Jeudi le 14 décembre, 2006 |
Bien que nous soyons proches de la fête de la Nativité et du bonheur qui s’y rattache, nous traiterons aujourd’hui d’un sujet qui fait régulièrement la « une » des journaux et qui laisse beaucoup d’entre-nous perplexes : le meurtre d’un enfant par sa mère.
Avant de juger, essayons de comprendre le cheminement de ces femmes devenues mères puis infanticides. Les mères, selon qu’elles souffrent d’une dépression grave, selon que l’enfant ne corresponde pas à l’image qu’elles pouvaient s’en faire avant la naissance, selon qu’il n’y ait pas de désir d’enfant, selon que le père les quitte, se voient contraintes, de façon pulsionnelle ou réfléchie, à commettre l’irréparable. Ainsi elles agissent par colère, par vengeance, par peur de l’avenir, par peur du « quand dira-t-on » ou encore pour des raisons « morales ».
Un certain nombre de femmes ont seulement un désir de grossesse et non un désir d’enfant. Il s’agit pour elle de vivre un état de plénitude ou de valorisation narcissique apportée par la preuve de leur capacité à procréer. La présence d’un bébé constitue alors un tel bouleversement dans leur fragile équilibre qu’elles se trouvent dépassées par la tâche de mère et y renoncent sitôt la naissance venue.
Des femmes ne peuvent surmonter la différence entre l’enfant « imaginé » et l’enfant qui est là devant elles. Elles ne parviennent pas à combler le fossé entre leur fantasme et la réalité. Cet enfant, le leur, est incompréhensible dans ses agissements, ses pleurs, ses contraintes. Il leur est tout à fait étranger et ne correspond en rien à « l’image idéale » enfouie en elles.
Certaines encore vivent très mal la rupture de la fusion corporelle mère-fœtus. Dans la séparation des corps après l’accouchement se cumulent la sensation physique de vide ainsi que le vide affectif et social de « l’après grossesse ». Elles furent très entourées durant la grossesse et paradoxalement délaissées alors que, jeunes mères, elles se sentaient bien seules face à des responsabilités auxquelles elles n’avaient pas été préparées.
Quand elle se sent dépassée, quand les pleurs deviennent lancinants et incompréhensibles pour elle, quand la sollicitation du bébé est permanente, quand les soins deviennent des corvées, la mère ne vit plus de moments d’intimité paisible avec son enfant. Elle se sent agressée puis agressive face à bébé qui « n’en fait qu’à sa tête » alors qu’elle a tant à faire pour ne pas sombrer.
Chez la très jeune fille, étonnée d’être maman, il peut s'agir d'une impossibilité à concevoir psychiquement qu'elle puisse être enceinte consécutivement à des rapports sexuels. La puissance des forces de l'inconscient est telle que la jeune fille ne voit pas la réalité de ce qui se passe dans son corps. Il s'agit d'un déni qui prend sa source dans son immaturité. Elle pense maîtriser son corps comme le corps de son partenaire; la grossesse ne peut avoir lieu sans son autorisation!
Pour la femme plus mature il arrive que celle-ci refuse inconsciemment la réalité et trouve des arguments rationnels niant son état de grossesse. Ainsi, les nausées, la prise de poids, la fatigue, les perturbations de son cycle seront mises sur le compte de stress ou de surcharge de travail. Ces refus de la réalité entrent dans le cadre de désordres mentaux à prendre en charge sur le plan psychologique.
Comment éviter ces crimes ?
Je souligne qu’une mère a le droit d’éprouver à l’égard de son enfant des sentiments « ambivalents » c’est à dire contradictoires. Elle peut rappeler à son entourage qu’elle a besoin d’attention, d’amour, d’affection. Des professionnels de l’enfance doivent être consultés pour éviter l’isolement devant le sentiment d’être une mauvaise mère.
La mobilisation des pères et quelquefois des grands-parents qui ne s’impliquent pas suffisamment, lèveraient bien des angoisses chez des mères immatures, désemparées ou «surbookées».
Les médias devraient s’interroger sur la nécessité de passer en boucle des informations sur tel infanticide spectaculaire. Ils font involontairement courir le risque de lever des «interdits» enfouis au plus profond de certaines téléspectatrices ou auditrices fragiles et faciliter le passage à l’acte.
« Le besoin de la mère est absolu chez le nourrisson tandis que le besoin du bébé est relatif chez la mère ». La prise de conscience chez la jeune maman d’une absence d’attirance vers son bébé pour qui elle est tout, heurte ses idéaux d’instinct maternel et la culpabilise. Aussi la maternité devrait être «murie», choisie afin que l’enfant soit «l’invité» que l’on attend en toute connaissance de cause et non l’étranger, l’intrus ou encore le jouet dont on se débarrassera en le brisant.
Bien des infanticides sont passés sous silence, les petits corps enfouis sous des tertres anonymes dorment sans doute dans tous les pays du monde. Ces secrets, ces non-dits ne peuvent laisser de paix aux coupables de ces actes contre nature. Prévenir plutôt que punir serait la meilleure des solutions.
Docteur Henri PULL
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Site de discussion
http://planetecool.blogspot.com
Auteur du livre Parents-Enfants / 200 réponses aux questions les plus fréquentes aux éditions Grancher .
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STRESS, comment reconnaître et soigner vos 150 stress quotidiens, version polonaise
Le Docteur Henri Pull, psychiatre, psychothérapeute d’adultes et d’enfants, intervenant hebdomadaire radio France sur France bleu gironde, consultant pour des titres de presse écrite nationale et régionale.
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