Les dix tomes d’un roman signé des initiales d’un inconnu sont publiés en même temps chez dix éditeurs différents, dont deux sont bientôt assassinés. Il n’en faut pas moins pour que le lieutenant Lemaître se mette en chasse…
Dès le prologue, l’auteur écorche joyeusement critiques et chroniqueurs; puis c’est au tour des éditeurs de goûter à sa plume bien aiguisée, avant qu’elle ne s’abatte sur un certain nombre d’incongruités sociales. L’écriture, pétillante et drôle, fait preuve d’une verve extraordinaire; on se réjouit de tant d’intelligence. Elle est si vive, si originale, qu’on ne peut s’empêcher de sourire en lisant. Il m’est arrivé de refermer le livre pour mieux goûter mon plaisir… et de le rouvrir presque tout de suite pour ne pas en être privée plus longtemps!
Une foule de personnages, tous plus colorés les uns que les autres, habitent ces 400 pages. Le lieutenant Lemaître (qui raffole du subjonctif et du passé simple) et le sergent Bellechasse (qui n’a jamais ouvert un livre depuis le collège) font, entre autres, une paire on ne peut plus drôle. Bien que nombreux, les personnages sont introduits par l’auteur à intervalles suffisamment longs, et ils vivent assez longtemps sous nos yeux, dans des dialogues très vivants, pour nous éviter toute confusion. Plus loin, on découvre parfois que certains d’entre eux se sont déjà croisés…
Entre érudition littéraire et suspens policier, se glisse un discret filet de tendresse ou de bonté, comme une parenthèse entre deux rires. Dans un croisement de rencontres hasardeuses, les rebondissements ne manquent pas, les recoupements sont faits avec beaucoup d’astuce, et les indices semés de manière à nous tenir de mieux en mieux en haleine. L’auteur pratique l’art – rare, avouons-le! — de prolonger le suspens jusqu’après le dénouement de l’intrigue et même, jusqu’à la toute dernière page…