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Jean-Gilles JUTRAS À la découverte
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Mardi le 14 janvier, 2003
Il y a un bon moment que je n’ai pas poursuivi «MON HISTOIRE» du vin. Nous en sommes au chapitre 16. Le dernier texte sur le sujet remonte au 22 octobre où on a abordé le Libournais, dans le cadre du chapitre sur les vins de Bordeaux.
Aujourd’hui, on se rend beaucoup plus en l’est de la France, plus précisément, en plein centre de l’Hexagone, juste au dessous de la Bourgogne avec un superbe vignoble qui sent déjà la Provence, le soleil, la Méditerranée, les herbes et la garrigue,
LES CÔTES DU RHÔNE
De Marseille à Lyon, sur les coteaux propices à la viticulture, les Phocéens ont planté la vigne, principalement les cépages syrah et viognier. Des historiens prétendent que cette région serait la plus ancienne terre de vignes de France, plantée plusieurs siècles avant Jésus Christ. Les Romains, après les Grecs, donnèrent un essor considérable à la région des Côtes-du-Rhône et ils ne manquèrent pas d’en agrandir et améliorer les vignobles et les terroirs.
En regardant une carte de la France, on constate que les Côtes du Rhône sont la suite logique, la continuation géographique de la Bourgogne du sud, notamment le Mâconnais et le Beaujolais. Aussitôt passé Vienne et jusqu’aux approches de Tarascon, les vignobles escortent le Rhône sur deux cents kilomètres, tantôt sur la rive gauche, tantôt sur la droite, jusque dans le Midi. Le vignoble global compte environ 30 000 hectares, produisant, en année normale, plus d’un million d’hectolitres de vins blancs, rouges, rosés, mousseux, tranquilles, secs ou liquoreux.
Dans les Côtes-du-Rhône on utilise une vingtaine de cépages. Les plus usuels sont : grenache, syrah, cinsault, carignan, mourvèdre pour les vins rouges ou rosés, puis, pour les vins blancs : marsanne, roussanne, clairette et muscat. Pour certains crus, tel l’hermitage un seul cépage, la syrah, est de rigueur. Par contre, il peut entrer jusqu’à treize cépages pour un châteauneuf-du-pape. Seize terroirs produisent les principaux crus des Côtes-du-Rhône. Chacun arbore le nom de la commune, à titre d’appellation spécifique. Ces appellations sont d’ailleurs réparties en trois groupes.
premier groupe
Le territoire de cette série commence à environ 35 km de Lyon, sur la rive droite du fleuve et s’étale sur des pentes escarpées. Le plus ancien et le plus réputé des vignobles des côtes-du-rhône est celui de la côte rôtie divisée en deux parts qui sont presque jumelles, la côte blonde et la côte brune, sur les communes d’Ampuis, Tupin-Semons et Saint-Cyr-sur-Rhône. La syrah, associée à une infime fraction de viognier, donne des vins rouges d’une grande finesse dont la production est limitée. En descendant, on trouve l’appellation condrieu donnant des vins blancs renommés, issus du viognier. Le château Grillet en est le prototype dont on ne produit que 8 000 à 12 000 bouteilles par année.
deuxième groupe
Sur la rive droite du Rhône, une trinité de beaux vins s’offrent au plaisir des amateurs : saint-jospeh qui concerne des vins blancs issus de la marsanne et de la roussanne, de même que des vins rouges produits par la syrah. On fait dix fois plus de rouges que de blancs.
La syrah sert encore à l’élaboration des cornas dont la réputation n’est plus à faire. Tout près, la roussane et la marsanne s’unissent encore pour engendrer le saint-péray dont on fait plus de mousseux que de vins tranquilles, mais nous n’avons pas de mousseux au Québec.
Les crozes-hermitages sont les porte-drapeaux de onze communes avec deux millions de bouteilles en moyenne, annuellement. La syrah donne des rouges et le duo roussane-marsanne fournit les blancs. Ce sont des vins friands, un peu plus légers que le grand frère hermitage, ils n’en sont pas moins bien agréables.
Le vignoble en terrasses de l’hermitage domine la ville de Tain. Le cru racé produit des vins blancs et rouges issus des cépages traditionnels de la région. L’hermitage rouge est particulièrement apprécié pour sa robe pourpre, son bouquet généreux et soutenu, sa virilité et son caractère racé, c’est un vin de longue garde. Le blanc est très personnel par ses saveurs et sa couleur dorée.
troisième groupe
On quitte la partie septentrionale des Côtes-du-Rhône, pour pénétrer dans la zone méridionale. Ici, il n’y a plus de vins mono-cépages, tous sont le fait d’assemblages de plusieurs variétés de raisins.
Lirac, assis sur des coteaux caillouteux, présente des vins rouges et rosés secs, fruités et de bonne structure. Tavel est un lieu privilégié exclusivement dédié aux rosés qui y sont de haute qualité et d’une fraîcheur fruitée des plus agréables. Rasteau et Beaume-de-Venise engendrent des vins doux naturels de haute tenue qui servent aussi bien d’apéritif que d’accompagnement au dessert ou avec des fromages. Gigondas fournit des vins rouges puissants, pleins de vigueur.
Enfin, Châteauneuf-du-Pape, le vignoble sans doute le plus connu dans le monde, engendre des vins tout aussi populaires, principalement quand les vignrons qui les produisent arborent des noms prestigieux. L’appellation couvre
3 000 hectares et s’étale sur plusieurs communes. Comme dit précédemment, la législation autorise l’utilisation de 13 cépages dans l’élaboration du châteauneuf-du-pape rouge. Certaines maisons, cependant, limitent le nombre de variétés. Le châteauneuf-du-pape de Chapoutier est issu du seul grenache.
Hors des grands noms
L’appellation coteaux du Tricastin s’étale sur une vingtaine de communes et se rapporte à des vins finement bouquetés et charmeurs. Par ailleurs, 163 communes produisent deux cents millions de bouteilles sous l’appellation côtes-du-rhône-villages. Des vignerons autonomes mais surtout des coopératives produisent cette «mer» de bons vins du Rhône. Le Cellier des Dauphins à lui seul regroupe une quinzaine de coopératives et est responsable d’une très grande quantité d’excellents produits des trois couleurs. Qui ne connaît pas les vins signés par le Cellier des Dauphins qui se déclinent en blanc, en rouge et en rosé, offerts au Québec en plusieurs formats et en diverses cuvées.
Un mot sur un vin bien agréable trop souvent négligé. La clairette de Die, produite dans la région de l’Oise. Elle résulte d’un heureux mariage de muscat qui lui donne son parfum et de clairette qui lui confère sa finesse. Le vin mousseux est produit selon la méthode traditionnelle. Il existe une clairette de Die tradition qui provient d’une prise de mousse naturelle en bouteille, sans ajout de liqueur de tirage. Enfin, depuis 1993, on élabore du crémant de Die fait à 100% du cépage clairette. Il semblerait que le crémant remplacerait, petit à petit la clairette d’origine, c’est peut-être regrettable…
Là dessus, là la bonne vôtre! Soyez prudente et prudent, je souhaite vous revoir!
Jean-Gilles Jutras
Ambassadeur du vin au Québec
jgjutras@videotron.ca
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