Après presque neuf ans d'une guerre qui aura fait 4500 morts et 30 000 blessés chez les boys, après une dépense globale de 1000 milliards de dollars, l’Amérique referme en Irak un chapitre douloureux de son histoire militaire.
Pour les G.I., l'heure est venue de rentrer à la maison en laissant sur place 4000 à 5000 hommes.
Ces chiffres sont à comparer aux 170 000 hommes engagés au plus fort du conflit. Je ne retiendrai que ces trois déclarations pompeuses :
- «Nous annonçons aujourd'hui avec fierté au peuple irakien le transfert de la dernière base militaire américaine. Nous tournons aujourd'hui la dernière page de l'occupation», a déclaré à la presse, le représentant du Premier ministre irakien.
- «Après le sang versé par les Irakiens et les Américains, la mission visant à faire de l'Irak un pays capable de se gouverner et d'assurer seul sa sécurité est devenue réalité», a lancé Panetta, le chef du Pentagone.
- «Nous laissons derrière nous un Irak souverain, stable et autosuffisant, avec un gouvernement représentatif qui a été élu par son propre peuple», a souligné Obama.
Inévitablement, ces déclarations politiquement positives, cachent mal un résultat très différent de celui que les « forces alliées » escomptaient en tout début du conflit.
Je vous rappelle, qu'il s'agissait de renverser un tyran disposant d'un immense stock d'armes de destructions massives (que l'on recherche encore) pour laisser place à une démocratie, forcément réclamée par un peuple pacifique.
Au lieu de cela, malgré l'aveuglement des caméras occidentales, la chute de Saddam Hussein a révélé un pays « mosaïque » ou le communautarisme est devenu un mode de gouvernement.
L'armée irakienne, forte de 600 000 hommes entraînés par les instructeurs américains, est loin de représenter une garantie pour une paix durable.
Avant d'être soldat, l'Irakien est trop souvent, Kurde, Chiite ou Sunnite, au détriment de l'union populaire indispensable à toute démocratie.
Saddam Hussein, dirigeait un État fort, totalitaire et brutal, aussi, focalisait-il sur lui la colère du peuple et contribuait-il à créer un lien supracommunautaire et intercommunautaire : le lien des mécontents.
Aujourd'hui, le gouvernement irakien, monté de toutes pièces, tout droit sorti d’un magasin IKEA, devra faire la preuve de sa légitimité sans le bienveillant tuteur américain.
Plutôt que d'immenses espoirs, d'immenses inquiétudes obscurcissent le ciel irakien.
La fragilité des institutions irakiennes, la difficulté à remettre en route une économie sinistrée et l'impossibilité à créer une réelle unité nationale laïque, révèlent le caractère utopique de l'intervention américaine.
Avec ses alliés, l'Amérique « bien-pensante » a voulu régler le conflit irakien, comme d'ailleurs la plupart des conflits en cours, avec une vision occidentale s'appuyant sur des notions n'ayant pas cours localement.
L'Irak, majoritairement chiite, devient de façon claire un vassal de l'Iran.
Très probablement, des liens vont se tisser entre ces deux pays aux sous-sols riches en hydrocarbures donc, potentiellement riches.
Que restera-t-il alors de l'empreinte démocratique qu'a voulu laisser l'Occident au Moyen-Orient ?
Les leçons d'Afghanistan, de Libye, d'Égypte, de Tunisie et bientôt de Syrie, démontrent qu'il est illusoire de vouloir imposer des recettes démocratiques, laïques et « politiquement correctes à la sauce occidentale » à des pays qui ont une autre culture, une autre histoire et une tout autre vision du monde.
Si l'on doutait encore du caractère manipulatoire de l'information préparée pour un public « Bisounours en Europe, Calinours au Canada ou Care bears chez les Anglo-Saxons », il suffirait d'écouter aujourd'hui les discours interventionnistes des observateurs « neutres » par rapport au conflit interne syrien.
J'ai l'impression de revivre l'avant Irak, l'avant Libye avec, sans aucun doute, à terme, la déstabilisation d'un pays et l'émergence de nouvelles forces qui n'offriront aucune garantie démocratique.
Une gouvernance religieuse, construite autour de la charia, ne peut pas se réclamer d'une démocratie étant entendu, que par accord international tacite, une religion se respecte et ne se discute pas.
La naïveté des peuples occidentaux, très éloignés de l'état économique, social et sanitaire des pays du Moyen-Orient, est entretenue par des informations soucieuses de résumer les protagonistes en deux camps : les 100 % méchants qu'il faut forcément attaquer et les 100 % gentils qu'il faut croire et aider sans aucune contrepartie.
Ces événements, ces scénarios dignes de films de série B, doivent vous rappeler que dans tous les cas, il y a un élément commun à repérer, l'homme avec un grand «H».
Qu'il soit dans le camp des méchants ou dans le camp des gentils, rapidement, il se transforme, laissant apparaître ses bons côtés mais aussi ses côtés obscurs et sa terrible ambition régie par les trois désirs que sont la puissance, l'argent et … le sexe.
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Le Docteur Henri Pull, psychiatre, psychothérapeute d’adultes et d’enfants, intervenant hebdomadaire radio France sur France bleu gironde, consultant pour des titres de presse écrite nationale et régionale.