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La main invisible
 

Mercredi le 02 avril, 2008


Lors de l’élection de Louis Robichaud au poste de premier ministre de la province canadienne du Nouveau Brunswick, en 1960, l’Ordre de Jacques-Cartier, société secrète canadienne-française, mit toutes ses énergies en action pour qu’il devienne le premier Acadien élu à ce poste. Le titre de son programme politique en disait long sur les besoins des Acadiens : « Chance égale pour tous ».

En dix ans de pouvoir, Robichaud changea sa province du tout au tout et cela à cause, particulièrement, des influences de l’Ordre sur lui et de celles de son cabinet de ministres dont la majorité était composée d’anciens membres de l’Ordre. Le Nouveau-Brunswick (NB) devint la seule province officiellement bilingue au Canada.

Constitué en 1926 par quatorze fonctionnaires fédéraux, franco-ontariens et catholiques réunis avec le curé F.X. Barrette, de la paroisse Saint-Charles d’Ottawa, l’Ordre de Jacques-Cartier voulait contrecarrer l’influence agissante des loges maçonniques et l’Ordre des Orangistes qui moussaient les candidatures de Canadiens anglais au pays. Elle était secrète. J’en fus membre durant 4 ans.

Dans la capitale, à ce temps-là, il était très difficile pour un francophone d’accéder à la fonction publique fédérale. La société secrète se voua à la défense des intérêts francophones et à leur promotion d’abord dans la fonction publique et l’entreprise privée. Le NB fut un de ses grands succès.

Les nombreuses dissensions entre les sections québécoises de l’Ordre (à cause des séparatistes) et la Chancellerie d’Ottawa, mèneront à la dissolution de l’Ordre de Jacques-Cartier en 1965. Son ampleur et la nature de sa contribution à l’histoire des Canadiens français demeurèrent largement secrètes et méconnues jusqu’en janvier 2000, aumoment où ses documents furent rendus publics.

J’écris ce texte,aujourd’hui, suite à la décision du gouvernement libéral actuel du NB, dirigé par le PM Shawn Graham, qui vient de décréter la fin des cours d’immersion en langue française offerts depuis des années aux jeunes anglophones de la province dès la première année scolaire. Cette province est officiellement bilingue et voilà que le PM veut abolir la possibilité à ces jeunes d’apprendre le français dès le bas âge, au moment où c’est le plus facile.

Les parents s’offusquent, les éducateurs et les professeurs universitaires aussi. La décision réveille de vieilles émotions et plusieurs craignent que la paix linguistique qui existe depuis 12 ans au NB se transforme en un nouveau conflit entre les anglophones et les francophones. Et cette situation peut se propager ailleurs, particulièrement en Saskatchewan et en Alberta, où les cours d’immersion sont très populaires chez les parents de langue anglaise. Ces derniers comprennent bien l’importance du bilinguisme dans un monde globalisé.

Cette décision incompréhensible, s’ajoute à d’autres de même nature en rapport avec la langue française dont nous avons été témoins depuis un certain temps.

Au Québec, l’Association des commissions scolaires anglophones conteste la constitutionalité de la nouvelle loi 104, votée par le parlement québécois, pour corriger une faille de la loi 101 (sur la langue française au Québec) par laquelle certains parents contournaient le système public français d’éducation pour faire suivre par leurs jeunes des études en anglais.

Récemment, des écoles de Montréal offrent aux parents de nouveaux immigrés de bien les instruire sur les trucs à prendre pouréviter que leurs enfants soient enregistrés dans le réseau scolaire francophone du Québec, comme l’exige la loi. C’est une autre démonstration que des actions sont prises pour faire diminuer le nombre de parlants français et de bilingues au Québec et au Canada.

À Ottawa, le PM Harper, malgré sa motion-frime qu’il a fait voter par le parlement reconnaissant que les Québécois forment une nation :

. a proposé au parlement de changer le mode de représentation à la Chambre de Communes ce qui diminuera celle du Québec.

. a diminué les budgets qui permettent aux Canadiens d’atteindre les objectifs de la loi sur les Langues officielles (l’anglais et le français) du pays.

. a nommé des individus unilingues pour des postes qui nécessitent des personnes bilingues.

. a nommé le député Peter Van Loan, unilingue anglais, leader actuel du gouvernement à la Chambre des communes.

. a nommé la député québécoise Josée Verner au poste de ministre de la Francophonie et des Langues officielles. Le président de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada, Jean-Guy Rioux, regrette «…qu’elle assume ses responsabilités depuis février 2006, et ne cesse de démontrer son incapacité à bien comprendre les enjeux ». Elle s’avère un ministre très faible qui ne cesse de démontrer son manque de colonne vertébrale.

De plus, la Vérificatrice générale du Canada reproche au PM Harper et à gouvernement conservateur :

. de ne pas respecter comme il se doit les modalités de la loi des Langues officielles dans les institutions fédérales.

. d’avoir aboli le programme de contestation judiciaire qui permet aux groupes minoritaires de se plaindre si cette loi n’est pas respectée.

. de diminuer l’offre de service bilingue par le personnel dans la fonction publique.

. de museler le comité parlementaire sur les Langues officielles qui a toujours joué un rôle essentiel pour la protection du français au Canada.

Tout ce branle-bas croissant contre la langue française et sa place au Canada m’inquiète d’autant plus que le pourcentage de francophones au pays ne cesse de diminuer. Il semble y avoir une main invisible qui mousse dans tous les coins du pays des actions pour réduire les gains et les reconnaissances passés qui ont aidé à la promotion et à la protection du français. Serait-ce une autre société secrète, comme le fut l’Ordre de Jacques-Cartier, qui est à l’œuvre ? Je n’en sais rien et je ne suis pas du genre à souffrir de paranoïa sur ces questions, mais, devant ce qui se passe, je soupçonne quelque chose d’anormal et cela m’inquiète pour l’avenir de mon pays.

Claude Dupras


Site "Le temps de Claude" : www.claude.dupras.com

Le blog de Claude Dupras :
http://blogs.aol.fr/jclaudedupras/claudedupras/

 
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