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Le vignoble du Québec
 

Mardi le 21 novembre, 2006


Je n’ai pas souvent parlé du vignoble québécois… Bien sûr, à quelques reprises j’ai mentionné les réussites de certains vignerons, la cérémonie du jumelage de la vigne du Québec à celle des Graves, en Bordelais, il y a une douzaine d’années et quelques autres faits de même nature. Mais du développement important de la viticulture au Québec, très peu.

Même qu’en me rappelant ce que je disais dans les cours de vin de l’Amicale des Sommeliers, au début des années 1980, je dois avouer que je n’étais pas tellement confiant qu’on réussirait à faire des vins intéressants au Québec. Voici des extraits de mes propos dès la première session des cours sur le vin concernant « la vigne au Québec ».

Mon propos sur l’évolution de la viticulture dans le monde finissait par ces mots : « …l’évolution que cette boisson (le vin, évidemment) a réalisée au cours des siècles et surtout depuis les dernières décennies est assez merveilleux et nous est de mieux en mieux connue par les écrits, les recherches et les rapports qui sont publiés régulièrement ».

Puis, je continuais un peu plus loin en abordant le sujet de la Vigne au Québec. « Avant de jeter un regard sur cette évolution, disais-je, il vous intéressera peut-être de savoir qu’ici même, à Québec, ou plutôt dans l’Île d’Orléans, Jacques Cartier relate avoir découvert de la vigne. Voir plus loin, le texte de Cartier, au moment où il nomme l’endroit « Isle de Bacchus ».

Je disais encore, en 1981 – notez qu’il y a 25 ans et que beaucoup de choses ont changé depuis – « J’ai appris, au sujet de ces vignes de l’Île d’Orléans qui poussaient et poussent encore à l’état sauvage que c’était de la ‘vitis riparia’ identifiée par le conseiller de l’Association des viticulteurs du Québec, le professeur J.-O. Vandal. Ce cépage est encore produit dans l’État de New-York auquel on a fait des greffes. La ‘riparia’ n’étant pas de grande qualité, pour la production de vin pouvant servir, cependant de ‘porte-greffes ».

Enfin, je concluais mon introduction par ces mots : «… je ne crois pas, pour ma part, que nous réussissions jamais à exploiter un vignoble véritable, digne de ce nom et capable de nous fournir un vin de qualité au Québec. » - Je regrette sincèrement, ces paroles et je dois faire amende honorable et admettre qu’on trouve des vins fort respectables chez nous…

Pour l’Histoire, voici le texte de Jacques Cartier, à propos de sa découverte de vigne, dans l’Île d’Orléans, dite à ce moment précis : « Isle de Bacchus ». (la reproduction de l’écrit de Jacques Cartier comporte la manière d’écrire, à cette époque). C’est suivi de notes historiques sur l’évolution de la culture de la vigne au Québec et au Canada.

« Après que nous fumes arrivez avecques les barques ausdictz navires, et retournez de la riviere saincte Croix, le capitaine commanda aprester lesdictes barques, pour aller à terre à ladicte ysle veoyr les arbres qui sembloient a veoir fort beaulx, et la nature de la terre d’icelle ysle, ce qui fut faict. Et (nous) estant à ladicte ysle, la trouvasmes plaine de beaulx arbres, comme chaisnes, hourmes, pins, seddrez et aultres boys de la sorte des nostres; et pareillement y trouvasmes force vignes, ce que n’avyons veu, par cy-devant à toute la terre; et pour ce, la nommasmes L’isle de baccus. » (Journal de Jacques Cartier, lors de son 2e voyage en Nouvelle France, en 1535).

Le Malouin, Jacques-Cartier, avait été mandaté par le roi François 1er, pour trouver la route des épices, vers la Chine. Il fit une première traversée en 1534 et accosta en Gaspésie, doit-on préciser que de routes des épices, il n’y avait point, en cet endroit. L’année suivante, il s’aventura plus avant pour remonter l’important cours d’eau qu’est le fleuve que lui-même nomma ‘Saint-Laurent’; c’est cette année-là que Cartier vint sur l’Ïle d’Orléans, baptisée ainsi en l’honneur de Charles duc d’Orléans, troisième fils de François 1er.

Ce n’est que plus de soixante-dix ans plus tard que les premiers colons vinrent s’établir sur les bords de ce même fleuve Saint-Laurent, avec le navigateur géographe Samuel de Champlain qui fonda Québec, en 1608. Quelques dizaines d’aventuriers tentèrent de s’implanter sur les vastes étendues de ce nouveau continent. Mais c’était sans connaître le climat qui prévalait de ce côté de l’Atlantique.

Même s’ils avaient apporté avec eux des boutures de vignes qu’ils pensaient bien pouvoir planter, cultiver et vendanger comme plusieurs d’entre eux le faisaient déjà dans leur France d’origine. Ainsi que j’ai eu l’avantage de l’écrire dans ces pages, les Français venus s’installer en Nouvelle France ont vite constaté que les rigueurs de ce pays qui allait devenir le Canada, étaient néfastes pour les ceps européens.

