La violence conjugale, violence domestique par excellence alors que la porte est refermée, les volets clos et les témoins absents, reste aujourd’hui un drame qui n’épargne aucun pays, aussi démocratique soit-il.
Elle touche une population essentiellement féminine (95 %) et concerne 1 femme sur 5.
Les conséquences indirectes sont considérables sur les enfants spectateurs impuissants devant de tels actes ; 30% à 40 % des enfants de familles où de tels actes se pratiquent sont eux-mêmes maltraités. On peut craindre l’impact de l’exemple sur les jeunes générations : trop souvent le fils agit comme il a vu son père le faire, ceci malgré la souffrance qu'il a pu ressentir dans son enfance en voyant sa mère se faire frapper.
Les décompensations psychiques – dépression, crises d’angoisse, états de panique –, physiques et répercussion psycho somatiques posent là un véritable problème de santé publique dénoncé tant par les organismes internationaux (ONU) que par le conseil de l’Europe.
Beaucoup ont trop tendance à banaliser cette violence qui, dans un pays comme la France, tue plus d’une femme par jour. Proportionnellement cela rejoint les chiffres observables dans la plupart des pays industrialisés d’Europe et d’Amérique du Nord.
Il ne s'agit en aucun cas de simples conflits conjugaux ni de disputes occasionnelles plus ou moins justifiées mais bien d'un acte punissable par la loi, portant atteinte à la liberté et aux droits de l'Homme.
L'expérience souligne que l’intervention rapide et le refus de banaliser de cette violence offrent les meilleures chances pour endiguer l’escalade de violence et à terme son issue mortelle.
Aucune religion ne saurait excuser cela bien que certaines interprétations de textes « sacrés », interprétations essentiellement masculines il faut le dire, inciterait à battre sa femme pour l’aider sans doute à mieux admettre « l’essence supérieure » de leur mari.
Souvent les femmes ne disent ni à leurs proches ni à leur médecin qu'elles sont maltraitées car elle vivent dans la crainte des représailles, elles ont honte de leur situation de femme battue ou tout simplement parce qu’elles espèrent pouvoir faire entendre raison à leur bourreau pour qui elles éprouvent des sentiments plus forts que les coups et la peur.
Dans un certain nombre de cas, la seule convocation du partenaire par les services de police et sa comparution devant la justice suffisent à mettre un terme à cette violence banalisée.
Devant des lunettes noires cachant des yeux tuméfiés, devant des fractures ou des ecchymoses trop fréquentes, beaucoup s’interrogent mais ne savent pas très bien si une question directe ou une approche plus indirecte est préférable.
En tout état de cause savoir questionner pour orienter la victime vers des services aptes à la prendre en charge sera une aide appréciable allant dans le sens de l’assistance à personne en danger.
Il ne s’agira pas là de se mêler de la vie de son prochain mais de lui porter secours.
Voici quelques exemples de questions capables de déboucher sur des confidences révélatrices :
- « Voulez-vous que je vous aide ? »
- « Qu'arrive-t-il quand vous ou votre partenaire êtes en colère? »
- « Votre conjoint est alcoolique : est-il violent quand il boit? »
- « Craignez-vous votre partenaire? »
- « Comment ça va dans votre relation de couple? »
- « Comment vous y prenez-vous, vous et votre partenaire, pour régler les conflits? »
- « Vous-vous êtes encore cognée. Parfois, des gens ont des blessures comme les vôtres lorsque quelqu'un les a frappés : avez-vous été frappée? »
- « Savez-vous qu’il existe des services d’accueil pour vous écouter et vous protéger ? »
Au vingt et unième siècle, parler encore de violence conjugale au foyer aurait de quoi surprendre notre lointain ancêtre préhistorique armée de sa massue et supposé impulsif.
Et pourtant, la force physique est encore à l’ordre du jour pour régler des conflits au sein du couple de l’homo sapiens sapiens !
STRESS, comment reconnaître et soigner vos 150 stress quotidiens, version polonaise
Le Docteur Henri Pull, psychiatre, psychothérapeute d’adultes et d’enfants, intervenant hebdomadaire radio France sur France bleu gironde, consultant pour des titres de presse écrite nationale et régionale.