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Jean-Gilles JUTRAS
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Propos légers...


Mardi le 18 juillet, 2000

Malgré les sautes d’humeur de Dame Nature, il faut bien constater que nous sommes en plein été… Le temps est donc propice pour oublier les tracas et autres soucis et se permettre de folâtrer un peu plutôt que de tenir des propos trop sérieux! Voici donc quelques bons mots ou quelques anecdotes qui se
rapportent plus ou moins directement au vin, mais qui ne demandent pas une trop grande concentration.

Comme suggérait un auteur anonyme, dans une revue, il y a quelques années, l’occasion se prête bien pour relire un grand classique littéraire, les contes des «Mille et une Nuits» notamment, pour les amateurs de vin, les chapitres où on raconte les «chais et rasades». D’ailleurs, selon un autre chroniqueur, il vaut mieux en rester à ces passages parce que «tout le reste n’est que "litres et ratures"…»
Chais, caves et celliers
On ne fait pas toujours la différence avec ces mots qui semblent vouloir dire la même chose, c’est-à-dire un lieu où on entrepose du vin, mais ils ne sont pas nécessairement synonymes. Le mot «chai», qui remonte au 17e siècle, est une forme régionale, dans l’ouest de la France, notamment en Gironde, pour désigner un quai. Il signifie «cellier», en Bordelais, et c’est la «cave» dans d’autres régions viticoles. Depuis le 13e siècle, la cave désigne un lieu souterrain pour conserver le vin. En certains milieux, il n’y a pas de cave, on a alors des celliers qui sont des locaux au niveau du sol dans lesquels on entrepose le vin.

Les étiquettes de vins arborent souvent des désignations comme «domaines», «châteaux», «clos», «propriétés», «monopoles» et bien d’autres indications. En Bordelais, le mot château désigne plus les installations dédiées au vin, qu’un édifice colossal avec tours et donjons. Par contre, partout ailleurs, le mot château désigne une marque plutôt qu’une appellation. Ainsi, dans le Médoc, le Château Margaux détient une AOC bien reconnue, alors qu’en Beaujolais, le Château Lachaize, quoique étant un domaine bien précis, désigne un vin de l’appellation Brouilly.

Le mot domaine est utilisé dans la plupart des zones viticoles pour désigner un vignoble particulier avec dépendances, appartenant à une famille ou à une société. La même chose pour le mot propriété. Ce mot prend cependant de l’expansion dans les coopératives. En effet, un membre d’une cave coopérative peut inscrire sur ses bouteilles «embouteillé à la propriété» même si le travail a été exécuté dans les bâtiments communautaires. Quant au cellier, on devrait attribué ce mot aux espaces plus ou moins importants, voire même aux armoires d’appartement, dédiés à la conservation du vin.

Quand on parle du vin, on constate qu’il nous faut des mots pour bien se comprendre, tant lors de la dégustation qu’en d’autres moments. Encore faut-il que ce soit les bons et justes mots… Boileau (quel vilain patronyme pour un amateur de vin…!) Boileau, donc, a écrit : «ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément».

Pourtant, il n’est pas toujours facile de suivre le discours de certains intervenants qui parlent du vin. On retrouve parfois des textes ou des allocutions au vocabulaire très technique ou farcis d’expressions et d’exemples outranciers. D’autres fois on entendra ou on lira des propos imagés et populaires mais, hélas! les étymologies sont perdues. Quand, par contre, les snobinards de tout acabit s’en mêlent, on a droit à des phrases plus sibyllines qui peuvent peut-être satisfaire les sybarites, mais dont le commun des mortels ne saurait que faire! (Je vous en ai passé quelques-unes?…)

On peut aimer le vin et savoir le dire sans utiliser des mots et des définitions connus seulement de leurs auteurs. Vous connaissez le mot qu’on utilise en France pour ce jargon «intime et hermétique»? On dit que c’est le parler de l’HEXAGONE»… que seuls les initiés comprennent et encore. On n’a pas besoin de mots tellement compliqués pour dire que le vin nous plaît, mais encore faut-il en connaître quelques-uns qui soient universellement reçus. – Bonne continuation d’été!

Jean-Gilles Jutras,
Ambassadeur du vin au Québec
jgjutras@videotron.ca


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