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Quoi de neuf docteur ?
Par le docteur Henri Pull psychiatre
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Le coq gaulois inquiet,
la colombe de la paix abattue,
l'aigle US en péril?
ALERTE ROUGE


Jeudi le 20 octobre, 2005

Tant qu’il s’agissait de vache folle, on n’allait plus chez le boucher et l’on se rabattait sur les volatiles pour garnir tables et banquets. Mais voilà, maintenant c’est du sérieux : le « coq gaulois » symbole français par excellence, la colombe symbole de paix et l’aigle US symbole de puissance sont en première ligne face à la grippe du poulet.


Et oui! la grippe aviaire arrive! La « longue marche » de la souche H5N1 de la dite maladie a débuté la Chine en 2003.

Elle traversa le Vietnam, la Thaïlande, l’Indonésie y laissant une soixantaine de victimes, et voici qu’elle frappe en 2005 aux portes de l'Europe.

Détectée en Turquie, elle est confirmée en Roumanie et crainte partout ailleurs. Les gouvernements européens ont annoncé un renforcement des mesures de prévention contre ce fléau.

Tous les oiseaux migrateurs seront contrôlés aux frontières sans doute par des brigades « volantes », les oiseaux de nos contrées seront consignés dans leur nid, les poules, ah les malheureuses, ne connaîtront plus l’air libre de la basse-cour trop exposée aux visites des pigeons, oies et canards sauvages.

Enfermées à double tour dans les poulaillers où, serrées comme des sardines en boîte, elles ne tarderont pas à développer, que sais-je, la bronchiolite du poulet, la dépression aviaire ou la « claustropoulie ».

Nils Olgerson n’aurait pu suivre avec son jars les oies migratrices dans son merveilleux voyage au dessus des nuages. Il se serait vu suspecter d’abriter dans les plumes de son compagnon ailé le terrible virus et consigné à terre.

Prudente, la France a commencé à stocker 14 millions de doses de Tamiflu, un médicament antiviral jugé jusqu’alors efficace contre la maladie. En outre, 50 millions de masques chirurgicaux protecteurs ont été stockés et 150 millions d'autres le seront avant le début de 2006.

Les fortifications des terribles guerres du passé seront réactivées, la défense aérienne alertée et les chasseurs du dimanche réquisitionnés pour tirer et encore tirer sur les volatiles rebelles qui chercheraient à briser le blocus. Le petit plomb sauvera la France de ce nouveau coup du sort avant qu’il ne poursuive son chemin en traversant l’Atlantique, dernier rempart avant que l’aigle américain ne craigne pour ses plumes.

Et en plus, adieu la dinde de « Thanksgiving » ; il faudra se rabattre sur la truite et le saumon avant que ces malheureux, élevés eux aussi en bassins surpeuplés, n’attrapent la « peste bubonique » du poisson.

Comme vous le voyez, les « Tartarins* » que nous sommes, sont fins prêts à combattre une agression virale transportée par les airs au gré des vols de très innocents oiseaux migrateurs.

Malgré l’important traitement médiatique dont fait l'objet la grippe aviaire, 65% des personnes interrogées disent ne pas connaître les risques de mutation du virus et de contagion d'humain à humain. Faut croire qu’à part le bla, bla, bla l’essentiel n’est jamais dit car il n’est pas assez sensationnel sans doute.

Je vous rappelle simplement que la grippe aviaire est une infection due à un virus qui comprend plusieurs genres dont l’influenzavirus A. Celui-ci est divisé en sous-types parmi lesquels les sous-types H5 et H7. Cette infection peut toucher presque toutes les espèces d’oiseaux, qu’ils soient sauvages ou domestiques. Elle est contagieuse surtout chez les poulets et les dindes et entraîne une mortalité extrêmement élevée.

Plus préoccupant, le virus influenza aviaire peut infecter d’autres espèces animales comme le porc. L’on peut imaginer la surmortalité dans les élevages porcins où les animaux se comptent par milliers dans des espaces très restreints.

Le virus de la grippe aviaire, lorsque la souche est hautement pathogène, peut se transmettre exceptionnellement à l’homme, comme cela a été observé pour le virus influenza A/H5N1 à Hong Kong en 1997 et en février 2003 ou, plus récemment, au Vietnam où des foyers de virus aviaire ont été observés fin 2003.

Des cas de transmission à l’homme du virus influenza A/H7N7 furent observés aux Pays-Bas au printemps 2003. La transmission s’effectue lors de contacts fréquents et intensifs avec des sécrétions respiratoires ou des déjections d’animaux infectés.

Avis à Mu*, artiste contemporain chinois travaillant à mains nues le caca de cochon.

La gravité du phénomène serait une transmission généralisée du virus aviaire à l’homme. Elle risquerait de favoriser des échanges de matériel génétique entre les deux virus chez une personne déjà contaminée par le virus de la grippe humaine. Un tel « mariage » entraînerait un réassortiment génétique entre ces deux virus et engendrerait l’apparition d’un nouveau type de virus susceptible de s’adapter plus facilement à l’homme.

Ce super virus se transmettrait alors d’humain à humain et pourrait diffuser une grippe dont on ne mesure ni la gravité ni l’ampleur.

Mais voilà, peut-on vraiment retenir le vent entre ses doigts, peut-on massacrer tous les oiseaux de passage, peut-on abattre sur une grande échelle toutes les poules, dindes, oies et autres volatiles? Doit-on « vitrifier » nos campagnes?

Les stratégies de lutte contre l’influenza aviaire reposent essentiellement sur le diagnostic, l’hygiène, l’éducation, la quarantaine, la réduction raisonnée de la taille des élevages et enfin un meilleur respect de la vie animale.

Au-delà de ces principes de bon sens je soulignerai que l’élevage de masse dans des conditions concentrationnaires, le gavage aux farines industrielles, la course au profit immédiat dans la production alimentaire, sont les inducteurs de ces mystérieuses épidémies qui nous terrorisent aujourd’hui.

« L’arroseur arrosé », voici ce que nous sommes tous
Cet épisode de la course boiteuse de l’homo qui se croit sapiens sapiens sur son grain de poussière cosmique souligne que toute race a son prédateur. Après l’extermination des fauves qui pourchassaient dans le passé les humains nomades, voici le nouveau prédateur de l’homme, l’Homme lui-même, éternel apprenti sorcier qui ne s’assagira qu’avec le dernier humain!

*Je fais référence à « Tartarin de Tarascon » d’Alphonse Daudet. Tartarin est un petit bourgeois de Tarascon, tendant à l'obésité. Il vit tranquillement rêvant à d'extraordinaires aventures. Sa réputation repose sur ses récits de voyages et d'aventures inventés dans lesquels il se décrit comme un grand chasseur de fauves.

* lire chronique précédente : Dans le cochon tout est bon


Docteur Henri PULL



Auteur du livre Parents-Enfants / 200 réponses aux questions les plus fréquentes aux éditions Grancher .







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Le Docteur Henri Pull, psychiatre, psychothérapeute d’adultes et d’enfants, intervenant hebdomadaire radio France sur France bleu gironde, consultant pour des titres de presse écrite nationale et régionale.


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