Jeudi le 19 juillet, 2007 |
Du 13 au 20 juillet 2007 je serai en vacances (afin de me reposer de mon épuisante retraite…). Je ne produi- rai donc pas de chroniques élaborées ; cependant, je vais vous offrir des textes qui devraient vous intéres- ser et vous amuser et qui devraient, aussi, vous per- mettre de découvrir des sites Internet intéressants. Bonne lecture donc !
L'ÉCONOMIE DU SPORT POUR LES NULS.
Vous allez retrouver ce texte, ainsi que d'autres tout aussi amusants de monsieur Jean Dion sur le site Internet du journal Le Devoir.
Bon, bien sûr, « économie » et « baseball » dans un même livre, voilà qui n'est vraisemblablement pas aussi excitant pour vous que Da Vinci Code, où il y a des poursuites en hé- licoptère et un gars qui se mortifie pour le fun.
D'ailleurs, à ce sujet, je tiens à vous signaler la parution prochaine du deuxième tome de Da Giovanni Code, dans lequel un savant meurt en laissant gravée en signes cabalistiques sur une pierre de Rosette en béton précontraint une recette de "sauce à spag délectible" gardée secrète depuis 2000 ans, et à la fin on découvre que c'est ce qu'ils ont mangé à la dernière cène, car on sait un peu comment c'est, la "sauce à spag", n'est-ce pas, le truc le plus pratique quand on a une treizaine de bouches à nourrir (et j'hésite à vous vendre le punch, mais on apprend en fin de compte que Jésus avait demandé Marie-Madeleine en mariage parce qu'elle faisait de la maudite bonne "sauce à spag", et qu'elle était là au repas, et qu'elle encourageait les p'tits gars à en prendre une autre assiettée parce qu'ils auraient besoin d'énergie dans les heures à venir à renier trois fois le chant du coq et tout ça).
Donc, on se ramasse au début des années 70. Dans les li- gues majeures de baseball, l'Association des joueurs, sous la direction du syndicaliste de choc Marvin Miller, s'est mise depuis quelque temps à revendiquer des affaires.
D'abord de meilleures conditions de retraite, puis l'arbitrage salarial. On en est maintenant à la pièce de résistance: l'autonomie des joueurs. Il faut casser la « clause de réserve », le système en vigueur depuis la nuit des temps qui fait en sorte qu'un joueur est la propriété d'une équipe à vie à moins que celle-ci ne dé- cide de l'échanger.
Chez les propriétaires, on prévient que ça ne marchera pas comme ça, non messieurs dames. La clause de réserve est là pour rester, ne serait-ce que parce qu'elle a toujours été là. Et si jamais elle venait à être cassée (par les tribunaux, mettons), que les joueurs se le tiennent pour dit : aucun d'entre eux ne trouvera d'équipe pour l'embaucher, et il aura comme perspective de carrière d'aller récurer les w.-c. au Dairy Queen.
Dans ce concert, une seule voix discordante : celle de Char- les O. Finley. Finley a acquis les Athletics de Kansas City, qu'il a déménagés à Oakland. C'est un excentrique, vaguement méprisé par ses pairs, qui porte un chapeau de cow-boy et des vestons à carreaux. Il possède une mule. Il organise des promotions "flyées" à décoller la tapisserie. Il fait porter à ses joueurs des uniformes jaune et vert. Il les encourage à por- ter la moustache et à adopter des surnoms originaux, ce qui donnera Blue Moon Odom et Catfish Hunter. Mais par-dessus tout, il a compris une chose : l'autonomie des joueurs est inévitable, voire imminente. Et il répète inlassablement à ses homologues : « Faites-en tous des joueurs autonomes. »
Car Finley a compris ce que Marvin Miller va tenter de faire : obtenir l'autonomie, certes, mais pas pour tout le monde en même temps. Seulement quelques joueurs chaque année. Car qu'arrive-t-il, en vertu d'une bonne vieille loi, lorsque l'of- fre est limitée ? En plein ça. Mais évidemment, les proprié- taires rétorqueront qu'il n'y aura pas de flambée des salaires pour la simple raison que même si l'offre est restreinte, la de- mande sera inexistante.
Et évidemment toujours, ce n'est pas ainsi que les choses se sont passées. Avant même que les joueurs n'obtiennent for- mellement l'autonomie au compte-gouttes, l'un d'entre eux, Catfish Hunter (tiens donc), s'est retrouvé libre comme l'air en raison d'un détail technique : Finley ne lui avait pas fait un paiement à temps, ou quelque chose du genre. Il lui fallait donc s'attendre, n'est-ce pas, à être ignoré de tous. Mais hé hé. Hunter est retourné à la maison, en Caroline, il s'est assis dans sa cuisine et a attendu. Il n'a pas eu à attendre long- temps.
En quelques heures, des représentants de plusieurs équipes frappaient à sa porte -- en lui demandant, soit dit en passant, de ne pas en faire part aux autres clubs, parce que, évidem- ment, heu heu, il paraît qu'on n'est pas censé ne fût-ce qu'adresser la parole à un joueur autonome, et puis euh. Quelques jours plus tard, Catfish Hunter signait un gros con- trat avec les Yankees de New York, qui allaient plus ou moins s'acheter deux conquêtes de la Série mondiale en 1977 et 1978.
On sait ce qui s'est produit par la suite. La chasse aux joueurs autonomes est devenue une activité annuelle fort prisée. Les propriétaires ont dit que lorsque le salaire le plus élevé atteindrait un million par année, ils seraient en faillite. Le salaire le plus élevé a atteint un million, et les propriétaires ont dit que lorsqu'il atteindrait deux millions, ils seraient en faillite. Etc. Certes, ils se sont bien livrés à de la collusion dans les années 80, mais ils se sont fait pincer, ont dû payer le gros prix en amendes et sont revenus à leurs nouvelles ha- bitudes. Aujourd'hui, le salaire annuel le plus élevé est de 25,2 millions.
Ceci pour dire que si vous cherchez un sujet de détente dans cette chienne de vie absurde, il y a largement de quoi rigoler avec ce qui se passe depuis dimanche dans l'inénarrable Na- tionale Hockey Ligue. Les propriétaires ont tenu un lock-out pendant une saison complète sous prétexte que si les salai- res des joueurs ne diminuaient pas, devinez quoi ? En plein ça. Ils seraient en faillite. Ils n'ont pas de contrat de télévision aux États-Unis, les gradins sont à moitié vides dans plusieurs villes, et pourtant, que je te "garroche" 52 millions par ici, 35 millions par là, et bondance, j'ai encore trop d'argent! Qui en veut? Toi? Toi?
Un constat se dégage, messieurs dames : vous n'avez pas choisi le bon métier. Non, en fait, deux constats se déga- gent : vous n'avez pas choisi le bon métier, et les gens très riches sont très difficiles à croire.
En tout cas, moi, si j'avais de l'argent, je parierais que quel- que part dans l'au-delà, avec sa mule et son veston à car- reaux, le vieux Charlie O. Finley se bidonne d'aplomb.
Jean Dion
Édition du jeudi 05 juillet 2007
Merci d'être là et à la prochaine. Gilles.
Les chroniques de Gilles # 154.
Sources des photos et avatars :
- http://www.thewittyword.com/
- http://www.snafugear.com/
- http://www.metrarail.com/
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