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362. L’amour, une psychose ?
 

Mardi le 13 décembre, 2011



La psychose est une maladie mentale dans laquelle les patients perdent contact avec la réalité. Le psychotique peut connaître des troubles de la perception avec des hallucinations, des idées délirantes, des troubles des comportements ou encore, des phénomènes entrant dans le cadre de la dépersonnalisation.




Mais que vient faire là l’amour ?


Ne parle-t-on pas de Lovesick dans les pays anglo-saxons?
En effet, vous l'avez peut-être vous-même constaté, le sentiment amoureux modifie de façon extraordinaire la réalité de ceux qui en sont frappés.


L'être aimé devient unique et sa présence devient essentielle à celui qui aime. L'amour rime alors avec toujours; les amoureux ont l'éternité devant eux, bien que la réalité ait toujours démontré que l'éternité amoureuse a un terme.
La réalité s'en trouve déformée, le temps s'accélère où, au contraire, s'arrête.


Tout devient plus léger, les priorités convergent toutes vers l’être aimé.


L'amoureux ne comprend pas que l'entourage ne perçoive pas celui ou celle qui emplit ses pensées comme exceptionnel.


D'ailleurs, l'amoureux reste sourd aux avis négatifs et il n’est réceptif qu’aux avis allant dans son sens.


L’amoureux voit ses sens exacerbés : le toucher, la vue, l’ouïe, l'odorat, l'audition, le goût sont bouleversés dans le sens du « plus » vis-à-vis de l’être aimé.


L'odeur et le parfum de l'autre sont uniques et attirants, la vision de l'autre est déformée avec une interprétation positive de tous ses gestes, de toutes ses remarques, de toutes ses petites manies qui, en d'autres temps, seraient apparues comme détestables, ridicules, banales ou même agaçantes.


L’amoureux développe une hyperactivité. Retrouver l'autre est sa priorité au détriment de la prudence, de son équilibre financier, de sa santé, de sa situation familiale et professionnelle.


Manger devient accessoire, ne dit-on pas, vivre d'amour et d'eau fraîche ?


Le temps passé avec l'autre a une intensité magique, l'on oublie sa montre pour n'exister que dans la réalité du face-à-face amoureux.


D'ailleurs, n'avez-vous pas connu vous-même ces inoubliables instants où vous regardiez l'autre les yeux dans les yeux, la main dans la main, ne sentant plus le froid et ne voyant plus le regard des autres alors que vous étiez plongés dans une étreinte sans fin ?


Le poète y trouvera une source inépuisable d'inspiration, le musicien n'aura de cesse de composer la chanson qui séduira sa belle, le peintre n'aura jamais été aussi productif que dans ces instants de bouleversements affectifs.


De façon plus grave, les amoureux seront prêts à mettre leur vie en danger pour sauvegarder à tout prix leur amour.


Ils oublieront les maladies sexuellement transmissibles, ils seront prêts au suicide plutôt que de se plier à un interdit parental, religieux ou social. Ils pourront faire des excès de vitesse ou encore des escalades de cascadeur, se lancer dans des initiations censées les rapprocher de l'autre comme l'alcool, la drogue, la prostitution...


Le besoin de sommeil disparaît lorsqu'il s'agit de rejoindre l'objet de son amour.


L’on observe de véritables états d'épuisement physique chez l'amoureux.


Les symptômes psychologiques de « la maladie d’amour » incluent une exaltation de l'humeur, la surestimation de soi, ou à l'inverse une sous-estimation de soi par rapport à l'objet de son amour, une incapacité à se concentrer sur un autre sujet que l’être aimé.


Le téléphone portable, la messagerie, la boîte aux lettres sont autant de lieux qui sont visités dans l'attente du message de l'autre. Rien ne compte plus que cette petite marque d'attention qui, d'ailleurs, tarde tant à venir.


L'on assistera à des rituels d'hygiène inhabituels, à de très longues préparations esthétiques devant le miroir, à des phénomènes d’accumulation de tout ce qui rappelle l'autre.


De petits objets, une photo, un morceau de musique etc… seront autant de moyens pour conserver l'autre auprès de soi.
Le but de tout cela ?


Tout simplement, favoriser la rencontre de deux êtres pour, de façon atavique, de façon inconsciente, de façon instinctive, assurer la rencontre puis la perpétuation de l'espèce même si le partenaire, au départ, avant la psychose amoureuse, paraissait bien quelconque.


Lorsque la relation amoureuse ne sera plus partagée, l'on comprendra le drame de l'abandonné(e) à qui tout rappellera l’être aimé de façon constante et exagérée alors que l'autre restera parfaitement indifférent.


Le drame de la rupture est un véritable désastre pour celui qui aime sans retour.


La dépression, le désir de mort sont autant de conséquences qui ne doivent pas être négligées.


Combien de drames au nom de l'amour, mais aussi combien d'instants magiques au nom de ce même amour.


Alors, pour ces instants magiques et inoubliables, ne vaut-il pas mieux connaître une étincelle de psychose qu'une rassurante raison ?



« Mais qu'est-ce que j'ai bien pu lui trouver ? » Réflexion anonyme après la rupture.



Dr Henri PULL



Auteur du livre Parents-Enfants / 200 réponses aux questions les plus fréquentes aux éditions Grancher .







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Le Docteur Henri Pull, psychiatre, psychothérapeute d’adultes et d’enfants, intervenant hebdomadaire radio France sur France bleu gironde, consultant pour des titres de presse écrite nationale et régionale.


 
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