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L'enfer de la Floride
 

Jeudi le 27 octobre, 2005



Trois et quatres heures d'attente pour l'essence, quand on va assez loin pour trouver des centres de distribution où il y a de l'éectricité

Plus de 3 millions de personnes sont toujours sans électricité dans le sud de la Floride, et il faudra, semble-t-il, plusieurs semaines pour rétablir la situation.

Dans le secteur d'Hollywood, par exemple, Yvonne Courage n'a plus d'électricité depuis le passage de l'ouragan. "On vit dans le noir, mais nous sommes quand même chanceux, car on cuisine au gaz."

Rapide, Yvonne Courage a fait de la cuisson pendant plusieurs heures pour récupérer toute la nourriture du réfrigérateur, et des deux congélateurs de la maison. "Comme ça, on peut tenir un peu, dit-elle, mais c'est difficile. En plus, il faut faire bouillir l'eau.

"En plus, nous avions tout pour faire des conserves. Génial! Et dans le futur, je me promets de toujours avoir ce type d'équipement qui nous permet de tout récupérer."

Ce n'est pas le premier ouragan qu'Yvonne Courage subit, car elle vit sous les tropiques depuis des décennies, mais c'est celui où elle a eu le plus peur.

"Nous avons encaissé, mon mari et moi, l'ouragan Hugo, en Guadeloupe, où nous avons tout perdu, (maison et commerce) et j'ai toujours cru que c'était le plus terrifiant de tous. Maintenant je crois que Wilma fut encore plus terrible.

Des heures de vent qui hurle, de vacarme, de pluie qui se déchaîne. Vous êtes dans votre maison, dans le noir car toutes vos fenêtres sont protégées par des planches de contreplaqué, sans électricité, et le bruit terrifiant qui n'arrête pas. Tantôt les murs vibrent, tantôt vous croyez entendre un arbre qui se fracasse, ça se calme quelques secondes, puis le monstre se déchaîne. Plus fort, et encore plus fort. La maison tiendra-t-elle? Le vacarme est tel qu'on dirait qu'il y a un train qui passe dans la pièce voisine.

Et si on regarde dans les petits interstices de certaines fenêtres, on aperçoit, tout à coup, le toît du voisin qui s'envole à une vitesse folle. On sait alors que c'est fini pour eux, alors que la pluie va tout démolir.

"Plusieurs amis s'étaient réfugiés chez nous, car ils habitent des maisons mobiles qui peuvent être détruites en quelques secondes si l'ouragan s'acharne sur elles, et nous avions peur. Très peur."

Aujourd'hui, nous vivons dans un monde irréel, alors que le soleil brille dans le ciel, et qu'il fait chaud. Il fait très beau, et nous sommes entourés par la dévastation. Les voisins commencent à sortir, lentement, et on se salue, dans un immense respect, comme si nous étions dans un salon funéraire. Au soleil.

Pas d'électricité, cela signifie qu'il est impossible d'acheter avec des cartes de crédit ou de débit, et impossible d'obtenir de l'argent dans les guichets automatiques qui ne fonctionnent pas. Les banques sont fermées, ainsi que presque tous les commerces.

Hier, à des kilomètres à la ronde, impossible de trouver de l'essence, dit-elle. "Et si on va assez loin pour trouver des zones où il y a de l'électricité, il faut attendre 3, 4 et même cinq heures pour avoir de l'essence".

Il est très difficile d'utiliser la voiture car toutes les rues sont jonchées d'arbres et branches géantes, quand ce ne sont pas des poteaux électriques. Des maisons sont démolies, des toîts sont arrachés, des voitures sont retournées comme si un enfant géant aurait abandonné ses jouets.

Si on peut rouler, impossible de s'approcher de la A1-A et du front de mer où, paraît-il, il y a beaucoup de destruction, et les plages sont disparues, rongées par les vagues géantes. Les policiers ne laissent passer que les résidents, les secouristes et les employés de la construction.

Les étoiles

Si c'est inquiétant, si l'activité économique sera paralysée ou ralentie pendant plusieurs semaines, Yvonne Courage ne désespère pas, même si c'est très difficile, même si elle a failli craquer, même si tout semble insurmontable.
"Hier soir, mon mari Dennis et moi, on se tenait par la main, dehors et, pour la première fois depuis des années, on a vu des étoiles comme jamais car la ville est sans lumière. Quelle beauté! Et on a rit."

Demain, les Courage devront réparer la maison et le terrain, car les arbres sont tous détruits. Nous avions un maginfique palmier géant. Parti. Cassé. Arraché. Et c'est comme ça partout.

Pour obtenir des nouvelles, ils passent par Montréal, car ils n'ont pas d'électricité. L'information vient d'ici, car on peut tout suivre sur le Net, incluant l'adresse des magasins et les postes d'essence ouverts. Hier il y en avait cinq pour plusieurs centaines de milliers de personnes.

Au cours des récents ouragans, il a fallu entre une semaine et trois semaines pour redonner de l'électricité à tout le monde. Cette fois, on croit que ce sera plus long. A suivre...

 
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