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Par le docteur Henri Pull psychiatre
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Marie est née sans sa main gauche. Que faire ?


Jeudi le 06 mai, 2004

Dans le cadre de la vie intra-utérine des anomalies ne mettant pas en péril la vie du foetus se mettent en place à l’insu de la vigilance des contrôles échographiques effectués ou des soins préventifs médicaux.

Parfois, en toute connaissance de cause, les parents avertis de l’anomalie renoncent à interrompre la grossesse et décident de garder l’enfant qui, bien que différent des autres, pourra avoir une existence autonome sur le plan physique.

Après la naissance, les anomalies s’objectiveront, qu’elles résultent d’une origine génétique, qu’elles soient secondaires à des ingestions de produits tératogènes ou tout simplement dues à ce troublant coup du sort qui nous rappelle que rien n’est jamais sûr.

Elles s’intégreront dans le schéma corporel de l’enfant mais bousculeront les parents dans l’image idéale qu’ils avaient de leur progéniture.

La séquelle induit un sentiment de manque, d’injustice, d’incrédulité.

Ce « manque » au niveau des aptitudes induit inévitablement un « plus » au niveau de la gêne fonctionnelle et esthétique.

Le jeune en percevra la gravité dans le regard éploré de ses parents.

Le dialogue concernant ce manque doit être clair entre les parents et l’enfant au fil de sa maturation.

N’oublions pas que celui-ci dispose d’une capacité d’adaptation remarquable qui se révèlera après qu’aura été effectué un travail de réflexion et au-delà, de deuil chez les parents.

- Je suis différent, et alors ? revendiquera l’enfant.

Le corps gêné dans sa motricité, altéré dans son apparence, cherchera, comme chez tout enfant équilibré, à s’exprimer dans son univers de façon épanouie.

Cette liberté, et l’autonomie qui en découlera, ne pourront exister sans les notions de valorisation, de dignité, d'intégration et de tolérance.

J’ai reçu en consultation la petite Marie âgée de 5 ans accompagnée de ses parents.

Marie est née sans main gauche ; « ma petite main n’a pas voulu pousser » m’explique-t-elle très naturellement.

Cette main en moins, devenue tout d’abord tabou dans le discours familial, fut rapidement intégrée dans le quotidien de chacun des membres de la famille.

- Faut-il masquer ce « manque » par une prothèse à usage simplement esthétique ?

Telle était la question qu’étaient venus poser les parents de la fillette.

Marie écrit de la main droite et utilise convenablement « sa main gauche » autant dans le jeu que dans toutes ses activités de petite fille.

Pour le vélo, l’habileté de papa avait résolu le problème de la tenue du guidon … d’ailleurs, je commence à « conduire » que d’une main me confia-t-elle…

Finalement, le problème ce n’était ni elle, ni ses parents, mais les réflexions incessantes tant à l’école que lors de rencontres avec des « étrangers » ; Marie en arrivait à cacher son moignon pour ne pas avoir à justifier le « manque » aux yeux de tous.

L’intérêt du port d’une prothèse esthétique, énoncé par des tiers avait conduit le trio à venir consulter pour avis.

La fragilité du revêtement d’une « fausse main », la difficulté à la protéger des bousculades, la peur de l’abîmer, son inutilité fonctionnelle deviendraient vite de nouvelles contraintes qui majoreraient le handicap au lieu de soulager l’enfant.

En sus, la fillette ne ressentait nul besoin de masquer une partie d’elle-même ; le seul bénéfice étant de faire taire les curieux.

L’enfant et ses parents, dans cette anecdote, avaient avancé sur le chemin de l’acceptation du handicap, alors qu’il n’en était pas de même pour la société toujours à la recherche d’explication et d’une illusoire réparation.

La main en moins ne devait pas être vue, la disgrâce devait être cachée afin que « pour le bien de l’enfant », son apparence ne soit pas altérée aux yeux de tous.

Au terme de l’entretien, la décision est prise :
Marie ne portera pas de prothèse esthétique mais s’armera avec l’aide de Papa et de Maman, de réparties judicieuses pour contrer la curiosité de l’entourage social.


Docteur Henri PULL

Auteur du livre Parents-Enfants / 200 réponses aux questions les plus fréquentes aux éditions Grancher .







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Le Docteur Henri Pull, psychiatre, psychothérapeute d’adultes et d’enfants, intervenant hebdomadaire radio France sur France bleu gironde, consultant pour des titres de presse écrite nationale et régionale.


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