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| « Maudits Français ! » |
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Mercredi le 12 décembre, 2007 |
Je viens de lire un article dans la presse du 10 décembre qui traite des immigrants français au Québec. Le titre: « On est vraiment des étrangers, ici » m’a surpris et bouleversé.
On y affirme que 70% des immigrants français retournent dans leur pays après quelques années au Québec. Les nouveaux québécois français, qui sont la source des données de l’article, prétendent, entre autres, qu’ils sont traités de « maudits Français » et que ce terme « commence à devenir un terme raciste ». Ils se plaignent aussi de ce que leurs diplômes ne soient pas reconnus.
Dans les Laurentides, au nord de Montréal, où je vis, un très grand nombre de Français, seuls ou en couples, s’y sont établis et bossent tous les jours pour gagner leur vie. Plusieurs sont en affaires à leur compte. D’autres travaillent pour des entreprises grandes ou petites. Je prends plaisir à les approcher pour leur parler de leur nouvelle vie au Québec. Je n’en ai jamais rencontrés qui m’aient dit qu’ils étaient malheureux de leur décision de venir s’installer dans notre patelin. Au contraire.
Quant au qualificatif « maudits français », il fait partie de la légende et n’est plus en usage de nos jours. Ce sont eux, les nouveaux québécois français, qui aiment dire : « Pas mal pour un « maudit Français », quand on les félicite du succès qu’ils connaissent chez nous. Cette expression est d’un autre âge.
Je l’ai entendu plusieurs fois, durant ma jeunesse, mais elle était dite défensivement en réaction au sentiment d’infériorité que nous ressentions face aux Français qui parlaient une langue française châtiée et possédaient une culture qui semblait de beaucoup supérieure à la nôtre. Mais depuis, beaucoup d’eau a coulé dans le Saint-Laurent, les choses ont changé.
Je me rappelle, il y a deux ans, en France, avoir vu Roch Voisine, invité à une émission de télévision de TF 1. L’animateur lui demanda quelle était son opinion sur les « maudits Français ». Cette question surprenante et hors propos embarrassa Roch Voisine qui s’en tira élégamment. C’est un peu comme « ma cabane au Canada ». Je suis toujours étonné de réaliser que plusieurs Français s’imaginent encore que plusieurs d’entre-nous vivons dans des cabanes. Ces impressions et expressions du passé demeurent dans l’imaginaire de plusieurs personnes.
Un Français qui immigre au Québec doit s’attendre inévitablement à un choc culturel car même si les Québécois parlent le français, leur culture est fortement nord-américaine. Si cet individu, au moment de sa décision, se base seulement sur tout ce que dit un représentant de la délégation du Québec à Paris sur la vie au Québec, il montre un peu de naïveté. Il doit savoir que tous les représentants de tous les pays dans toutes les ambassades du monde aiment vanter leur pays et exagèrent souvent. Si cette personne ne vient pas au Québec y prospecter préalablement (seulement 7 heures de vol) afin de pouvoir mieux apprécier sa vie future, elle ne met pas les chances de son côté.
S’il veut quitter la France, c’est qu’il y a quelque chose qui lui déplait chez lui car ce n’est pas un pays pauvre et sans opportunité, mais un des pays-phares du monde civilisé.
Il est vrai que la richesse et l’étendue du Québec et du Canada sont attirantes. C’est une terre d’opportunités mais pas le Klondike. Celui qui travaille, qui a le sens de l’organisation, de l’entreprise, le goût du risque et un peu de chance peut y bâtir une niche personnelle très confortable. Sinon, il risque d’être désappointé car rien n’est assuré. Les Québécois le savent bien et travaillent fort. Il n’y a pas de 35 heures ici.
Je reconnais que les organisations professionnelles tardent indûment, dans plusieurs cas, à reconnaître les diplômes des nouveaux venus. Le PM québécois Jean Charest dit vouloir trouver une solution à ce problème. J’ai été témoin de situations, dans ma carrière d’ingénieur-conseil, où des détenteurs de diplôme d’ingénieur français, s’offusquaient de ne pas être reconnus par l’Ordre des Ingénieurs du Québec, pour pouvoir pratiquer leur profession dans leur nouveau pays.
Il faut savoir que le titre d’ingénieur en France n’est pas toujours l’égal de celui du Québec. Plusieurs Français le portent alors qu’ils sont en réalité des techniciens. Le cours de génie au Québec ressemble davantage au cours de l’École Polytechnique de Paris. Les diplômés de cette grande école n’ont pas de difficultés à se faire reconnaître. Par contre, dans ma carrière, j’ai engagé un ingénieur roumain de haute qualité professionnelle dont le diplôme n’était pas reconnu par l’O.I.Q. et j’ai dû retenir ses services comme technicien seulement.
Nonobstant cela, pour beaucoup de professions, comme la médecine, le gouvernement québécois doit trouver une solution pour permettre aux immigrés, avec une éducation similaire à celle donnée dans nos universités et nos grandes écoles, de pratiquer leur profession au Québec et de devenir membres des Ordres professionnels.
Dire que 70% des immigrés Français retournent au bercail est une exagération mensongère qui crée une très mauvaise impression de la réalité. Il me semble plutôt que c’est près de 20% comme l’indique les statistiques des ministères du gouvernement québécois. Je considère que c’est un chiffre normal pour les immigrés d’un pays occidental riche.
Plus de 4,000 Français immigrent au Québec par année. C’est bien mais pas assez. Notre société a besoin davantage de ces individus du pays de nos ancêtres, ne serait-ce que pour nous aider à maintenir et développer la culture française chez nous et au Canada.
Je n’apprécie pas ce type d’article de presse, genre pisse-vinaigre, qui généralise à partir de cas d’exceptions et qui reflète une image qui, tout en étant sensationnelle, est en réalité grossièrement négative et fausse. Il me semble qu’un journaliste professionnel et responsable se doit d’écrire avec plus de circonspection sur des sujets aussi délicats et importants pour notre société.
Claude Dupras
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Site "Le temps de Claude" : www.claude.dupras.com
Le blog de Claude Dupras : http://blogs.aol.fr/jclaudedupras/claudedupras/
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