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Florilège du mont Athos****


Mardi le 06 septembre, 2005

Fabian Da Costa
Presses de la Renaissance, 2005, 276 p., 59,95 $ (30 €)

Ce livre m’a permis de rattraper la seule frustration d’un voyage en Grèce : le mont Athos ne s’ouvre pas aux femmes. Mais, de fait, peut-être ne devrait-il s’ouvrir à aucun visiteur, quand on sait que le tourisme a fini par chasser les communautés des prestigieux monastères des Météores. Pourtant, l’Athos est consacré à une femme. Mais bien sûr, elle est mère de Dieu; et seule entre nous toutes à n’avoir jamais péché!

L’isolement a également ceci de bon qu’en l’absence de tout développement industriel, on ne trouve au mont Athos aucune pollution. L’auteur dédie le livre à la mémoire de René Chabrier, qui dit si justement : « Chacun de nous a sa Sainte Montagne dans son cœur, car le royaume des cieux est en nous. » (p. 5) Il faudra se le rappeler tout au long de sa lecture…

Dès la préface, l’auteur nous prévient : « Au mont Athos, les moines utilisent tout l’outillage technique moderne, se servent d’ordinateurs et communiquent par e-mail. Mais leur vie religieuse reste substantiellement identique à ce qu’elle était dans les siècles antérieurs, depuis les origines. » (p. 7-8) Miracles compris!

La « Sainte Montagne », comme l’appellent les Grecs, regroupe entre autres vingt grands monastères, dont on trouve un bref historique en fin de volume. Son sommet culmine à 2 033 mètres d’altitude. Aujourd’hui régi par une charte de 1924, le mont Athos constitue « une entité autonome au cœur de la Grèce, et cette disposition est acceptée par la Communauté européenne. » (p. 26)

Je me suis également intéressée à ce livre parce qu’un ami vient de se faire moine orthodoxe. Il a beau avoir la soixantaine, il n’en fait pas moins partie du renouveau contemporain orthodoxe. Alors qu’on comptait de moins en moins de moines et qu’on croyait advenue la fin du mont Athos, il a lui aussi connu un renouveau salutaire grâce à quelques figures charismatiques chez les vieux pères; on fait ici le portrait de sept de ces grandes figures.

Comme toujours, dans ce genre de portrait, on en est réduit à faire la part de la légende. On rencontre aussi le rejet de la sexualité propre à presque toutes les grandes religions. Voici, à cet égard, la définition monastique de saint Jean Climaque : « Une violence extrême faite continuellement à la nature. » (p. 63) Tout un chemin… pour arriver à la paix! L’auteur note encore : « La vie du moine, c’est une violence continuelle faite à la nature. La retraite du monde, c’est une haine volontaire et un reniement de la nature en vue de parvenir à ce qui est au-dessus de la nature. » (p. 202)

On ne peut juger du chemin emprunté par l’autre; on peut seulement constater, dans la justesse, s’il nous appartient de le suivre; ou d’en suivre un autre… Les accents du mysticisme résonnent ici avec beaucoup d’authenticité; toutefois, quand on bat ainsi le corps, qui sait en quels lieux précis s’échappe l’esprit? Certains récits et témoignages n’en demeurent pas moins bouleversants; et l’écriture prend parfois des accents poétiques pour en rendre compte. Et sous d’autres mots, il m’est arrivé de reconnaître le peu que je connais…

J’avoue un faible pour l’anecdote suivante : un moine qui se prend trop au sérieux vient souvent se plaindre au père Païssios d’être un grand pécheur, ce à quoi le père répond toujours que ce n’est pas grave. Décontenancé, le moine lui en demande un jour la raison et reçoit cette réponse : « Parce que, mon enfant, la fleur des vertus a besoin d’énormément de fumier pour s’épanouir. » (p. 95) :o)

Suivent dix-sept portraits de moines par un père de Simonos Petra, où l’on apprend que… tous les moines ne sont pas des saints. Il en va d’ailleurs ainsi de tout type de communauté; j’en sais quelque chose pour avoir fréquenté un temps une école de spiritualité. Rien comme de décider de débusquer l’ego pour le voir se démener! « À cette époque, un très mauvais esprit de chauvinisme régnait à l’Athos. Les moines se regroupaient par pays, même par régions, dans les monastères, et rendaient la vie difficile à ceux qui venaient d’ailleurs. » (p. 140) Comme quoi…

Viennent ensuite des récits de miracles, histoires un brin naïves, dont certaines sont même tout à fait amusantes. Beaucoup de folie, peut-être; mais encore plus d’amour! Peu importe la véracité des faits, dont on peut toujours douter et qui reste presque impossible à vérifier, retenons du moins le message, souvent empreint de sagesse!

Une partie consacrée à des pensées de moines montre qu’elles s’ouvrent bien peu sur la Joie possible en dehors de la vie monastique… On semble beaucoup croire ici aussi à : « Hors du monastère, point de salut! » Et la dichotomie suivante demeure toujours aussi forte : « richesse matérielle signifie pauvreté spirituelle » (p. 231)!

Les nombreuses photographies sont en noir et blanc, ce qui convient peut-être mieux à l’austérité de la vie monastique, mais ne rend pas pleine justice à la lumière de la Grèce. Plusieurs sont découpées en un « triptyque » de détails, ce qui ajoute à la créativité de la présentation. Certaines sont extraordinaires sur le plan technique; d’autres semblent laisser transparaître la sérénité de l’âme! Pour un livre aussi sérieux et bien fait, il faut déplorer sept fautes, dont une seule coquille – ça fait beaucoup!



1 Pas du tout, 2 Un peu
3 Assez, 4 Beaucoup, 5 Passionnément

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