Mardi le 14 août, 2007 |
Quand j’ai commencé la série des chroniques sur les « mots du vin » j’avais volontairement mis de côté – quitte à y revenir plus tard – les variétés de cépages dont le nombre est plus important qu’on pourrait le croire. Pourtant, j’ai révisé mes positions à cause d’une agréable soirée autour de la table, comme vous pouvez l’imaginer.
Il y a quelques jours, en effet, mon épouse et moi avions été invités à souper chez de bons amis. Je ne peux m’empêcher de dévoiler le nom de nos hôtes, il s’agit de Me Ghislain K.-Laflamme et de son épouse Nicole. Dans le monde du vin, au Québec et même dans l’univers, il n’est presque pas nécessaire de présenter Me Laflamme. Il a été près de 20 ans président de la Régie des permis d’alcool (pas la SAQ), devenue par la suite la Régie des alcools, des courses et des jeux. Par après, il a occupé plusieurs postes importants au sein de la Société des alcools (SAQ). Enfin, présentement, il est président de Sélections mondiales des vins – Canada et,à cause de cela, il participe à un grand nombre de concours de vin, dans le monde. Il est également président du comité organisateur du Rassemblement des confréries bachiques qui aura lieu à Québec, en juin 2008, à l’occasion des fêtes soulignant le 400e anniversaire de fondation de la vile de Québec
On peut donc imaginer que le repas que nous avons dégusté était généreusement arrosé. Après le champagne apéritif, nous sommes passés à table et, dès le premier service, l’avocat farci au crabe, notre hôte a versé dans nos verres un vin totalement inconnu : Humagne blanche, AOC Valais 2005; en contre-étiquette on peut lire, sous l’effigie d’une ballerine « La danse des étoiles, Giroud vins ». Le domaine Giroud est basé à Sion en Suisse.
Vive la SUISSE!
La Suisse est l’un des plus petits pays européens producteurs de vin avec une superficie en vignes avoisinant les 15 000 ha. Les vignerons suisses ne se privent pourtant pas de cultiver des variétés de cépages qu’on ne trouve habituellement nulle part ailleurs. Ainsi en est-il de la « petite arvine » que m’avait fait découvrir, il y a quelques années, l’ex-consul honoraire de Suisse à Québec, Messire Jean-Pierre Beltrami. L’humagne blanche goûtée chez nos amis, le dimanche 5 août, m’était également inconnue.
Les livres de références, sur l’ampélographie du monde, affirment que ces variétés de raisin sont presque exclusives aux vignerons helvètes, depuis toujours. Ce qui nous permet de découvrir d’autres vins que ceux du chardonnay, du merlot, du sauvignon, des différentes variétés de pinot, etc. D’ailleurs, les Suisses cultivent eux-mêmes la plupart de ces raisins.
La vigne suisse
On sait que la fédération suisse est divisée en 23 cantons, qu’elle compte quatre langues officielles, qu’elle ne fait pas partie de la CEE (communauté européenne). Là n’est pas notre propos d’ailleurs. Pour revenir à la vigne et aux vins, il faut préciser qu’il y a de la viticulture dans une vingtaine de cantons sur les 23 qui forment la Confédération.
Les Suisses cultivent la vigne depuis des temps immémoriaux puisque la vigne remonterait au temps des Romains, des indices archéologiques le prouveraient, notamment dans le Valais. Parce que même si un grand nombre de cantons produisent du vin, ce sont principalement les cantons à prédominance française (romane, comme on dit) qui sont en avance en viti/viniculture, les cantons du Valais, de Vaud, de Genève et quelques autres.
L’humagne blanche
Selon le site « wikipedia » l’humagne blanche est un cépage très ancien du canton du Valais. Sa présence dans d’autres vignobles n’a jamais été signalée; pour ce qui est du Valais, une première mention de ce cépage date de 1313. Les scientifiques indiquent que l’humagne blanche se rapprocherait de certains cépages du sud de la France, comme le colombard blanc et autres.
L’humagne blanche ferait partie d’un groupe de cépages « alpins » reconnus dans le Valais et en Vallée d’Aoste, notamment. On précise que l’humagne blanche ne serait pas une variété de l’humagne rouge aussi cultivée en Suisse. La blanche présenterait une importante richesse en sucre semblable à celle du chasselas également très présent en Suisse. L’humagne blanche a, par ailleurs, la réputation ancienne d’être le vin des seigneurs et des évêques. »
Je comprends cette idée après avoir goûté moi-même l’humagne avec une salade de crabe et d’avocat.
Il y a peu de vins suisses, à la SAQ (1 blanc et 2 rouges, selon le catalogue de la SAQ). Au fait, « selon les chiffres de l’Office fédéral de l’agriculture, la production vinicole suisse en 2005 atteignait 1 million d’hectolitres sont 479 999 en blanc et 522 000 hl en rouge. La presque totalité de la production est consommée localement, seul 1 à 2% sont exportés).
NOTE : les lecteurs de mes chroniques pourraient attacher le présent texte au chapitre no 42 de Mon Histoire du vin, publié le 5 décembre 2006, dans la série Découverte de Planète Québec).
Bonne semaine
Jean-Gilles Jutras
Ambassadeur du vin au Québec
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