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| 313. L’euthanasie ou le droit à la mort est aujourd’hui au cœur des débats. Que faire pour assurer la dignité de l’homme en fin de vie ? |
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Samedi le 11 septembre, 2010 |
Alors qu’au troisième âge a succédé le quatrième âge, bientôt le cinquième, alors que les progrès médicaux ont rendu possible la vie à tout prix, la question de la fin de vie dans la dignité est entrée dans le débat public.
Que vaut la vie que l’on vit?
Ne vaut-elle que par la conscience qu'on en a ?
Ne vaut-elle que par la liberté d’en jouir selon ses choix?
Pour les croyants, la vie a une valeur sacrée, Dieu n'en confie que l'usufruit à l’homme.
Pour d'autres, tout un chacun dispose d'une sorte de droit inaliénable sur son corps et sur sa vie, comme un prolongement de la liberté individuelle.
Chacun aurait la liberté de décider dans le plein exercice de ses facultés mentales, du moment et des conditions de sa mort, dans le souci de préserver sa dignité.
Mais qu’est ce que la dignité ?
Déchéance, dégradation, indignité se rattachent aujourd’hui à maladie, dépendance, incurabilité et … vieillissement.
Ne pas vouloir devenir grabataire, pleurnicheur, bavotant, dément, incontinent, sourd et aveugle avec comme seule délivrance la tombe n’est-ce pas vouloir se respecter soi-même? S’interrogent beaucoup d’entre nous.
Cet être, de digne devenu indigne, devient maintenant objet de revendication pour une mort dans la dignité, prévue et organisée.
Il a perdu son autonomie physique et intellectuelle, il ne maîtrise plus ses fonctions physiologiques, ses sphincters le lâchent, aurait-il du même coup perdu tout droit à l’estime, à la considération, à sa place dans l’humanité agissante ?
Qui peut prétendre définir la dignité du malade et sur quels critères ?
En fonction de l’image dégradée ou de la valeur sociale perdue ?
Le sentiment de perte de dignité adressé par le « grand âge » à l’entourage devrait être entendu ainsi :
« A vos yeux, ma vie garde-t-elle une valeur ? Ai-je conservé, malgré mes dégradations physiques, ma qualité d’être humain ?»
Faut-il clairement comprendre : dans un tel état de déchéance, la vie n’est plus digne d’être vécue ?
Cette conviction faite sienne amènera le grabataire dépendant à hâter la survenue de la mort naturelle et plus souvent encore à réclamer la perfusion létale libératrice.
Et l’euthanasie, la mort assistée …, la solution ?
Il existe trois pratiques de fin de vie :
- la limitation et l’arrêt des thérapeutiques actives (inutiles ou refusées par le patient) ce qui relève d’une bonne pratique médicale.
- l’exploration de tous les moyens à disposition pour soulager, même au risque d'écourter la vie.
- l’acte délibéré de provoquer la mort.
Tout ceci entraîne des confusions pour les patients, les proches, les soignants autour de l'intention de soulager.
Pourrait-on voir cette issue proposée à tous les malades ayant une fin de vie « indigne » ?
Lors d’une enquête d’opinion faite sur des personnes atteintes d’une maladie grave, à la question : « Que peut-on craindre de plus dans le plus dans les dernières semaines de la vie ? »
Les principales réponses ont été : la souffrance, la dépendance physique, de mourir seul, de faire de la peine à ceux que l’on aime, de ne pas avoir le droit à maîtriser sa mort.
Les professionnels qui travaillent dans les services de soins palliatifs soulignent que les demandes d’euthanasie sont exceptionnelles du moment que la douleur physique, l’angoisse et la dépression sont soulagées efficacement.
Dans « la structure palliative idéale » la fin de vie devrait être adoucie et soulagée dans un climat de soutien affectif et psychologique résolument positif. Est-ce financièrement et humainement possible ?
A la question du choix de sa mort il n'est pas de réponse facile, en tout cas, aucune qui puisse satisfaire la conscience des uns et la conscience des autres d'un point de vue philosophique.
Le fait de décider de sa mort est un concept cher aux libres penseurs et à de plus en plus de personnes.
N'est-ce-pas à la société d'apporter non pas la réponse, car il ne saurait y en avoir une seule, mais les points de repère, de référence à partir desquels la réponse pourrait être trouvée ?
Est-il juste que la loi qualifie d'assassinat ce que la conscience de chacun ne peut qu'admettre ?
Certes, un renforcement des moyens consacrés aux soins palliatifs est nécessaire mais, au-delà c'est la volonté du malade, sa décision exprimée, vérifiée, répétée qui doit pouvoir s'imposer à tous.
Peut-on aller plus loin? Nous devons y réfléchir.
Ce qui pour certains ne devrait être que l’exercice d'un droit – celui de voir ses souffrances abrégées -, reste vécu pour d'autres comme une violence.
Ces derniers ont pourtant admis qu'un malade puisse être délivré de tout ce qui le maintient en vie d'un point de vue de la technologie et de la chimiothérapie médicale dès lors qu'il en exprime la volonté.
Il ne saurait être question de créer une sorte d'automatisme, qui ferait oublier la situation dans laquelle se trouve chacun face à sa mort. Il faut préserver le dialogue qui doit s'engager entre le malade, l'équipe médicale et les proches.
Pour cela il faut du temps pour l’écoute et le temps, peu en ont…
Sous peine d'inhumanité, l’on ne peut se référer à une règle générale, à l'application d'un droit qui écarterait la part de réflexion, de remise en cause, d'interrogation…
Comment ne pas redouter les dérives possibles vis-à-vis de mineurs, de malades mentaux, de comas prolongés …?
Nous ne devrions jamais parler de perte de dignité lorsqu’il s’agit de la fin de vie car la dignité fait partie de l’homme.
Elle ne disparaît pas comme un vêtement en fonction des saisons par lesquelles nous passons.
Il s’agit d’accompagner le mieux possible le dépendant en fin de vie pour respecter sa valeur, sa qualité d’humain.
Reconnaître l’importance de la qualité vie de celui qui meurt ne l’empêche pas de mourir ; elle lui permet d’exister encore et de mourir en restant une personne.
Reconnaître l’homme dans toute sa dignité à travers les images que nous en donnent ses handicaps, ses maladies, sa sénilité, sa souffrance physique et psychique, son agonie et sa mort est-ce trop pour une société d’image et de réussite ?
Dr Henri PULL
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Auteur du livre Parents-Enfants / 200 réponses aux questions les plus fréquentes aux éditions Grancher .
STRESS, comment reconnaître et soigner vos 150 stress quotidiens
STRESS, comment reconnaître et soigner vos 150 stress quotidiens, version polonaise
Le Docteur Henri Pull, psychiatre, psychothérapeute d’adultes et d’enfants, intervenant hebdomadaire radio France sur France bleu gironde, consultant pour des titres de presse écrite nationale et régionale.
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