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Uparathi Littérature (adulte)
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Mercredi le 25 janvier, 2006
Et si vous ralentissiez?
Carl Honoré
Marabout, 2005, 288 p., 19,95 $ (12 €)
C’est le constat suivant qui aura déclenché chez l’auteur-journaliste l’écriture de ce succès de librairie traduit en vingt langues : « je ne suis plus capable de ne rien faire » (p. 12). Il aborde ici à peu près tous les aspects de la vie qui gagnent à être vécus plus lentement. L’un des objectifs du livre est d’apprendre comment rester lents à l’intérieur tout en respectant ses échéanciers. Bien sûr, le dogme fondamental de la philosophie de la lenteur demeure le suivant : faire moins de choses afin de les faire mieux!
De tout temps, des voix se sont élevées contre la vitesse déshumanisante, dont l’auteur fait d’abord le tour, avant d’aborder son premier domaine d'exploration : l’alimentation. Manger trop vite est néfaste pour la santé… autant que pour les relations humaines. Mais il y a pire : l’accélération de la production fait écho à celle du temps des repas. « Il y a deux siècles, il fallait cinq ans pour qu’un cochon atteigne le poids de 58 kilos; aujourd’hui, il fait son quintal en six mois et il est massacré avant même d’avoir perdu ses dents de lait. » (p. 63) Cet exemple – et d’autres – démontre qu’il y a de quoi en avoir contre l’agriculture industrielle!
Que cette question de l’alimentation ait particulièrement intéressé les Italiens n’est pas pour nous surprendre! Slow Food est donc né à Rome en 1986 et fait les promotions suivantes : produits frais, locaux et de saison; recettes ancestrales; agriculture viable; production artisanale; dîners tranquilles entre amis ou en famille; protection de l’environnement; et, par-dessus tout : le plaisir! Aujourd’hui, le mouvement compte 78 000 membres dans plus de 50 pays! Ce chapitre consacré à la nourriture donne carrément envie de sortir son livre de recettes préféré, de se remettre aux fourneaux… et de laisser mijoter lentement le plaisir retrouvé de cuisiner et de prendre le temps de déguster.
Plus de trente villes, en Italie et au-delà, sont membres de Citta Slow ou Villes de la lenteur — pour les agglomérations de moins de 50 000 habitants –, dont les principes sont « le plaisir avant le profit, les êtres humains avant les sièges sociaux, la lenteur avant la vitesse. » (p. 90) Mais un peu partout dans le monde, y compris dans les plus grandes villes, des gens appliquent avec succès à l’échelle urbaine les principes d’une philosophie de la lenteur. Ces notions jumelées de lenteur et de ville ont à leur tour donné naissance au mouvement Slow Urbanism.
Produire plus et plus vite provoque le manque de sommeil. Résultat : « La somnolence cause plus d’accidents de voiture que l’alcool. » (p. 17) Dans le comté du Lancashire, on offre aux automobilistes pris en excès de vitesse le choix entre une contravention et le Programme de sensibilisation à la vitesse. Ce dernier a souvent pour effet de voir les participants ralentir non seulement en voiture, mais dans la vie en général : « Lorsque vous devenez plus calme au volant, vous l’êtes aussi en famille, au travail, en tout. » (p. 108)
L’auteur nous parle ensuite de yoga et de méditation, techniques propres à apaiser le corps et l’esprit; car c’est dans la tranquillité que les bonnes idées ont le plus de chances de naître. Quant à SuperSlow, c’est une méthode d’haltérophilie lente qui donne d’excellents résultats, avec moins de risques de blessures. Une grande partie du succès des médecines parallèles est dû au fait que les thérapeutes accordent beaucoup plus de temps à leurs patients. D’ailleurs, le corps lui-même « se soigne à son propre rythme. Il faut être patient. Vous ne pouvez brusquer le processus. » (p. 158-159)
Un autre champ intéressant où exercer la lenteur… est celui de la sexualité. Eh oui, il existe aussi un mouvement Slow Sex, qui prend en quelque sorte la suite du tantrisme, cette « discipline spirituelle qui utilise le corps comme instrument de prière. » (p. 166) L’auteur prend le temps de décrire un stage tantrique auquel il a participé et nous convainc facilement des bienfaits de cette science, par ailleurs très respectueuse.
Au chapitre du travail, il aborde tous les angles par lesquels on peut, ici aussi, ralentir pour notre plus grand bien — autant à grande qu’à petite échelle. La chose apparaît d’autant plus facile et souhaitable quand on sait que… « “Travailler moins” signifie souvent “travailler mieux”. » (p. 185)
Au chapitre des loisirs, tricoter semble l’apprentissage même de la lenteur. Autre activité qui se prête à l’attente patiente des résultats : le jardinage. La lecture gagne même du terrain sur la télévision! On recommande d’ailleurs de lire… plus lentement! L’art – celui qu’on pratique – aide aussi à ralentir. La musique connaît son mouvement Tempo Giusto (le tempo juste), qui recommande de jouer les classiques plus lentement car l’industrialisation, ici aussi, a incité à une interprétation excessivement accélérée.
Qu’en est-il de la télévision? « Parce qu’ils la regardent trop – quatre heures par jour en moyenne aux États-Unis —, les enfants doivent se dépêcher pour accomplir toutes les autres activités prévues dans leur emploi du temps. […] La télévision japonaise a diffusé en 1997 un épisode des Pokémon dont les flashs brillants et multicolores ont déclenché des crises d’épilepsie chez près de sept cents enfants qui la regardaient tranquillement chez eux. Pour éviter les poursuites judiciaires, les sociétés de jeux informatiques ajoutent maintenant des mises en garde sur leurs emballages. » (p. 254) Dites-moi que je rêve!!!
Le plaidoyer adressé par Harry Lewis, doyen de l’université d’Harvard, aux étudiants de première année, intitulé Ralentissez, m’a mis le sourire aux lèvres. « Quel est l’intérêt, demande-t-il, de jouer au hockey, de présider des débats, d’organiser des conférences, de faire partie d’une troupe de théâtre, de publier un journal estudiantin, si c’est pour se retrouver à essayer de ne pas crouler sous un emploi du temps plus que surchargé? Mieux vaut faire peu de choses, mais en avoir le temps. » (p. 236) Quarante-cinq ans plus tard, me voici tout à fait réconciliée avec l’étudiante que j’ai été, qui n’a participé à aucune activité parascolaire pour se concentrer sur ses études :o)
« On ne compte plus les preuves qui démontrent que les enfants apprennent mieux quand ils vont plus lentement. » (p. 240) En ce domaine, la Finlande est un modèle, car sa méthode donne les meilleurs résultats : les enfants entrent en maternelle à six ans, en primaire à sept.
Quel soulagement de se rendre compte qu’on est loin d’être seul à miser sur la qualité de vie que procure le ralentissement, dans tous les domaines! « La lenteur, c’est la nouvelle vitesse. » (p. 142)
Chronique de Loulou
1 Pas du tout, 2 Un peu
3 Assez, 4 Beaucoup, 5 Passionnément
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Uparathi effectue également, à la pige, des travaux de traduction (anglais-français), de révision et de rédaction de textes divers.
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