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| Châteauneuf-du-Pape |
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Mardi le 14 octobre, 2008 |
Pour son premier chapitre de l’exercice 2008-2009, le vendredi 3 octobre, la Baronnie de Québec de la Commanderie des Costes du Rhône avait convié ses membres et leurs invités à l’Hôtel Musée Premières Nations, à Wendake – (Village Huron), à quelques kilomètres de Québec. La Baronnie de Québec est dirigée depuis ses débuts, il y a 25 ans, par le très dévoué et compétent Ghislain K.-Laflamme secondée de la nom moins irremplaçable Carole Cliche et de trois Commandeurs.
Comme le veut la tradition, à la Commanderie, la soirée comportait un vin d’accueil, puis une intronisation de nouveaux chevaliers des Costes du Rhône, une dégustation commentée de trois vins, le tout suivi d’un repas bien arrosé, comme il se doit. Comme officier de la Commanderie, j’ai eu à commenter l’un des vins, la cuvée « PURE », Châteauneuf-du-pape, 2004, du domaine La Barroche. (jeudi je vous donnerai la liste des vins servis).
J’ai été bien intrigué par le nom du domaine « La Barroche » et, tout autant, par celui de la cuvée « pure ». J’ai fouillé dans tous mes bouquins sur le vin dont le volume qu’a signé Michel Dovaz, dans le Grand Bernard des vins, des éditions Jacques Legrand.
En dernier lieu, j’ai communiqué directement avec le domaine La Barroche qui m’a fourni des réponses bien satisfaisantesqui m’ont permis de rédiger mes notes pour la soirée du 3 octobre. Voici les informations reçues puis données aux participants.
Châteauneuf-du-pape domaine La Barroche
On dirait qu’il s’agit d’un châteauneuf du pape confidentiel – très peu d’informations disponibles. Cependant, selon le Grand Guide des vins 2009, de Bettane & Desseauve : Julien Barrot a repris le domaine familial en 2002. Il s’agit d’un vignoble très ancien, situé dans le nord et le nord-est de l’appellation. La moyenne d’âge des vignes est d’une soixantaine d’années; alors que le tiers des vignes aurait plus de 100 ans. Le domaine produit deux (2) cuvées spéciales : la Fiancée et celle dégustée le 3 octobre, la cuvée PURE, issue exclusivement de grenaches centenaires plantés sur un sol sableux
Dans ses réponses, à mes interrogations, Rickman Haevermans, responsable des communications au Domaine La Barroche, me dit : le nom de La Barroche n’a pas une signification particulière, il est possible que le nom vienne du fait que le domaine a été construit sur le contrebas d’une roche, dans le village de Châteauneuf du Pape; (En France, le mot « roche » se rapporte parfois à un monticule, une petite montage isolée, qu’on pense à la Roche de Solutré, en Mâconnais).
Quant à la CUVÉE PURE, mon correspondant explique la désignation comme suit :
« ce vin est issu d’une seule parcelle, d’un terroir unique 100% sablonneux, il est composé d’un seul cépage, le grenache et est élevé dans un unique foudre. De plus, sa personnalité, empreinte de finesse et d’élégance, résume un vin PUR. (note : le mot foudre, au masculin, désigne un gros tonneau).
Selon le guide Bettane Desseauve au sujet de PURE 2004 : « Le vin exprime des notes suaves d’épices et d’olive noire un bel équilibre et une bonne longueur, en bouche, souple et grasse ». - Sur le site internet du Domaine La Barroche, les propriétaires écrivent que « Le Domaine La Barroche incarne l’équilibre, l’authenticité, la sobriété, ainsi que le caractère passionné de l’appellation.
Nos vins, estiment-ils, sont la richesse de notre terroir, le reflet de notre âme. Puis ils y vont d’une panoplie d’épithètes toutes plus alléchantes les unes que les autres, à propos de leurs vins : charpentés, amples, fruités, conviviaux, charnus, surprenants, épicés, ronds, complexes. Comme on le voit, les termes ne manquent pas quand la bouteille est débouchée.
J’ai dit aux convives de la Commanderie des Costes du Rhône, la semaine dernière : nous avons le choix du qualificatif qui convient le mieux à un si grand vin. Goûtons religieusement le Châteauneuf du pape La Barroche 2002, cuvée PURE.
Tout plein d’histoire
On ne peut parler de Châteauneuf-du-Pape sans rappeler certains faits historiques. Michel Dovaz, dans son livre, écrit que dans la région environnante d’Avignon, on cultivait la vigne depuis le 6e siècle. C’est ainsi que Clovis, en l’an 500 voit des vignes alors qu’il assiège Avignon. Mais ce n’aurait été que plusieurs centaines d’années plus tard que Châteauneuf aurait été défini comme vignoble important. Et, ce n’est que plus tard encore que Châteauneuf s’adjoint le qualificatif « du pape », on verra pourquoi plus loin.