Bien plus tard, plusieurs autres immigrants d’Europe, notamment de France ont tenté avec acharnement d’implanter des cépages nobles qu’ils avaient fait venir à fort prix et qui n’ont pas résisté, à leur tour, aux gels prolongés presque sibériens qui est toujours le nôtre, pendant une partie de l’année.

Au fil des ans

Malgré tout, on s’entêtait à vouloir planter la vigne. Les jésuites y réussirent tant bien que mal, sur l’île de Montréal, vers 1650. L’histoire rapporte que le premier vignoble commercial a été établi en Ontario en 1866. Mais peu temps après, la prohibition qui prévalait aux États-Unis a traversé les frontières et s’étalât dans l’ensemble du Canada, sauf au Québec où, en 1921, le gouvernement vota une loi en vue d’étatiser le commerce des boissons alcooliques en donnant naissance à la Commission des Liqueurs du Québec qui devint, plus tard, la Société des Alcools du Québec.

En 1975, la firme Iniskillin obtint le premier permis de vignoble commercial en Ontario. Un peu plus tard, en 1979, au Québec, Gilles Rondeau et le professeur Joseph Vandal créèrent la première association de vignobles amateurs à Charlesbourg, près de la ville de Québec. M. Vandal, professeur en génétique végétale à l’Université Laval a travaillé pendant plus d’une trentaine d’années sur des arbustes fruitiers afin de trouver lesquels pourraient résister aux variations climatiques du Québec.

Nous sommes bien placer pour constater que le thermomètre peut se maintenir autour de –20° c. (et parfois plus bas, en maints endroits) pendant des périodes plus ou moins longues, en hiver et remonter à +20° c. et souvent + 22-25° c. en été. Si quant à nous, des vêtements nous permettent de soutenir ces écarts de température, notamment en hiver, les végétaux sont moins bien pourvus que les humains.

Les ceps traditionnels, utilisés en Europe, en France, particulièrement, sont anéantis pour les grands froids. Je me rappelle qu’à l’automne de 1973, la Confrérie des Vignerons de Saint-Vincent, de Mâcon, France, installée au Québec depuis les années 1960, avait tenu un chapitre d’intronisation dans les vignes du Vignoble du Québec, à Saint-Bernard-de-Lacolle, à proximité des frontières américaines.

Une fête des vendanges au Québec, dans les années 1970. c’était tout à fait exceptionnel et inusité. On ne parlait pas tellement de viticulture, même si le nombre d’amateurs de vin progressait continuellement, notamment depuis la tenue de l’Exposition internationale en 1967.

Dans le dernier quart du 20e siècle

L’opiniâtreté et le désormais savoir-faire des vignerons québécois ont eu raison de toutes les difficultés auxquelles ils doivent faire face. Ce qui nous permet d’écrire aujourd’hui, avec le professeur et géographe J.-M. Dubois de l’Université de Sherbrooke… que les historiens ont reconnu qu’au 16e s. « la vigne avait gagné toutes les provinces de France, il est normal que, du temps de la colonisation française surtout, on essaie d’installer en Nouvelle-France, les mêmes habitudes. »

Le professeur Dubois, dans « Vins et vignobles artisanaux au Québec »
Rappela que le premier vignoble, en Nouvelle France, aurait été celui de Samuel de Champlain qui a voulu planter du vinifera tout à côté de l’Habitation, en 1608. Presque toutes les autres expériences avec des ceps européens de vinifera ont échoué, notamment à cause de la rigueur du climat.

Il importe de rappeler que vers 1992, dans le document précité, on écrit que « plus d’une quinzaine de vignobles occupant 70 hectares sont maintenant en exploitation au Québec avec un certain succès. » Le document fait d’ailleurs mention d’un Vignoble communautaire qui avec ses 8 000 ceps, occupait 2,2 ha dans la ville de Charlesbourg. – Pour ma part, je ne comprends pas pourquoi ce beau projet de Gilles Rondeau semble maintenant voué à l’abandon et l’oubli.

Toujours à cause du climat, la plupart des vignes du Québec sont basées sur des cépages hybrides dont plusieurs ont été créés par le professeur et
agronome J.-O. Vandal. Ainsi trouve-t-on pour les vins blancs, lu seyval blanc, le vidal, l’aurore, l’eona et quelques autres. Pour les rouges, un des plus répandus est le maréchal foch, de même que le de chaunac, Plusieurs de ces hybrides ont été importés d’Europe.

Dire toutes les difficultés rencontrées par les vignerons québécois ne fait qu’augmenter le respect et l’encouragement qu’on leur doit. Dans l’étude « Vins et vignobles… » publiée par l’Association professionnelle des géographes du Québec, on lit : « Le vigneron québécois doit travailler sur le terrain en six mois, ce qui ailleurs se fait en onze mois….

Les gens du métier ont su démontrer qu’avec de la persévérance et un brin de témérité, la viticulture n’est plus seulement le rêve du « fou du village ». On doit rendre hommage à des générations d’opiniâtres patenteux au « pouce vert », tout autant qu’à l’ingénieux hybrideurs ou d’habiles personnes d’affaires (qui) tous ont contribué… à sortir de terre un vin « made in Québec » et ce n’est qu’un commencement. » (J.- M. Dubois – Université de Sherbrooke)

Jean-Gilles Jutras
Ambassadeur du vin au Québec



 
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