|
|
 |
 |
 |
|
 |
| 293. « L’Xtrême autorité pour une Xtrême obéissance », au-delà même des principes de l’humanité, le nouveau reality show vient de sortir. |
 |
| |
Mardi le 06 avril, 2010 |
Avec Running man, Roller ball, Le prix du danger et bien d’autres films où le jeu et la mort se mariaient dans une action commune, le cinéma a devancé d’un poil la TV pour notre plus grand frisson !
- Pensez, voir des gens souffrir et pourquoi pas risquer leur vie et mourir sans bouger de son salon, voici une exquise émotion pour un monde sans limite !
Jouer « en vrai » dans un tel scenario, être le professeur, être le maître tout puissant face à celui qu’il faudra châtier car il aura failli à une règle du jeu présentée comme « légitime », n’est-ce pas mettre le doigt dans un engrenage proche des jeux du cirque de l’Antiquité romaine ou de façon plus actuelle, proche de tous les crimes commis « légitimement » par un groupe humain dominant face à un groupe humain dominé ?
Des shows télévisés ont dernièrement cherché à démontrer que, sans menace physique, « 80% des gens » seraient susceptibles d’accepter de faire souffrir un innocent si on leur en donnait l'ordre.
Plus précisément, après un casting - d’enfer sans doute - où 20% des sollicités ont donné leur accord, on a retenu un groupe représentatif pour l’émission.
Le psychologue barbu « caricatural » apportant sa caution scientifique, l’animateur survolté et les candidats fiers de passer enfin à la télé sous les applaudissements d’une salle remplie pour l’occasion d’un échantillonnage tout aussi soigneusement choisi et, voici le décor planté pour deux heures de tortures garanties, conformes au règlement … de l’émission.
Le but officiel ?
Arriver à démontrer qu’une majorité « de madame et de monsieur tout le monde » se transforme en bourreau sous la pression d’un contrat assurant la moralité et la légitimité des rôles.
La règle du jeu ?
Envoyer des décharges électriques à un pauvre bougre pour la bonne raison qu’il aura mal répondu à la question posée.
A partir de là, personne n'est coupable, personne n’est responsable.
- Il n’avait qu’à répondre juste après tout !
Les gens sont infantilisés, déresponsabilisés et perdent leur libre arbitre sous la pression télévisuelle…
La télé et la société tout entière rendraient-elles des gens, comme vous et moi, soudainement capables du pire?
Accepter l’inacceptable, s'engager par contrat à envoyer des décharges électriques à un candidat, n’est-ce pas mettre consciemment le doigt dans un engrenage criminel?
La question que devrait se poser chacune des personnes retenues pour le show serait la suivante:
- Est-ce ma vraie nature qui s’est exprimée oubien suis-je téléguidée?
Pourquoi ceux qui finissent par se rebeller parmi cet échantillon, acceptent-ils, tout de même, d'envoyer quelques décharges électriques avant d’être tourmentés par leur conscience ?
- Pauvres petites choses irresponsables, vous n'aviez pas le choix. La pression de la hiérarchie, du pouvoir, de la société, de la télé... était telle que vous n'êtes pas coupables.
Tenir un tel discours est un encouragement au crime.
Cette « expérimentation » télévisuelle n’est qu’un ersatz de l’expérience réalisée entre 1960 et 1963 par le psychologue américain Stanley Milgram.
Cette expérience cherchait à évaluer le degré d'obéissance d'un individu devant une autorité jugée légitime et à analyser le processus de soumission à cette même autorité, notamment quand elle induisait des actions qui posaient des problèmes de conscience au sujet.
Des sujets avaient accepté de participer, sous l'autorité d'une personne supposée compétente, à une expérience d'apprentissage où elle leur demandait d'appliquer des décharges électriques à des « élèves » sans autre raison que de « vérifier leurs capacités d'apprentissage ».
L'expérience était présentée comme l'étude scientifique de l'efficacité de la punition, ici par des décharges électriques, sur la mémorisation.
« L’élève », qui s'efforçait de mémoriser des listes de mots, recevait de la part du « professeur », une décharge électrique de plus en plus forte en cas d'erreur.
L’enseignant dictait les mots à l'élève et vérifiait les réponses.
A chaque mauvaise réponse, il envoyait une décharge électrique destinée à faire souffrir l'élève.
