Mardi le 19 juin, 2007 |
On m’aurait parlé de vins de Slovénie, il y a quelques 15 ou 20 ans, je n’aurais pas été en mesure de répondre. Jusqu’à la décennie 1990, on parlait encore de Yougoslavie, un peu avant, on savait que le maréchal Tito était le grand Patron de cette contrée qui nous semblait très loin de nous, jusqu’à ce qu’on regarde sur une mappemonde pour constater que la Yougoslavie, était voisine de la Hongrie, de l’Italie, et autres pays de l’Europe occidentale, cependant que, empêchement majeur, le pays était sous domination de l’U.R.S.S…. (un autre monde, hors de nos horizons!)
J’ai souvenir qu’il y a quelques années, j’avais accompagné un groupe montréalais de « Frioulans », ceux-ci, donc, originaires du Frioul, région au Nord Est de l’Italie, à proximité de Venise. Les participants voulaient revoir leur pays d’origine et visiter certaines des régions qui autrefois étaient annexées au Frioul, et s’étendaient également en Autriche et en Yougoslavie où le groupe avec lequel j’ai voyagé avait prévu de piquer une pointe, mais il nous a fallu un « visa » spécial le seul passeport canadien ne suffisait pas.
Quelques années plus tard, j’ai entendu parler de la Slovénie par mon ami Ghislain K.-Laflamme qui va régulièrement à Ljubljana, capitale de la Slovénie, où il participe à l’un des plus anciens concours internationaux de vins. Mais ceci n’avait pas obligatoirement suscité en moi un intérêt particulier… jusqu’à ce que, ces jours derniers, une certaine dame Yayoi MORIGUCHI, directrice des opérations de l’agence Vénera Vin inc. m’adresse un courriel au sujet de deux vins provenant de Slovénie. Je n’ai pas refusé l’offre de découvrir ces vins.
J’ai cependant dû m’informer plus à fond de ce pays qui me semble encore bien lointain, à plusieurs points de vue.
Un pays viticole
Selon certaines sources, la Slovénie a une tradition viticole de plusieurs siècles, d’autre part, la consommation annuelle de vin de ses habitants serait à la hauteur de celle d’autres contrées européennes et mondiales.
Je n’entends pas faire l’Histoire générale de la Slovénie, il faut cependant rappeler que si les Romains s’y sont implantés comme en maints autres endroits d’Europe, ceux-ci avaient été précédés par les Celtes qui y ont planté de la vigne et élaboré des vins. Par ailleurs, la Slovénie a été tour à tour envahie et soumise à maintes puissances jusqu’à ce qu’elle déclare son indépendance en 1992, après le décès de Tito et le morcellement de l’ex-Yougoslavie.
Dans www.invino.ca on lit que «depuis son accession à l’indépendance en 1991, la Slovénie se rapproche de plus en plus de l’Europe centrale, tournant résolument le dos aux Balkans qu’elle a fréquenté régulièrement, pendant une cinquantaine d’années alors qu’elle était intégrée au régime totalitaire de Tito. Les Slovènes sont une nation calme et prospère, voisine immédiate, de l’Autriche et de l’Italie, ce qui n’a pas changé, quel que soit le régime.
La Slovénie, donc, est un pays viticole de longue date. Écoutez plutôt quelques mots de l’hymne slovène : « Amis, la récolte est finie et le vin soigne tristesse des yeux et des cœurs ».
La Slovénie aura été parmi les premiers pays d’Europe à exploiter des
œnothèques. Ce qui est encore plus intéressant, c’est l’ancienneté de la culture viticole de la Slovénie. Ainsi, Tacite, dans le premier siècle après Jésus Christ,
mentionne les vins de Poetovio (l'actuelle Ptuj). Beaucoup plus près de nous, il appert que le Commissaire européen à l’agriculture, Franz Fischler, aurait bien apprécié les vins slovènes, en en permettant libre circulation dans toute l’Europe, depuis le 1er janvier 2002.
Le vignoble et les cépages
Le vignoble de Slovénie couvre 23 000 hectares; on y produit, plus ou moins 800 000 hectolitres de vin annuellement, toutes catégories confondues, quoique le blanc y domine. Il semble qu’on cultive plus de cépages locaux que de raisins provenant d’autres pays. Un de ces cépages est le sipon qui tiendrait son nom, selon l’encyclopédie Hachette « connaître et choisir le vin », « de l’appréciation flatteuse de Napoléon qui l’aurait trouvé ‘si bon’! ». 36% de l’encépagement seraient attribués au laski rizling (riesling italien), 12,8% au furmint hongrois, 11% au sauvignon, 5,50% au chardonnay et le reste, à quelques autres cépages en toute petite quantité.
Comme partout ailleurs, le terroir influence les caractéristiques des vins. (Le mot terroir, on le sait, comprend le sol et le sous-sol, mais aussi l’environnement climatique, la conformation des terres, l’orientation des plantations et d’autres facteurs de même type.). La Slovénie compte trois régions de viticulture; ces régions sont subdivisées en districts, sous-districts et superficies plus restreintes. Ces régions sont : la vallée de la Drave, (près de 8 000 hectares); la vallée de la Save (Posavje) (environ 7 500 hectares) et la région du littoral (Primorje) (un peu moins de 5 000 hectares).
Selon les sources consultées la plus importante région serait celle de la Drave qui produit principalement des vins blancs, de même que des vins mousseux élaborés selon la méthode traditionnelle.
La réglementation qui a délimité les régions comportait aussi des clauses par rapport à l’encépagement de même qu’à d’autres contingences selon chaque type de vin. Comme l’écrit Alexis Lichine dans Encyclopédie des vins & des alcools : «Toute la zone viticole de la Slovénie subit l’influence de l’Adriatique à l’ouest et de l’immense plaine du Danube à l’est. »
Je tenterai de vous dire quelques mots sous peu, des deux seuls vins de Slovénie disponibles à la SAQ. D’ici là, bon début d’été et à bientôt.
(ce texte pourrait porter le numéro ch. 44-a de mon Histoire du vin, suite du ch. 44 paru en janv. dernier)
Jean-Gilles Jutras
Ambassadeur du vin au Québec
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