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Jean-Gilles JUTRAS
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ADIEU VICTOR, maître vigneron


Mardi le 01 juillet, 2003

Dimanche, 29 juin 2003, 18h30. Assis à mon ordinateur, je vais lire mon courrier électronique. Surpris je lis le message suivant :
Objet : survenu jeudi 25 juin.

Il est parti… le Vigneron
Il est parti… l’Ami
Il est parti… Le Pionnier du Cep de la Poudrerie

Celui qui a produit un des meilleurs vins en ce pays, si ce n’est le meilleur!

On le buvait autant au Château Frontenac qu’aux réceptions
du Gouvernement au Parlement.
Cet homme lumineux, ouvert, franc… savait respecter la Tradition.
Sa contribution à l’évolution de la viticulture au Québec a été marquante,
En plus de regrouper les Vignerons et vigneronnes sous la bannière de la Noble
Confrérie des Vignerons du Québec.

On a chanté… quand il est mort le poète…

Mais aujourd’hui… quand il est mort le Vigneron… tous ses amis pleuraient!

Adieu Victor et MERCI!

C’était signé : le Gardien de la Tradition, BELTRAMI,

Beltrami, à Québec, c’est une institution. Il a été pendant de nombreuses années, le consul honoraire de Suisse. Il fut aussi très longtemps Bailli de la Chaîne des Rôtisseurs et membres de quelques autres confréries bachiques et gastronomiques. Jean-Pierre Beltrami a fait connaître les vins du Québec notamment les vins du vignoble Dietrich-Jooss. Pas surprenant qu’il ait été un des premiers à pleurer ce pionnier vigneron de chez nous.

VICTOR DIETRICH

Victor Dietrich et son épouse Chrsitaine Jooss, tous deux originaires d’Alsace, en France, ont fondé, en 1986, le vignoble qui porte leurs noms. Le domaine de 6 hectares, situé au 407, chemin de la Grande-Ligne, à Iberville (Saint-Jean-sur-Richelieu) dans le Haut-Richelieu, à proximité du Lac Champlain. Les Dietrich-Jooss, fille et fils de vignerons en Alsace, ont voulu transplanté au Québec, la viticulture ancestrale, qu’ils qualifient eux même de « passion, fruit de l’héritage de maintes générations.»

J’ai eu l’insigne avantage de rencontrer Victor et Christiane à quelques occasions, j’ai pu, comme ceux et celles qui ont croisé leur route, constater et apprécier, chez Victor, sa gentillesse, son humour, son dévouement, sons sens des responsabilités. Son savoir il a généreusement accepté de le partager avec d’autres vignerons qui comme lui ont cru qu’on pouvait faire pousser la vigne même dans un pays nordique et en tirer des vins qui comme ceux du domaine Dietrich-Jooss remportent des dizaines, des centaines de mentions, de prix, de médailles et bien d’autres marques de reconnaissance.

Comme il l’écrivait lui-même, «Malgré sa taille modeste, notre maison a su se distinguer dans la rigoureuse sélection des cépages plantés ainsi que dans les méthodes culturales, dans un profond respect de l’environnement.»

Avant-gardiste, Victor Dietrich pratiquait «la lutte intégrée qui permet de produire des raisins en limitant les traitements au minimum et en utilisant des insectes prédateurs qui se nourrissent d’insectes ravageurs, le tout pour réaliser une production le plus biologique possible. Aujourd’hui Stéphanie œnologue diplômée de l’université de Montpellier poursuivre l’œuvre de ses parents.

Avec quelques autres vignerons, il a fondé l’Association des vignerons du Québec dont il fut président pendant plusieurs années. C’ est justement sous sa présidence que le vignoble du Québec, déclaré le plus jeune au monde a été jumelé au plus vieux vignoble, Les Graves en Bordelais, en France. Il était de ceux qui ont aussi fondé la Noble Confrérie des Vignerons, qui reçoit des membres honoraires pour marquer l’appui accordé aux vignerons professionnels.

Il a fait tout cela, Victor, et plus encore en cultivant son lopin de terre et en produisant 9 spécialités de vin qu’on trouve à la propriété, mais aussi, pour quelques uns, dans certaines succursales de la SAQ ou encore dans bon nombre de restaurants.

C’était ça, Victor Dietrich. C’était… Je n’ose pas y penser. La maladie qui le minait depuis quelques années aura eu raison de son courage, de sa ténacité, de sa force physique. Nous ne verrons plus ce beau grand bonhomme rubicond, souriant, jovial, tout en étant sérieux et compétent. Il est sans doute parti au paradis des vignerons, à la rencontre de Noé et de saint Vincent où il ne manquera pas de faire montre de son savoir-faire dans les vignes du Seigneur.

Adieu Victor, tu nous manquera! Mais nous nous retrouverons certainement un de ces jours, et alors, nous boirons ensemble la rasade des retrouvailles!
SALUT!

Jean-Gilles Jutras
Ambassadeur du vin au Québec
jgjutras@videotron.ca


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