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Jean-Gilles JUTRAS
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de L'A L S A C E


Mardi le 11 octobre, 2005

Il y a une quinzaine de jours, j’ai participé à une soirée sur l’Alsace ce qui m’a donné l’idée de vous faire part d’informations sur cette très intéressante région viticole de France. Comme je m’apprêtais à écrire, je me suis rappelé que j’avais déjà fait un papier sur l’Alsace et ses vins. En vérifiant dans les archives de Planète Québec, j’ai retrouvé un des premiers textes que j’avais donnés, il y a six ans, soit au presque début de ma chronique sur le vin dans PLANÈTE QUÉBEC. C’était en effet le 27 octobre 1999, donc il y a six ans, ayant écrit mon premier article le 6 octobre de la même année.

Je suis certain que vous n’allez pas régulièrement dans les archives de Planète Québec, je me permettrai donc de vous rappeler quelques passages du papier du 27 octobre 1999. « Mal connue, voire méconnue, l’Alsace est pourtant une région fascinante, située un peu au nord du Jura et de la Savoie, à l’extrême est de la France et abritée par les Vosges. » L’Alsace jouxte l’Allemagne et on sait comment cette proximité a influencé l’Alsace tout au long de son histoire, puisque au cours des décennies, cette région fut annexée, tour à tour, à l’Allemagne et à la France.

Je vous invite à retrouver le texte de l’article du 27 octobre. Pour l’instant je vous donne ce que j’ai appris lors du souper-conférence auquel j’ai participé, au restaurant « L’Utopie, 225 ½ rue Saint-Joseph, à Québec, que je vous recommande fortement si vous êtes de la région ou si vous y passez un de ces jours). – Au fait pour retrouver les archives, il faut aller sur « toutes nos chroniques » où apparaissent par ordre alphabétique la liste des collaborateurs à Planète Québec. LE texte sur l’Alsace est sous « Jean-Gilles Jutras--- ‘à la découverte’ et vous cherchez la date du 27 octobre 1999.

Le conférencier invité au souper-conférence d’il y a quinze jours, était M. Thierry FRITSCH, responsable du service de formation au CIVA, soit le Conseil interprofessionnel des Vins d’Alsace. Si je vous donne ici des renseignements complémentaires, c’est qu’il y a eu, en Alsace, au cours de ces six ans, quelques changements comme cela se produit régulièrement dans les milieux évolutifs.

Pour bien comprendre ce qui c’est passé en Alsace, il faut savoir qu’on y cultive la vigne depuis le Moyen-Âge et que c’est au 16e s que la viticulture y a atteint son apogée. Pourtant, la « période de prospérité est interrompue par la guerre de Trente ans qui laisse la région livrée au pillage, aux fléaux et au déclin de la démographie… » Ce ne serait qu’après la 1ère Grande Guerre que les viticulteurs se seraient ragaillardis en recherchant la qualité et, pour ce faire, ils ont choisi de ne cultiver que des cépages typiques et presque exclusifs.

Puis, en 1945, cette orientation est appuyée par la définition des aires de production et la fixation de règles de production et de vinification. Le couronnement de ce cheminement est la reconnaissance des AOC - appellations d’origine contrôlée - réalisée dans la deuxième moitié du 20e siècle.

Pour mémoire, ces appellations sont : AOC – Alsace, AOC – Alsace Grand Cru, AOC – Crémant d’Alsace, Vendanges tardives et Sélections de grains nobles. On verra plus loin ce que signifient ces inscriptions. Pour l’heure il faut préciser que les vins d’Alsace doivent leurs noms, la plupart du temps, à un cépage, bien plus, ils doivent obligatoirement être embouteillés dans la région de production et dans des bouteilles spéciales, « la flûte d’Alsace », la bouteille élancée, reconnaissable entre toutes. Sachez, enfin, qu’un léger dépôt de tartre (poudre blanche) au fond de la bouteille est souvent signe de grande finesse, c’est un phénomène absolument naturel.

