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Uparathi Littérature (adulte)
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Samedi le 07 mai, 2005
Du traumatisme au fantasme
Michel Dorais
Typo, 2004, collection « Essai », 208 p., 11,95 $ (édition originale chez VLB en 1995)
J’ai tout de suite aimé la démarche de l’auteur, pour qui « Les traumatismes émotifs et leurs séquelles ne sont pas le propre de l’enfance. » (p. 21) On nous a trop rebattu les oreilles de cette impossibilité du tout se joue avant cinq ans.
Vulgarisateur hors pair, M. Dorais parvient à nous faire comprendre des enjeux complexes à l’aide d’images saisissantes et d'exemples probants que nous ne pouvons ignorer (John F. Kennedy, Michael Jackson, Marguerite Yourcenar) et qui ne peuvent que nous intéresser.
L’auteur — et d’autres qu’il cite — aborde le concept de réécriture de la fin d’une histoire… Et n’est-ce pas ce que la Vie nous suggère en nous offrant des occasions de scénarios similaires : « comment » puis-je vivre ceci autrement? mieux? avec plus de sagesse et de détachement? L’imagination cherche spontanément à corriger et à améliorer la réalité; utiliser sciemment le procédé, voilà qui m’apparaît intéressant… depuis belle lurette!
Nos attirances vers les uns et pas vers les autres dépendraient des multiples expériences passées qui ont contribué à dresser nos « cartes érotiques ». Heureusement, les nouvelles expériences s’ajoutent aux anciennes et peuvent donc modifier ces cartes. De là l’intérêt de chercher à améliorer sans cesse la « qualité » de nos expériences.
Il est rassurant de voir confirmée ici une intuition : ni les hormones ni les gènes ne prédisposent inconditionnellement nos comportements, sexuels ou autres; ce qui laisse davantage place à la créativité, à l’invention de nos vies et de nos destinées. « Le passé nous affecte mais nous n’en sommes pas prisonniers. Nous demeurons des personnes libres d’effectuer des choix, si limités puissent-ils paraître » (p. 69).
Je suis moins d’accord avec l’auteur lorsqu’il affirme : « La frustration ou le traumatisme durablement surmontés, nous n’aurions plus besoin de les exorciser par de nouveaux fantasmes et de nouveaux orgasmes… » (p. 94) Que fantasmes et orgasmes aient parfois cette fonction, je veux bien; mais qu’ils y soient réduits me semble plus que douteux. Quand on a connu le plaisir incommensurable de l’orgasme, on y revient — traumatisme ou pas! L’auteur me semble accorder beaucoup trop d’importance au lien traumatisme-désir.
À titre d’exemple, il cite des cas pathologiques tragiques. Je veux bien; mais nous n’en sommes – heureusement! – pas tous réduits à de tels drames; ni la sexualité non plus! Je ne crois pas qu'on puisse généraliser une théorie concernant plutôt des cas d’espèce. Tout au moins peut-on s’en « inspirer » pour éclairer une autre situation; avec prudence; et surtout, sans réduction à outrance, ce que me semble faire l’auteur. S’il est vrai que l’urgence du sexe se fait davantage sentir en état de stress, les tensions (ou les traumatismes) ne sont pas, du moins j'aime à le croire, les seules instigatrices du désir sexuel.
Pourquoi nos tentatives répétées échouent-elles si souvent? Parce que, dit l’auteur, nous en sommes inconscients. Voilà expliquée en quelques mots toute l’importance du cheminement vers la conscience.
Pour l’auteur, l’enjeu du désir humain est la jouissance. Sans doute en va-t-il longtemps ainsi… Jusqu’à avoir le privilège, un jour ou l’autre, de découvrir que la jouissance non perçue ni vécue comme un objectif… n’en goûte que meilleur lorsqu’elle surgit – ni ne provoque de frustration lorsqu’elle s’absente. (Soyez gentils : lisez mon livre Un geste sacré – Pour une sexualité autonome et responsable :o)
Je me considère très chanceuse que ma route ait un jour croisé celle du yoga, enseigné par un être – sinon réalisé, du moins sensé. J’y ai appris, me semble-t-il, l’essentiel de ce qui guide encore aujourd’hui ma vie. Bien sûr, il faut parfois – souvent – cheminer longtemps pour un jour (béni) comprendre une toute petite chose si importante!
Je veux résumer ici un tel moment. Je venais de revivre un événement qui en rappelait douloureusement un autre. Je marchais en pleurant et en me demandant « pourquoi, mais pourquoi est-ce que ça recommence? » Jusqu’à me lasser de la question. J’ai alors choisi de substituer « comment » à « pourquoi ». Et tout m’est apparu lumineux. Si cette situation se présentait de nouveau à moi, c’était justement pour que je choisisse de la vivre autrement! Je suis rentrée chez moi, je l’ai vécue différemment et cette fois, le drame n’a pas eu lieu. (Si ce témoignage peut servir à un seul de mes lecteurs, j’aurai été très heureuse de le faire :o)
Voici où je suis entièrement d’accord avec l’auteur : « Le passé explique le présent, mais ne permet en aucun cas de prédire l’avenir. » (p. 171)
Pour conclure, il élargit son propos : « Nous sommes liés les uns aux autres par des besoins qui dépassent et transcendent le désir purement sexuel. L’intensité de ce dernier nous fait trop souvent oublier le reste, c’est-à-dire toutes ces attirances spontanées et inexplicables qui sont à l’origine de la plupart des liens que nous entretenons. » (p. 176-177)
L’écriture n’est pas dénuée de poésie. En fait, l’essai est très bien écrit, même s'il comporte plusieurs redites.
Michel Dorais est professeur et chercheur à l’Université Laval.
1/2
0 Au secours, 1 Pas du tout, 2 Un peu
3 Assez, 4 Beaucoup, 5 Passionnément
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Uparathi effectue également, à la pige, des travaux de traduction (anglais-français), de révision et de rédaction de textes divers.
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