Mardi le 13 mars, 2007 |
Voici le chapitre 45 de mon Histoire du vin, chapitre dédié aux vins « américains » c’est-à-dire aux vins produits au États-Unis, nos voisins du Sud. Dans son livre « Complete Wine Course » paru à New York, en 1985, Kevin Zraly écrit qu’au début des États-Unis, jusqu’au 20e siècle, le vin n’avait jamais été la boisson préférée des Américains. « En fait, écrivait-il 30% des Américains ne boivent aucune boisson alcoolique et encore 30% ne boivent pas de vin ». En résumé, écrit-il, seulement 5% des Américains boivent 75% de tous les vins consommés aux États-Unis.
En marge de ses propos, l’auteur fournit des chiffres intéressants. En 1985, en Italie, on buvait 24 gallons (+ ou – 100 litres) par année/personne. En France, c’était 23 gallons - 21 au Portugal - 19, en Argentine -15 en Espagne - 13 au Luxembourg et en Suisse. (1 gallon représente approximativement 5 litres). C’est dire qu’en Italie, on buvait en 1985 près de 115 litres de vin par habitant, annuellement. Cela a changé depuis, la consommation, en Europe a diminué de près de 50%.
En 1960, écrit Kevin Sraly, l’Américain consomme moins de 5 litres de vin par année mais il boit 38 fois plus de lait, soit autour de 190 litres… et presque autant de boissons gazeuses.
Les débuts
L’auteur rapporte que les premiers colons, arrivés en Amérique (au sud de la Nouvelle France avec laquelle, au début, il n’y avait aucun contact) se sont établis en Nouvelle Angleterre, donc sur la Côte Est; où ils découvrirent qu’il s’y trouvaient de nombreuses vignes qu’ils se hâtèrent d’émonder et de tailler. Trois ans plus tard, ils ont vendangé et vinifié leurs raisins; ils en furent cependant fort déçus, ces vins n’avaient aucune des qualités de ceux qu’ils buvaient autrefois dans leurs pays d’origine, en Europe. Les vins qu’ils étaient habitués à consommer autrefois provenaient de vignes « vitis vinifera » alors que dans leur nouvelle patrie, les ceps autochtones étaient du type « vitis labrusca ».
Sraly écrit d’ailleurs que les vignes de l’époque pouvaient être partagées en trois catégories :
- les vignes naturelles d’Amérique étaient de la famille « labrusca »
- les vignes importées d’Europe font partie de la famille « vinifera »
- mais les viticulteurs ont aussi cloné des ceps hybrides déjà utilisés au Canada, notamment au Québec, d’où la désignation « french-américan hybride », entre autres, le seyval blanc, le baco noir, etc.
Jacques Orhon,
De son côté notre illustre sommelier et prolifique auteur de livres sur le vin, Jacques Orhon, écrit, dans « Mieux connaître les Vins du monde », paru en 2000, aux aux éditions de L’Homme, « Lorsque l’on s’intéresse à l’Amérique viticole, on pense aussitôt à la Californie. Ce réflexe est bien normal puisque l’on sait que le Golden State possède près de 90% de la surface plantée en vigne de ce vaste pays. »
Jacques Orhon continue en précisant que la vigne pousse dans la plupart des états américains, mais seulement 27 d’entre eux produisent du vin « mais de
qualité inégale » précise l’auteur. Trois états, outre la Californie, se distinguent toujours selon Jacques Orhon, l’Orégon, New-York et Washinton. Il faut donc réaliser qu’il n’y a pas que la Californie qui produise du vin aux États-Unis.
Chez nous, on sait…
Au Québec, il y a longtemps qu’on connaît les vins américains. Mais trop longtemps, peut-être à cause de notre monnaie, on a eu droit à des vins de qualité plutôt moyenne. Certaines maisons, d’ailleurs, ont de la difficulté à redorer leur blason, à cause de cela.