Les appellations

AOC – Alsace : l’étiquette mentionne en général le nom du cépage, elle peut aussi doner le nom d’une marque ou afficher les mentions « edelzwicker » (prononcer edelzzzviker) ou encore « gentil » dans les deux cas, il s’agit de vins d’assemblages de plusieurs variétés de raisins.
AOC – Alsace Grand Cru : cette appellation est attribuée à des vins répondant à de nombreux critères : délimitation des terroirs, rendement limité, conduite de la vigne, etc.
AOC – Crémant d’Alsace : s’applique aux vins effervescents d’Alsace qui doivent se soumettre à des règles précises.
Vendanges tardives : Les vins qui portent cette indication proviennent des mêmes cépages que ceux des Grands Crus récoltés en surmaturité souvent beaucoup plus tard après les vendanges régulières.
Sélections de Grains nobles : pour ce faire, les vendangeurs cueillent les raisins un à un lorsqu’ils sont atteints de la pourriture noble (botrytis cinerea).

Les cépages d’Alsace

L’Alsace produit de beaux cépages qu’on retrouve rarement ailleurs, pour certains, et même lorsque ces raisins sont produits ailleurs, ils ne donnent pas ce qu’on leur retrouve en Alsace. Voici ces cépages, par odre alphabétique :
Gewurztraminer : corsé et charpenté, puissant et séducteur, très aromatique (fleurs, fruits épices – d’ailleurs gewurz veut dire épice). Soyez patient avec ce vin qui peut rebuter au début… On prend vite intérêt à le déguster et à le boire si on sait l’accompagner de ce qui lui convient le mieux (cuisine exotique, certains desserts et le munster, fromage des Vosges).

Muscat d’Alsace : sec et bien présent par son fruité exclusif. On le sert à l’apéritif, ou sur des asperges.
Pinot blanc : tendre et délicat, frais et souple, s’associe aux fruits de mer au naturel.
Pinot noir : seul cépage à produire des vins rouges en Alsace. Règle générale, on fait surtout du vin rosé avec le pinot noir en Alsace. C’est aussi le cépage des rares crémants d’Alsace rosés.
Riesling : sans doute le plus connu des cépages d’Alsace trop souvent, malheureusement, mal présenté… C’est pourtant un très plaisant cépage, fin, vif, sec et délicatement fruité. Incomparable avec les poissons, crustacés et autres fruits de mer. On le dit incontournable avec la choucroute.
Sylvaner : frais et léger, au fruité discret. On peut le servir dès l’apéritif et tout au long d’un repas de fruits de mer.
Tokay pinot gris : d’ici peu, semble-t-il, on ne pourra plus dire ‘tokay d’Alsace’, le mot ‘tokay’ étant limité à la Hongrie, même s’il ne s’agit pas du même vin, ni du même cépage. Quant au « pinot gris », en Alsace, c’est une vin tout à fait exceptionnel, opulent, savoureux et charmeur, charpenté, rond et long en bouche. Excellent avec le foie gras et même une viande de gibier.

Le service

Les vins d’Alsace sont excellents, servis entre 8° et 10° c. dans des verres hauts sur tige, dont la coupe est moyennement gonflée. Le pied du verre peut être vert, même si bien des Alsaciens s’y opposent, sous prétexte que le vin offre en lui-même des reflets verts. Mais le type de verre est tellement agréable à voir, sur une nappe blanche.

Le crémant d’Alsace, par contre, accepte une température plus basse, autour de 6° c. comme la plupart des vins effervescents. Une nte du feuillet d’informations, publié par le CIVA : « L’arôme des vins d’Alsace s’exprimera d’autant mieux que les verres ne seront pas totalement remplis ». Cette note vaut pour tous les types de vins. J’estime qu’un verre rempli au deux tiers, au maximum, sera plus agréable à consommer que s’il est débordant.

Jeudi, je vous proposerai quelques vins d’Alsace. Entre temps, je vous invite à visiter le site du CIVA :
www.vinsalsace.com --- ou encore l’article paru sur Planète Québec, le 27 octobre 1999.

Bonne semaine!

Jean-Gilles Jutras
Ambassadeur du vin au Québec


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