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Quoi de neuf docteur ? Par le docteur Henri Pull psychiatre
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Jeudi le 11 décembre, 2003
Le conditionnement alimentaire de bébé, plus tard de l’adolescent puis de l’adulte qu’il deviendra, commence dès berceau, dès les premiers contacts avec la nourriture.
Le sein maternel, le biberon, le petit pot puis le repas solide en famille sont autant d’étapes pour l’être humain en construction.
Qu’il soit nourrisson ou plus grand, il demandera des portions alimentaires de volume et de fréquences variables, en fonction des étapes de son développement psychique et physique.
Il réclamera spontanément sa « ration » par tout un arsenal de mimiques et de sons auxquels l’entourage, psychologiquement « équilibré », réagira de façon innée en apportant une nourriture adaptée.
Que dire s’il poursuit ses cris impérieux après qu’il aura été nourri, semble-t-il, en rapport avec ses besoins?
Les premières interrogations seraient :
- Que réclame-t-il ?
Et les réponses multiples pourraient être :
- Il veut un câlin, il vocalise, il manifeste une angoisse et cherche la chaleur de bras aimants pour le rassurer, il veut être changé ou enfin, il demande à manger.
Pour bien des parents, les pleurs correspondent prioritairement sinon exclusivement à un appel de faim.
- Un enfant en perpétuelle demande ne sollicite-t-il que de la nourriture ?
Certes non, et pourtant …
Le biberon bien rempli consolera bébé, la sucette trempée dans du sirop l’aidera à s’endormir … plus tard, le bonbon ou le gâteau « systématique » accompagnera l’enfant pour lui faire plaisir certes et surtout pour pallier à une incapacité à répondre autrement à ses demandes.
Ces dons de nourriture s’effectueront sans qu’il ait eu à éprouver le moindre sentiment de faim et parfois sans qu’il ait eu à réclamer à manger.
Une mère plus nourrice qu’éducatrice percevra la nourriture comme un remède universel : Elle transposera de manière inadaptée les sources de plaintes de l’enfant essentiellement sur le terrain de l’alimentation.
Elle ne saura transmettre son amour qu’à travers de bons petits plats, des gâteries excessives et des goûters surabondants.
Elle vivra douloureusement un refus de la part de l’enfant ; celui-ci en aura vite conscience et se gavera sous l’œil rassuré de maman qui bien involontairement empêchera son tout petit d’acquérir la capacité de réguler son alimentation en ayant conscience de la notion de faim et de la notion de satiété.
En acceptant la persistance de ce « cordon ombilical » alimentaire, l’enfant se conformera au désir inconscient parental de conserver un bébé dépendant et gratifiant.
Il se fixera dans un stade de maturation orale au détriment d’une construction psychologique harmonieuse.
Le conditionnement au sucre et de façon plus générale à l’alimentation consolatrice se mettra solidement en place.
La réponse systématique par la nourriture à la demande non-alimentaire de l’enfant, jettera les bases d’un comportement difficile à abandonner.
Ce comportement sera similaire à une conduite « addictive » ou toxicomaniaque.
Le schéma suivant avec sa dimension répétitive se mettra en place :
- J’angoisse, je m’ennuie, je suis triste, j’enrage, bref je traverse une période difficile , une seule solution, je mange !
- Je suis content, je suis heureux, je mange !
En effet les stress provoqués par les émotions violentes sources d’anxiété, d’angoisse, de colère, de tristesse et parfois de joie réclameront l’effet « calmant » (endorphinique) de l’ingestion alimentaire.
Les endorphines sont des hormones sécrétées au niveau cérébral lorsque l’on mastique, suçote, bref lorsque l’on s’alimente.
Elles provoquent un sentiment de plaisir et une quasi somnolence propice à la digestion.
Ce soulagement éphémère réclamera pour qu’il perdure une nouvelle ingestion alimentaire au bout d’une vingtaine de minute – durée d’action de l’endorphine - et ainsi de suite.
Le grignotage, appris par l’alimentation sans faim, deviendra le traitement des ennuis du quotidien et la solution à toutes les angoisses mais éveillera aussitôt un autre inquiétude liée à l’auto-culpabilisation:
- J’ai encore trop mangé malgré toutes mes bonnes résolutions ! ponctuera bien des grignotages inconsidérés.
Le grignoteur verbalisera le regret d’avoir mangé, évoquera un sentiment d’impuissance face à ce poids qui s’accumule et …. se sentant très mal remangera pour calmer ce nouveau mal-être.
Tout parent doit avoir conscience que les premières habitudes alimentaires conditionneront, toute la vie durant, les conduites de la femme ou de l’homme que son enfant deviendra.
Chacun porte au fond de sa mémoire les comportements acquis dans la petite enfance.
Selon le degré d’anxiété de maman ou de papa, selon leur désir de le voir grossir ou de le calmer lorsque ses hurlements devenaient insupportables, selon la solidité de cet « ancrage » psychologique au stade oral, l’adolescent et l’adulte qu’il est devenu aujourd’hui doit lutter de manière incessante contre ces ingestions sans faim sources d’un poids « yoyo ».
Parler d’alimentation et de conduite addictive (toxicomaniaque), cela semble surprenant et pourtant ?
Préférons la prévention au gâchis programmé !
Docteur Henri PULL
* Je dis « elle » ou la mère pour évoquer la main nourricière, j’aurai pu dire tout aussi bien « il », le père pouvant assumer cette fonction.
Dans certains cas, la grand-mère ou la gardienne de l’enfant joueront le rôle d’initiatrices alimentaires sans que maman ou papa ait droit au chapitre.
- la semaine prochaine dans la chronique 27 j’évoquerai : Comment s’en sortir ? J’ai des problèmes alimentaires; mon enfant en aura-t-il ?
Auteur du livre Parents-Enfants / 200 réponses aux questions les plus fréquentes aux éditions Grancher .
STRESS, comment reconnaître et soigner vos 150 stress quotidiens
Le Docteur Henri Pull, psychiatre, psychothérapeute d’adultes et d’enfants, intervenant hebdomadaire radio France sur France bleu gironde, consultant pour des titres de presse écrite nationale et régionale.
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