’ouvrir; auxquelles il consacre la première partie de son ouvrage. À l’appui, il donne de nombreux exemples de cas, qu’il commente par la suite. La plupart sont fascinants, car ils donnent à voir comment un déclic de la conscience peut transformer une vie. La principale clé réside dans la compréhension de l’intériorité, qui consiste « à nous ouvrir au présent, à ce qui est là, et à accepter de nous laisser transformer par la puissance de vie qui est en nous. » (P. 68) Dans la deuxième partie, l’auteur cherche à comprendre pourquoi nous nous sommes coupés à ce point de celle-ci.
Le commun des mortels ignore encore que la physique quantique a découvert une vérité que les mystiques, eux, connaissent depuis toujours : « il existe bien un champ mesurable qui relie toute chose; tout est interrelié. » (P. 76) Et pourtant, nous continuons de cloisonner : vie professionnelle et vie familiale, médecine spécialisée, etc. Des plus récentes recherches scientifiques, l’auteur tire une nouvelle compréhension du monde chargée de sens.
Une nouvelle éducation devrait comporter le type d’apprentissage suivant : (…) « la difficulté et la souffrance sont des indicateurs annonçant une phase de transformation, des signaux indiquant qu’il s’agit de se métamorphoser, d’ouvrir son cœur, et de quitter le vieil homme pour l’homme nouveau. » (P. 110-111)
Pour l’auteur, entrer en plénitude signifie connaître « un état de paix intérieur durable permettant d’accomplir ses tâches (s’occuper de ses enfants, de son travail, de sa maison, traverser les difficultés quotidiennes) en étant branché sur l’essentiel. Dans cette conscience, nous agissons avec bien plus de légèreté, de plaisir et d’efficacité ». (P. 112)
À l’aide d’exemples simples et probants, il nous montre hors de tout doute que « le travail sur soi est la clé de la transformation sociale. » (P. 121) J’adore son exemple de train dans une gare de triage : il faut qu’il s’arrête pour que la plaque tournante, en pivotant sur son axe, lui permette de changer de direction…
Et voici comment il décrit la marque du succès réel : « Quand saurons-nous que nous nous rapprochons de l’Être? Lorsque nous constaterons que nous commençons à lâcher prise sur nos attentes et nos peurs quant à ce qui se passe à l’extérieur, que nous cesserons de donner à cet extérieur tant de pouvoir sur nous et que nous accepterons de nous ouvrir à notre propre potentiel et à la bienveillance. Il ne s’agit évidemment pas de toute-puissance, mais de force intérieure, d’autonomie et d’ouverture à l’être. » (P. 139)
Le constat qu’il fait des religions – de la catholique en particulier – est plein de discernement et de lucidité, et sans jugement. Une notion importante en ressort : (…) « nous sommes guidés par une bienveillance invisible à laquelle nous apprenons à nous abandonner de plus en plus. » (P. 146) La lecture qu’il fait alors de certaines notions chrétiennes, intégrées à un processus de vie personnel, permet une véritable transformation. Ses remarques sur le moment présent sont également tout à fait pertinentes.
L’auteur consacre la troisième et dernière partie du livre aux temps nouveaux, à une conscience nouvelle; ils se nomment l’âge noétique et, comme un accouchement, ils comportent leur part de souffrance et de chaos avant d’arriver à la délivrance.
Facteur très encourageant, l’effet de masse critique, dont l’auteur fournit plusieurs exemples avant de conclure : « En bref, si l’on applique le principe de la masse critique aux humains, lorsqu’un groupe limité de personnes apprend une nouvelle façon de penser, de faire ou d’être, ce nouveau niveau de conscience reste partagé entre les seuls initiés. Mais si ce groupe s’accroît et atteint un certain nombre d’individus, le nouveau niveau de conscience se généralise rapidement au sein de l’espèce, sans qu’une expérience extérieure soit nécessaire. » (P. 203-204)
Voici encore une piste indiquant le pouvoir de l’individuel sur le collectif : « D’autres études prouvent, en étudiant l’action de groupes de méditants, que le calme individuel agit sur le calme collectif. Ces études, pratiquées notamment dans une cinquantaine de villes américaines, indiquent que le taux de criminalité baisse de 20 à 24 % lorsque seulement 1 % de la population pratique régulièrement la méditation. Dès que le groupe de méditants se disperse, le taux de criminalité remonte. Bien sûr, ces études ont vérifié que l’effet ne pouvait être dû à des variables comme le climat, les forces de police en place, ou l’une ou l’autre campagne anti-crime. » (P. 210-211)
Et pour montrer le chemin, l’auteur met de l’avant des projets déjà réalisés et répondant aux nouveaux objectifs avec succès. Signe éminent et, une fois de plus, encourageant, de l’ouverture d’une conscience collective. Il donne plusieurs très beaux exemples de changements de vie impressionnants.
Thomas d’Ansembourg s’adonne aux principes de la CNV : « La démarche empathique demande deux qualités peu fréquentes, même chez les personnes les mieux intentionnées : l’humilité d’accepter qu’elles ne savent pas ce qui est juste pour l’autre; et la confiance que l’autre dispose de toutes les ressources intérieures pour trouver par lui-même ce qui est juste pour lui. » (P. 245) Le dernier chapitre résume les propos de l’ouvrage. Enfin, l’auteur suggère des outils simples de pratique de l’intériorité, à commencer par… la CNV!
« Lorsque l’être est nourri et vivant, l’ego lui fiche la paix. Mais lorsque l’être est affamé, l’ego prend toute la place. » (P. 263) Pourtant, pas de division, ici : (…) « ce n’est pas l’un ou l’autre, mais l’un au service de l’autre. […] l’ego, en lâchant les attachements qui le coincent dans ses différentes formes, donne sa couleur et son parfum à l’être. Il ne s’agit pas de perdre notre identité, mais de dissoudre ce qui nous empêche de goûter sa pleine saveur. » (P. 264)
Le livre se termine par une liste d’affirmations à cocher qui nous permet de reconnaître si nous sommes un créatif culturel. Plusieurs références sont également à noter…
1 Pas du tout, 2 Un peu
3 Assez, 4 Beaucoup, 5 Passionnément
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