La peur au ventre, la voix mal assurée, le discours confus, la bouche sèche et la peau moite : voici les symptômes bien connus du timide. A l’heure où il faut paraître, convaincre, savoir « se vendre pour un emploi» : la timidité, quel poids !
Quatre personnes sur dix se découvrent timides dans des situations courantes, et chez deux personnes sur dix, la timidité devient réellement invalidante. Celle qui en souffre se place en position de dominée en toute situation : elle s’esquive, devient invisible, renonce en s’excusant, hésite à s’imposer, laisse passer son tour … bref, elle se sent mal à l’aise, écrasée par l’assurance supposée des « autres ».
Mise en chanson par Jacques Brel, la timidité se traduit le plus souvent par une attitude craintive, une gêne excessive et un total manque d’assurance face aux autres. Elle peut aussi se dissimuler derrière des conduites agressives et un abord « bourru ».
Les manifestations sont à la fois physiologiques et psychologiques. Une transpiration abondante, une sensation d’étouffement, des rougeurs du visage, un bégaiement, une voix qui devient inaudible ou chevrotante, des gestes maladroits ou précipités, … voici des signes que beaucoup d’entre vous connaissent. A cela s’ajoutent des conduites phobiques face aux situations où le timide sera directement mis à l’épreuve. Elles entravent son cheminement au sein du groupe, il vit entre l’envie d’agir et l’appréhension d’un danger diffus sans cause clairement définie. La rencontre amoureuse ou amicale devient pour lui un projet qu’il ne réalise que rarement. Il peut se consumer d'amour sans jamais oser se déclarer ! Il a peur de tout rater, l’échec est toujours envisagé prioritairement. Toute critique est forcément négative, tout sourire moqueur. Rejet, humiliation, font partie de son quotidien, ou tout au moins le pense-t-il.
Il idéalise les liens amicaux qu’il ne peut tisser, il envie
l’aisance des « autres » alors que lui… il est en dessous de tout.
L’isolement devient pour lui un choix par défaut : « Au moins si je ne rencontre personne, je ne me sentirai pas en souffrance ». Il n’est pas sûr de lui, il a une perception négative de lui-même : Que va-t-on penser de lui ? A son humble avis « que du mal ! ». Comment va-t-il gérer la situation ? De façon désastreuse sans aucun doute. Le timide verra ses projets reportés dès que les « autres » s’y trouveront impliqués. Il se sentira sans force, incapable de la moindre réaction, focalisé sur le regard d’autrui qu’il vivra comme dominant, scrutateur et dévalorisant.
Il existe autant de timidités qu’il existe de timides, tous les degrés peuvent s’observer. L’origine de ce trouble qui s’apparente à la phobie remonte aux tous premiers stades de la maturation de l’individu et dépend de l’environnement, des expériences vécues et enfin des modèles parentaux. Une enfance trop protégée, une mise à l’écart des rivalités naturelles entre enfants, un entourage exclusivement adulte et trop accommodant, un manque d’affection ou de compréhension, des situations de maltraitances, des conflits familiaux sont autant de responsables. Retenons qu’un individu immature, fragilisé, sera plus particulièrement prédisposé à la timidité. Les échecs rencontrés, qu’ils soient scolaires, amicaux, amoureux, l’absence de stabilité familiale, des déménagements répétés ne feront qu’aggraver les choses.
La timidité, tout en étant un trouble banal, occasionne un handicap que beaucoup arrivent à surmonter naturellement au fil du temps. Quand elle emprisonne, quand elle restreint toute vie sociale, la timidité devient un problème de santé qu’il faut considérer et soigner.
Comment s’en sortir sinon accepter de s’exposer à la situation génératrice de ce malaise pour progressivement le vaincre. Il s’agit là de thérapie comportementale. Adaptée à tous les âges, cette thérapie a pour but d’affronter progressivement les situations redoutées pour les vider peu à peu de leur sens agressif et dangereux. Elle s’effectue dans un rapport interactif avec le thérapeute. L’accent est mis sur les causes actuelles du comportement qui pose problème, plutôt que sur les causes inconscientes. Plus tard l’on pourra envisager une psychothérapie plus analytique pour en comprendre l’origine.
Quelques conseils utiles permettent d’en limiter l’installation et les manifestations :
Ne vous voilez pas la face et ne vous cherchez pas de faux prétextes pour refuser une sortie, un entretien professionnel ou un rendez-vous amoureux. Vous êtes timide, acceptez-le.
Toute situation d’épreuve devra être considérée comme un entraînement utile.
Vous n’êtes pas uniques ! Le timide que vous êtes croise quotidiennement d’autres timides. Un timide n'est pas ridicule : il se sent ridicule ! Il développe chez les autres un élan de sympathie, surtout si les « autres » ont connu ce problème.
Jouez franc jeu ! Expliquez clairement à vos proches quelles sont les situations qui vous mettent mal à l’aise, les personnes qui vous impressionnent. Le fait de dire son mal-être minimise l’angoisse.
Jetez-vous à l’eau ! C’est la seule façon de vous rendre compte que les hypothèses négatives ne seront pas vérifiées. Peu à peu vous reprendrez confiance en vous.
Donnez vous le droit de ne pas réussir du premier coup. Tomber, n’est-ce pas le meilleur moyen pour apprendre à se relever ?
Le « net » l’arme fatale du timide ? Le visage tendu, éclairé par l’écran d’ordinateur dans une chambre vide au son d’un tapotis rapide sur les touches du clavier … Ça vous rappelle quelqu’un ? Internet et le fait de pouvoir converser avec le monde sans se découvrir est un moyen commode de contourner l’obstacle jusqu’au « face à face » qui scellera une amitié. Cette solution n’est qu’une étape et non une fin !
Evitez d’être l’invité qui resterait sur le pas de la porte sans participer à aucune fête et en dernier lieu, consultez un thérapeute plutôt que de vous replier sur vous-mêmes.
STRESS, comment reconnaître et soigner vos 150 stress quotidiens, version polonaise
Le Docteur Henri Pull, psychiatre, psychothérapeute d’adultes et d’enfants, intervenant hebdomadaire radio France sur France bleu gironde, consultant pour des titres de presse écrite nationale et régionale.