S’il y a de la vigne depuis assez longtemps, aux États-Unis, des circonstances historiques font que la production plus organisée du vin ne compte que quelques décennies. Qu’on se souvienne seulement de la prohibition et on comprendra qu’on doive, prendre les bouchées doubles, de nos jours, pour concurrencer les pays qui n’ont jamais été brimés.
On constate, aujourd’hui, que les vins des américains occupent une place importante dans le monde viti/vinicole. Avec quelque chose comme 25millions d’hectolitres de vin par année, les É.-U. occupent le sixième rang dans la production mondiale. Il n’est donc pas surprenant que certains restaurants de chez nous offrent plus de vins américains, entendre californiens, que d’autres provenances, sur leur carte. Mais il faut admettre que le choix des vins de Californie est maintenant impressionnant : certainement une bonne centaine de blancs et plus de 150 rouges. À ma connaissance, il y a peu de produits des autres états, sauf, au moins un pinot noir de l’Orégon, celui de la maison Drouhin de Beaune, établie en Orégon.
« Cépages – climat – terroir »
On le sait, la plupart des vins américains sont désignés par le cépage principal. C’est ainsi qu’on trouve pour les vins blancs : chardonnay, chenin blanc, pinot grigio, sauvignon blanc (appelé fumé blanc), viognier, etc.; pour les rouges, ce sont : cabernet franc, cabernet-sauvignon (le plus grand nombre), merlot, petite syrah, pinot noir, sangiovese, shiraz, syrah et zinfandel, ce dernier est sans doute le seul cépage typiquement californien, encore que la petite syrah et le shiraz ne nous soient pas tellement familiers. À propos du zinfandel certains prétendent encore qu’il proviendrait du « primitivo », cépage italien répandu notamment dans les Pouilles.
Chez nos voisins, on commence seulement à tenir compte du «terroir» ou, comme on l’écrit à l’adéquation « cépage – terroir – climat ». Très longtemps, seul le «cépage» semblait être le plus important pour les producteurs; aussi sent-on l’influence que les Américains ont eue souvent, pour faire dévier les dégustations vers l’unique facteur du cépage. Tant et si bien que même en France, on a maintenant des vins de cépage alors qu’autrefois, on avait des vins de pays et des vins de table…
Dans l’état de New York, la région des Finger Lakes donne souvent de bons vins. Dans le Texas et l’état de Washington on a aussi du succès avec les cépages européens. En Virginie, on tente de suivre l’exemple de deux anciens présidents qui y ont vécu et cultivé la vigne: George Washington et Thomas Jefferson.
En Orégon, le pinot noir a trouvé une terre de prédilection. À la suite de l’établissement, entre autres, de la maison Drouhin de Beaune et Laurent-Perrier de Champagne, le nombre de vinificateurs en Orégon est passé d’une vingtaine, à plus d’une centaine, aujourd’hui. En Orégon, on ne permet pas l’utilisation des noms génériques des vins français; on a réglementé les pourcentages des cépages utilisés, ainsi, il est obligatoire que le cépage mentionné compte pour 90% de la cuvée; si l’étiquette annonce la zone d’origine, 100% des raisins doivent venir de cette zone.
L’état de Washington, voisin de la Californie produit de très bons vins, qu’on pense, en particulier au domaine Château Sainte-Michelle, à Woodyard Canyon et autres. On pourrait ainsi fureter dans tous les États producteurs il faut allers dans principales succursales de la SAQ pour réaliser tout ce les États-Unis peuvent nous offrir…
En écrivant ces lignes, je suis surpris de constater qu’il y a des dizaines, voire des centaines de bouteilles de vins américains disponibles à la SAQ. On a vraiment l’embarras du choix. Jeudi je vous ferai quelques suggestions, mais vous pouvez aussi consulter le personnel qualifié des succursales de la Société.
Là dessus, bonne semaine.
Jean-Gilles Jutras
Ambassadeur du vin au Québec
|
| |
|