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Le pouvoir ou la vie*****
 

Lundi le 27 octobre, 2008

Repenser les enjeux de notre temps
Jean Bédard; postface d’Yvon Rivard
Fides, 2008, 352 p., 24,95 $

L’objectif principal de l’ouvrage est de démontrer que « l’intérêt d’une compréhension des rapports de domination vient de ce que cette structure propose elle-même les sentiers de sa libération. » (P. 10) De quelle manière? « C’est la justice, et uniquement la justice, qui solidarise et peut renverser n’importe quel “cow-boy”, quelles que soient ses armes. L’aspiration à la justice (dans la conscience) est plus forte que le tyran, car elle résonne dans le cœur de chaque homme. Le tyran ne tient que s’il dépense toute l’énergie nécessaire pour tromper les hommes, et plus il dépense cette énergie, plus le mensonge grossit et se dénonce lui-même. » (P. 116)

L’auteur précise son objectif : « Nous voulons simplement montrer la structure du pouvoir comme pathologie du lien social, et une certaine sagesse comme solution nécessaire. » (P. 36) Il nous prévient également : « J’écris pour un lectorat qui n’appartient à aucune école, à aucune mode, à aucun courant de pensée. J’écris pour presque personne. J’écris donc pour celui qui se demande s’il n’est pas complètement fou lui-même de voir la société des hommes aussi dangereusement désorientée. » (P. 310) Et il nous livre dès l’introduction le résumé de sa pensée : « De façon lapidaire, je pense qu’il y a un avenir pour l’être humain, une façon d’échapper à la fatalité des désastres que cause la domination, et c’est cela que nous tenterons d’explorer ici. » (P. 23)

Qu’il écrive des romans ou des essais, Jean Bédard le fait toujours en majesté : pensée claire et intéressante, écriture à la fois précise et poétique. Un souffle – un grand souffle! Et qui ne manque pas, parfois, d’ironie : « On se demande si les empires ne fabriquent pas eux-mêmes le climat [!] qui les anéantit. » (P. 13) Il nous incite à ne pas confondre la fin d’un monde avec la fin du monde… Il fait des liens fort intéressants entre notre réalité collective actuelle… et certains passages bibliques. On aime suivre sa pensée, car elle nous surprend souvent, et toujours avec intelligence et superbe. Une pensée juste (c’est-à-dire ni pessimiste ni optimiste) compose ce livre puissant!

Voici un passage résumant à merveille la différence entre force et autorité : « L’extrême de la force est le plus souvent appelé tyrannie, l’extrême de l’autorité se nomme sagesse. Socrate le sage meurt parce que le détenteur du pouvoir abuse de la force. Mais l’autorité de Socrate reste et elle inspire encore aujourd’hui de nombreuses personnes. Pourquoi? Parce que Socrate a proposé une philosophie de l’ouverture et du dialogue ». (P. 36) Quant au problème, au piège, il le résume ainsi : « Si vous vivez dans la confiance, tout va bien tant que la force ne vous attaque pas. Si elle vous attaque, vous perdez votre pari. Vous vous dites : “J’avais tort. Le monde est vraiment hostile.” Et vous entrez dans l’enfer de la force afin de vous défendre et de survivre. » (P. 41)

Dans la première partie, L’analyse du pouvoir, il offre une analyse détaillée et fascinante de la construction d’une structure de pouvoir tripartite propre à éviter l’éveil de la conscience, structure dans laquelle nous évoluons (le terme est certainement impropre!) actuellement. Et certains des exemples fournis sont percutants.

À l’opposé du tyran, donc, il pose le sage. Mais qui est ce dernier? « La force dissuasive est fondée sur la peur, la force rétributive est fondée sur la dépendance, la force manipulative est fondée sur l’ignorance. Le sage s’est affranchi de la peur, de la dépendance et de l’ignorance. On s’affranchit de la peur par l’amour, de la dépendance par l’autonomie intérieure et économique, de l’ignorance par l’exercice rigoureux de la pensée. » (P. 78) La conscience se fait donc nécessité vitale pour l’homme, au même titre que l’instinct pour l’animal. Il présente une intéressante perspective en quatre stades de l’évolution humaine, et nous en serions au deuxième…

Il décrit très bien la nécessité de la responsabilité du « je », qui ne peut attendre le « nous » pour se mettre en action. Il se risque à présenter six étapes vers la conscience… Enfin, il conclut ainsi la première partie de son essai : « La volonté d’avancer en vérité et en profondeur constitue la seule, unique et suffisante condition nous permettant de voguer allègrement vers notre avenir éthique. » (P. 218)

La deuxième partie porte sur L’éthique de l’exercice du pouvoir. Il faut lire comment il explique – si concrètement et si lucidement – l’essence de la société de consommation!

Il donne nettement la direction à prendre : « Je ne pense pas qu’il soit possible de recueillir en soi l’autorité nécessaire à l’action sociale sans que la conscience attentive ait eu le temps de se transformer en amour. Je ne parle pas de sentimentalité, de cette émotion que l’on poursuit pour contrer le vide. Je parle de cet état permanent et parfois lancinant d’une conscience qui refuse de rompre aucun de ses ancrages intérieurs ni aucun de ses ancrages extérieurs. Je parle du bonheur souffrant de rester en lien avec soi, avec ses valeurs primordiales et en lien avec le réel. » (P. 279)

La réflexion de Jean Bédard se fonde sur le deuxième niveau de la pensée : (…) « au premier niveau, la pensée est organisée pour exercer et justifier la domination, et cela mène à la mort; au deuxième niveau, la conscience est organisée pour vouloir la vérité et la collaboration, et cela mène à la vie. » (P. 307)

On trouve partout dans l’ouvrage nombre de phrases carrément sublimes!

En accord avec cette pensée, Jean Bédard s’est installé avec sa femme sur une sageterre, où ils accueillent des jeunes ayant envie d’agir, eux aussi, en conformité avec la réflexion qui leur est proposée.



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