D’ailleurs, ce Châteauneuf, du deuxième millénaire, (vers 1150) ne produit que très peu de raisins. « La grande production locale est la chaux » écrit Dovaz, c’est pourquoi, à l’époque, la commune porte le nom de « Castrumnovum Calcernarium »; Dovaz dit que « ce nom sera le sien… officiellement jusqu’en 1893 ». (calcernarium = référence à la chaux).
Mais auparavant, cependant, les papes sont venus et ont résidé en Avignon dont Clément V, premier pape d’Avignon qui y réside dès 1 305, était originaire de Bordeaux il a grandement favorisé la culture de la vigne autour d’Avignon, notamment à Châteauneuf. Les papes résidèrent en Avignon jusqu’en 1376 et cette présence aura nettement influencé tout le terroir environnant d’autant plus qu’après les papes, toujours selon Michel Dovaz, les évêques et archevêques du diocèse d’Avignon tenaient à leurs prérogatives et leurs dépendances à Châteauneuf-du-Pape.
Le décret du 2 novembre 1966
C’est à cette date que le vin de Châteaumeuf-du-Pape est né, à toutes fins utiles. L’article 1, du décret définit strictement le terroir où on peut accorder l’appellation aux vins qu’on y produit. « Seuls ont droit à l’appellation contrôlée « Châteauneuf-du-Pape » les vins qui, répondant aux conditions ci-après énumérées, ont été produits sur les parcelles des communes de Châterauneuf-du-Pape, Bédarides, Courthezon, Orange et Sorgues, situées sur le sol miocène, à l’exclusion notamment de celles reposant sur les alluvions modernes du Rhône. »
Galets roulés et ceps noueux
Qui n’a pas vu au moins une photo de ce terroir unique « le plus spectaculaire du monde » composé de cette mer de galets roulés d’où jaillissent des ceps noueux »? Il faut savoir, cependant que ce type de sol n’est pas le seul à engendré du châteauneuf-du-pape, ce vin est le produit de terroirs diversifiés d’au moins trois types :
- les galets roulés, bien sûr;
- les terres graveleuses;
- les sols sablonneux. – On a vu, plus haut que le domaine La Barroche est justement assis
sur ce type de terres.
Michel Dovaz met en garde ses lecteurs, on ne saurait confondre, écrit-il, l’aspect du vignoble castelpapal avec celui des vignobles du Bordelais, de Bourgogne ou autres. Ainsi, à Châteauneuf-du-pape on ne plante que 3000 à 3500 ceps à l’hectare, comparé à 8000 et 10000 en maints endroits; les pieds « ne sont pas domestiqués par palissades, échalas ou fils de fer… les rameaux se supportent eux-mêmes, aidés en cela par la taille en gobelet ou en éventail. Les vendanges sont manuelles, écrit toujours Dovaz, mais le tri des raisins est « élevé au rang d’un dogme » comme quoi, tout ne passe pas dans les cuves,,,
Le rendement à l’hectare est aussi très strictement limité à 35 hl c’est l’un des plus sévères, en France. Au moment du tri, les raisins éliminés peuvent être vinifiés, mais n’auront jamais droit à l’appellation, le résultat de la vinification s’appelle « râpé ». Ici encore, Michel Dovaz fait une mise en garde, à propos du râpé, « à ne pas confondre avec le râpé d’autres régions, alias piquette ».
Un cas unique (?)
Dans l’appellation « Châteauneuf-du-Pape », on a droit à 13 cépages… C’est je crois, un cas unique. Il y a des assemblages de 3, 4 ou 5 cépages, mais 13??? Bien plus, on n’est pas tenu de tous les utiliser. Certains producteurs vinifient plusieurs cépages d’autres, un seul. Ainsi la cuvée PURE du domaine La Barroche, citée plus haut provient du seul grenache.
Je me permets de citer encore Michel Dovaz : « On a souvent réfléchi sur l’opportunité, la nécessité ou l’inutilité de tous ces cépages. Les avis sont partagés. » Dans son volume, l’auteur indique l’encépagement de presque tous les domaines de Châteauneuf-du-Pape. « On constate aisément, écrit-il, que toutes les compositions sont exploitées, du monocépage 100% grenache, à l’exploitation des treize variétés dans des proportions très variables, étant entendu que le grenache est toujours présent… ».
On pourrait encore écrire des pages et des pages sur Châteauneuf-du-pape, tout cela n’est peut-être pas nécessaire pourvu qu’on en boive et qu’on apprécie.
Salut! À jeudi
Jean-Gilles Jutras
Ambassadeur du vin au Québec
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