Allan Gurganus; traduit de l’anglais (États-Unis) par Elisabeth Peelaert Plon, coll. Feux croisés, 2004 pour la traduction française, 252 p., 35,95 $ (19 €)
La majuscule du titre indique clairement la référence à la divinité; mais ce « Lui », c’est également le père terrestre pratiquement déifié par le fils. On ne s’étonne donc pas de la structure – magnifique! – de ce roman dont chaque chapitre est introduit par une citation biblique et qui se divise en deux parties : l’Ancien et le Nouveau Testaments, correspondant à l’avant et à l’après de l’incident qui marquera à jamais cette triste trinité : à huit ans, l’enfant surprend sa mère en plein adultère. « À vouloir sauver mon papa de maman, je les ai tués tous les deux. » (p. 15) La mère, jeune et aguichante, a besoin d’évasion; elle la prend chaque dimanche dans les bras d’un autre alors qu’eux, père et fils, s’évadent dans la Packard 1954 pour faire le tour des motels et y livrer… des bibles.
Le petit, maintenant « au bord de la falaise venteuse appelée Cinquantaine », éprouve le besoin de mettre ses souvenirs par écrit…
Il y a donc l’avant. Entre père et mère, le petit s’octroie un rôle bien difficile : « elle savait que je l’aimais trop, lui. Parce qu’elle l’aimait trop peu. » (p. 51) Pour son père, il est une « promesse – une intelligence qu’il surestimait merveilleusement et de ce fait aidait à faire exister. » (p. 58) Lui-même est bien à « l’abri d’une foi aveugle que je n’éprouverais jamais plus à l’égard de personne avant d’avoir moi aussi des enfants. » (p. 59)
Après tous ces beaux jours d’avant, il revient sur le moment du drame. Pour raconter l’indicible tristesse, l’auteur a des mots sobres qui donnent envie de sangloter ou de gémir. Le narrateur nous suggère alors de retourner au début du livre pour relire l’incident fatidique; et on le fait, comme incapable de s’en empêcher; tout comme lui, qui ne cesse de revenir sur ce jour fatal.
Vient l’après, rempli des souvenirs du père. Tout le livre lui est un hommage, un témoignage bouleversant d’amour filial inconditionnel. Et la fin, dans sa simplicité, est tout à fait prenante.
1 Pas du tout, 2 Un peu
3 Assez, 4 Beaucoup, 5 Passionnément
Pour consulter les critiques d'autres livres, appuyer sur l'icône des archives