|
|
 |
 |
 |
|
 |
| Notre petitesse prive le Parlement d'êtres supérieurs |
 |
| |
Mercredi le 14 octobre, 1998 |
Michel Bernard et Léo-Paul Lauzon, oct 98
Tous les porte-queues des chambres de commerce et des associations de patrons se frottaient les mains d'aise. Alors que les libéraux menaient dans les sondages, Charest et son parti des affairistes et des bien nantis, avaient chargé Charles Sirois, une vedette du milieu des affaires, de recruter les nouveaux candidats libéraux parmi les affairistes. Enfin, on allait prendre d'assaut le gouvernement et faire changer les règles du jeu en faveur des compagnies. On se régalait déjà de baisses d'impôts des compagnies, de la "libéralisation" du droit du travail et de l'environnement. On allait faire du cash en paix.
Dans l'édition du 8 octobre de la grosse Presse à Desmarais, Claude Picher versait des larmes de sang. Le recrutement des candidats affairistes a foiré lamentablement . Pourquoi ? Pas assez payant ! Il fallait voir le bon Picher, tenter d'excuser ses maîtres à penser. C'est parce que le métier de député ne paie pas disait-il. " Au Canada, où l'on entretient le culte de la petitesse, on ne sera content que le jour où notre premier ministre se promènera en Lada. La même remarque s'applique au Québec . " Leur désintéressement honore la nature humaine.
Nous allons vous dire où elle est la " petitesse " : c'est que tout simplement les affairistes ne sont pas des hommes d'État mais des individualistes qui poursuivent leurs intérêts strictement personnels. Ils ne volent tout simplement pas assez haut, ni intellectuellement, ni moralement. Leur idéal social se résume au cash. " la rémunération moyenne des présidents des grandes entreprises canadiennes inscrites à la Bourse se situe à 862 000 $ ", " Il faudrait finalement être assez fou pour troquer tout cela contre un salaire 13 fois moindre…et 13 fois plus de troubles."
Picher continuait : " il est clair qu'ils privent la société québécoise de leurs talents " ; " Tant qu'il en sera ainsi, ne nous plaignons pas que la vie politique est incapable d'attirer des candidats forts " ; " la politique est un monde déroutant pour l'homme d'affaires habitué aux réunions expéditives, aux documents clairs et aux décisions rapides ".
Eh oui ! On se passera de leurs talents expéditifs. Voter des lois ce n'est pas acheter et vendre des cossins ou spéculer, ça implique la civilisation, ça demande de la réflexion. Les petits dictateurs de " shop " trouvent la démocratie emmerdante, il faut consulter, c'est long ! Imaginez que l'on veuille comme Bernard Lemaire construire des barrages privés, les camions pourraient commencer à bétonner si ce n'était pas de ces maudites études d'impact environnementales " pour quelques anguilles. " Les candidats forts pourront continuer de faire des bêtises expéditives comme les présidents de ces dix-neuf banques japonaises sur le bord de la faillite qui coûteront 90 milliards $ de fonds publics en 1998. Ça n'a pas empêché ces présidents de se payer des salaires jusqu'à cent millions de dollars par année. Comme quoi l'argent n'attire pas nécessairement le talent. Comme Long Term Investment, une firme américaine de spéculation qui avait réuni 200 milliards pour un usage strictement spéculatif.
Elle a été sauvée par la Federal Reserve qui craignait un effet d'entraînement.
Les talentueux de Picher et de Charest pourront continuer de grenouiller en finançant le Parti Libéral. Ils pourront continuer à fausser le jeu démocratique avec leur cash. Comme leurs menaces lors des référendum. Comme les grandes banques canadiennes qui ont donné 1 112 000$ au Parti Libéral fédéral en 1997 et qui pourront fusionner entre elles et avec des compagnies d'assurance, des sociétés de placement, tout en maintenant des taux usuriers sur les cartes de crédit et en nous vantant les vertus de la concurrence.
Ils pourront continuer de violer la démocratie comme Power corporation, propriétaire de compagnies d'assurance et de journaux, qui vantait récemment dans ses journaux la privatisation des services de santé pour servir les affaires de ses compagnies d'assurance. " Si les riches pouvaient se payer un système privé, ça libérerait le système public, c'est le gros bons sens " disent-ils . Le tout à partir d'un sondage SOM-La Presse rempli de questions biaisées du genre " Seriez-vous d'accord avec la privatisation des services de santé si les coûts baissaient ? ". L'exemple américain nous démontre que 40 millions de citoyens ne peuvent pas se payer l'assurance-santé privée et que ce nombre augmente d'un million par année. De plus, les compagnies augmentent à tous les jours la liste des médicaments et services non couverts.
Des talentueux expéditifs comme le Conseil des chefs d'entreprises ; cent cinquante compagnies canadiennes qui demandent au fédéral des baisses d'impôts de 18 milliards en sept ans. Par hasard, le détournement de l'argent des travailleurs dans les surplus comptables de l'assurance-chômage s'élèvent à un montant de 20 milliards alors qu'il n'y a plus que 37% des chômeurs couverts.
Pauvres de nous, on ne les aura pas dans le Parlement pour nous dire quoi faire ! Ils vont nous priver de leur grandeur pour nous punir de notre " petitesse ". On a encore laissé passer nos sauveurs, eux qui sont déjà nos Pères Noël de l'emploi : eux qui veulent tellement notre bien… Ce qui est le plus étonnant, c'est que dans un article traitant du métier ingrat de député, Picher ne peut s'empêcher de continuer de descendre l'État " compromis ", " la vie politique est incapable d'attirer des candidats forts ". La grosse Presse à Desmarais fait plus que sa part pour écoeurer les hommes publics : parlez-en à Alain Dubuc.
|
| |
|
|
|
|
|
|
|
 |
|