Alain Stanké
Les éditions de l'Archipel, 2004, 240 p., 24,95 $ (17,95 €)
Bien que l’éditeur classe ce livre dans le genre « roman », il le présente comme un « récit authentique ». Il s’agit d’une réédition, puisqu'il a d’abord paru en 1969 sous le titre J’aime encore mieux le jus de betteraves.
La simplicité directe du récit en actualise vivement l’horreur. À six ans, sans rien comprendre et c’est peut-être là le pire, l’auteur se retrouve devant un peloton d’exécution improvisé, dont il réchappe miraculeusement : « Qu’il fait bon vivre, pensais-je, mais comme cela fait peur. » (p. 23) Nous sommes en 1940, en Lituanie envahie par les Russes et les Mongols.
L’enfant sera témoin de bien des violences innommables. « J’ai l’impression que je sais de moins en moins de choses que je devrais connaître et que j’en connais de plus en plus que je devrais ignorer. » (p. 106) C’est cela, une enfance volée! Comme le regard retrouve parfois sa fraîcheur, une pointe d’humour vient malgré tout alléger de temps en temps le récit; quand la peur veut bien lâcher un instant le ventre auquel elle s’agrippe presque en permanence.
La première partie s’achève sur le départ des Russes… chassés par les Allemands. La joie sera de courte durée. D’autant plus que le meilleur ami de notre petit catholique est Juif; et même sa conversion au catholicisme ne changera rien au sort qu’on lui réserve.
Après un énervant jeu de cache-cache, la troisième partie s’ouvre sur l’arrestation de toute la famille, c’est-à-dire le père, la mère, le frère – et le petit Alain aux multiples prénoms –, suivie de sa déportation dans un camp de travail, en Allemagne. Il a maintenant dix ans. Pour survivre au manque de nourriture, de vêtements et de souliers, aux mauvais traitements, au froid et à la chaleur, il déploie beaucoup d’ingéniosité…
Enfin, la quatrième partie apporte la libération par le biais de l’armée américaine – et l’émotion nous étreint. Voici un témoignage qui donne envie de rayer à tout jamais de notre vocabulaire le mot « étranger »!
Alain Stanké a fait ses études secondaires en France. À 17 ans, il émigre au Canada. Père de quatre enfants, il réside à Montréal. Après une carrière en journalisme puis en édition, il est à présent producteur de films.