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| Le quëteux |
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Vendredi le 18 décembre, 2009 |
Le quêteux
Dans le village où j’ai vécu mon enfance, le quêteux faisait sa tournée deux fois par année. Lorsqu’avant les grands froids de l’hiver, nous le voyions arriver de loin, nous avions tous un peu peur. Parfois, les gens racontaient de vilaines choses sur les quêteux, mais, ils se taisaient, dès que des petits comme nous s’approchaient.
Pour sa part, Maman ne le craignait pas, et le considérait plutôt comme un bienfait de Dieu. Dès que le quêteux posait les pieds sur la galerie, maman, toute souriante, le faisait entrer dans la maison, avant même que le quêteux ait eu le temps de dire : « La charité pour l’amour de Dieu ». Même s’il était déjà venu plusieurs fois dans notre maison, il attendait toujours que ma mère lui enlève sa vieille blouse et son sac avant d’entrer dans la cuisine.
Quelquefois, sa longue barbe grise était tellement sale que ma mère devait la lui laver et même parfois la lui couper avant qu’il puisse passer à table. Notre mère le considérait toujours comme un invité; elle le faisait asseoir sur la grande chaise au bout de la table et le servait toujours le premier. Il avait droit à des portions généreuses et de meilleure qualité. Maman ne se privait pas d’en mettre un peu moins dans nos assiettes pour s’assurer que notre hôte ait mangé à sa faim.
Après la vaisselle lavée, et la prière dite avec piété, nous passions dans la salle à manger. Notre quêteux, réconforté par un repas qu’il trouvait excellent, nous racontait avec beaucoup de détails les voyages qui le menaient d’un bout à l’autre du comté, les aventures drôles et parfois tristes qui lui arrivaient, et la peur qui ne le quittait pas lorsqu’il devait voyager en pleine obscurité à travers la forêt parce qu’il n’avait pas trouvé une place pour coucher.
Comme notre quêteux devait reprendre la route très tôt le matin, la soirée ne se terminait jamais plus tard qu’à 9 heures.
Rien ne lui plaisait davantage que de se coucher en arrière du gros poêle avec de chaudes couvertures, et où souvent, un de nos chats lui tenait compagnie.
Depuis bien longtemps, les quêteux sont disparus de nos campagnes. Pourtant, j’en garde un souvenir inoubliable.
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