Psychologie de la méchanceté et de la haine Jean-Albert Meynard L’Archipel, 2006, 288 p., 29,95 $ (18,95 €)
Spécialiste des troubles de l’humeur et de la dépression, Jean-Albert Meynard dirige l’un des services de psychiatrie du Centre hospitalier de La Rochelle. Il nous offre ici une analyse qui débouche sur des solutions pour sortir du cercle vicieux de la violence et apprendre à gérer les méchants. L’écriture est déliée et intelligente; la pensée, clairement accessible, est parfois caustique : « La famille dite nucléaire peut se révéler explosive! » (p. 197)
L’auteur commence par faire le tour des nombreux symboles que recèle le conte de Barbe-Bleue —, et c’est tout de suite passionnant. Puis, il effectue un fascinant survol des tout débuts de la vie jusqu’aux portes de l’histoire : « les premières traces de violences humaines constatées sur des squelettes datent de –15 000. » (p. 50)
Pour entrer dans l’histoire de la violence et de la cruauté, il dresse des portraits succincts à faire dresser les cheveux sur la tête : Gilles de Rays, compagnon d’armes de la Pucelle; Henri VIII d’Angleterre, sans doute le modèle le plus proche de Barbe-Bleue; Elisabeth Bathory, prototype du vampire; Sade, bien sûr; de Jack l’Éventreur à Landru l’escroc lésé en passant par Fritz Haarmann le boucher de Hanovre, le docteur Petiot et Léopold von Sacher-Masoch. Le dénominateur commun : la perversion sexuelle — faire souffrir pour parvenir à jouir.
Qu’est-ce qui pousse à la haine et à la méchanceté quotidiennes? Un ensemble de facteurs : expériences personnelles, prédispositions, circonstances événementielles… Jusqu’aux trois cerveaux qui s’en mêlent! Selon l’auteur, la haine pathologique est une maladie, qu’on devrait appréhender et traiter comme telle.
Il fait ensuite le tour des divers stades de croissance de l’être humain, de la naissance à l’adolescence; c’est très tôt qu’apparaissent les premiers comportements qualifiés de « méchants » qui, dans un premier temps, relèvent de l’instinct plutôt que de la conscience. L’être humain s’est merveilleusement adapté. Seuls bémols : la sexualité et l’agressivité — ces deux instincts fondamentaux — n’ont pas encore atteint leur pleine maturité.
Malgré des circonstances de plus en plus favorables (!), les Barbe-Bleue, heureusement, restent rares. C’est qu’ils sont le résultat d’anomalies profondes — rares, elles aussi. Gènes et hormones semblent ici jouer parfois un bien triste rôle. Heureusement, ils ne sont pas cause de tout et ne mènent pas, à eux seuls, le bal de la violence. Ce qui n’empêche pas le recours aux médicaments — et parfois leur usage abusif. « Les facteurs génétiques, les facteurs environnementaux précoces, les lésions ultérieures du système nerveux central conjuguent en proportions variables leurs effets pour contrarier l’aptitude à évoluer en société des êtres humains. La méchanceté, la haine, le complexe de Barbe-Bleue dans un degré croissant de complexité et de corticalisation en sont une des conséquences les plus dommageables. » (p. 163-164)
« Il y a […] dysfonctionnement dès lors que l’émotion non maîtrisée devient le maître d’œuvre des comportements! » (p.168) Parmi les auteurs d’agressions, on remarque que les malades mentaux sont surreprésentés : troubles de la personnalité, abus de substances toxiques (alcool et drogues) et schizophrénie sont les grands pourvoyeurs des violences sociales; la dépression également, mais de façon moins perceptible. Derrière tout ça, on trouve une souffrance profonde. Pour illustrer son exposé, l'auteur parsème l’ouvrage d’exemples de cas.
Malgré une lecture plutôt noire de la société, « pas plus méchante que les hommes qui la composent » (p. 193), il conserve une vision optimiste du potentiel évolutif de l’humanité. Quant aux Barbe-Bleue, leur fin n’est guère réjouissante; en général, ils finissent seuls et abandonnés de tous, et la culpabilité les rattrape.
Se sortir des griffes d’un Barbe-Bleue « passe par la porte étroite de la communication. […] Rester passif devant l’irrespect nourrit l’agressivité. » (p. 249) Au chapitre des solutions, en tout premier lieu : l’éducation. « S’éloigner de l’obscurantisme et des haines ancestrales, des poncifs globalisants et génériques sur les races, les religions, les nations, etc. est indispensable. L’ignorance est la mère de toutes les haines. » (p. 267) « Tous les hommes ont un potentiel énorme de développement. Chacun d’entre eux doit être profondément convaincu par l’éducation, par l’affection, par la reconnaissance sociale, non seulement de sa valeur, mais aussi de l’apport substantiel des autres à son épanouissement. » (p. 273)
Le livre se termine sur un petit test concernant son propre degré de violence… Non scientifique, mais pertinent! La révision a laissé une vingtaine de fautes, dont plusieurs de ponctuation...
1 Pas du tout, 2 Un peu
3 Assez, 4 Beaucoup, 5 Passionnément
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