« L’expérimentateur » était le représentant officiel de l'autorité ; il se montrait ferme et sûr de lui.
Sa présence garantissait la bonne marche de l’expérience.
L'expérimentateur et l'élève étaient en réalité des comédiens et les chocs électriques fictifs ; le réel sujet d’étude était le comportement du « professeur ».
L’expérimentateur amenait le sujet à infliger des chocs électriques à l’apprenant. La majorité des participants continuaient à infliger les chocs jusqu'au maximum prévu (450 V) en dépit des plaintes de l'acteur.
62.5 % des sujets menaient l’expérience à son terme en infligeant à trois reprises des électrochocs de 450 volts.
Milgram a qualifié, à l'époque, ces résultats « d’inattendus et d’inquiétants ». Il concluait que l'obéissance était un comportement inhérent à la vie en société et que l'intégration d'un individu dans une hiérarchie impliquait que son propre fonctionnement en soit modifié.
L'être humain passait alors du mode autonome au mode systématique où il devenait l'agent de l'autorité s’il avait la conviction que la cause était juste, c'est-à-dire, ici, la légitimité de l'expérimentation scientifique.
Il notait la perte du sens de la responsabilité.
L'individu obéissant était enclin à accepter les règles fournies par l'autorité légitime.
L'obéissance à une autorité et l'intégration de l'individu au sein d'une hiérarchie est l'un des fondements de toute société.
Cette obéissance à des règles, et, par voie de conséquence à une autorité, permet aux individus de vivre ensemble.
Elle empêche que leurs besoins et désirs entrent en conflit et mettent à mal la structure de la société.
Partant de cela, Stanley Milgram ne considère pas l'obéissance comme un mal.
Là où l'obéissance devient dangereuse, c'est lorsqu'elle entre en conflit avec la conscience de l'individu.
Pour résumer, ce qui est dangereux, c'est l'obéissance aveugle, le conformisme qui induit le mimétisme pour l'individu qui ne veut pas se démarquer du groupe.
L'Homme est un être social, mais cela ne l'empêche pas d'avoir une certaine autonomie.
Lorsqu'il est autonome, l'Homme obéit à ses propres besoins, à ses désirs et à sa conscience.
Lorsque l'individu obéit, il délègue sa responsabilité à l'autorité ; il n'est plus autonome, il devient un « agent exécutif d'une volonté extérieure».
Milgram expliquera que le comportement de la plupart des tortionnaires, sous l'Allemagne nazie, était assimilable à ceux de cette expérience.
Ils attribuaient la responsabilité de leurs actes à une autorité supérieure.
L'épilogue de son livre Soumission est à retenir :
« Les exigences de l'autorité promue par la voie démocratique peuvent elles aussi entrer en conflit avec la conscience. ..pourtant le plus souvent…elles sont exécutées par l'ensemble de la nation avec la soumission escomptée. »
Des exemples, il n’en manque pas ; il n’est pas nécessaire de regarder dans le rétroviseur, mais simplement aujourd’hui.
Regardons autour de nous, dans la vie courante, au travail ou en famille, analysons les causes de conflits interraciaux, interethniques, interreligieux, essayons de comprendre les phénomènes de groupe comme les mœurs, les gangs ou les sectes, réfléchissons à l’acceptabilité de multiples crimes pour des raisons jugées supérieures par l’autorité politique, religieuse, militaire, familiale ou encore morale.
Alors, maintenant que les reality shows s’y mettent, Milgram tu as encore du boulot !
L'exemple que l'on veut donner aux générations élevées par
« nounou télé », est-il celui de la déresponsabilisation permanente?
Docteur Henri PULL
|
Auteur du livre Parents-Enfants / 200 réponses aux questions les plus fréquentes aux éditions Grancher .
STRESS, comment reconnaître et soigner vos 150 stress quotidiens
STRESS, comment reconnaître et soigner vos 150 stress quotidiens, version polonaise
Le Docteur Henri Pull, psychiatre, psychothérapeute d’adultes et d’enfants, intervenant hebdomadaire radio France sur France bleu gironde, consultant pour des titres de presse écrite nationale et régionale.
|
|
|
|
|
|
Recherche dans
Quoi de neuf doc ?
|
|
|
|
|
|
|
 |
|