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Jean-Gilles JUTRAS
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Mardi le 21 décembre, 2004

Depuis quelques mois, pour ne pas dire même depuis quelques années, je vous raconte MON HISTOIRE du vin… C’est un bien grand mot « HISTOIRE » et qui peut être interprété de bien des façons. Pourtant, le vin a son histoire qui est arrimée à celle des humains, sur la terre.

À l’approche de Noël n’est-il pas à propos de raconter certains faits qui se rapportent à ce que l’homme fait de mieux : le vin. Car, comme l’a dit un poète ou un savant : Dieu créa la vigne et l’humain fit le vin. Ce n’est pas, à proprement parler, une histoire de fées ou de créatures secrètes et inconnues, que celle du vin, mais c’est tout aussi mystérieux, le fait que le sucre contenu dams le jus du raisin, se change en alcool au contact des ferments qui se trouvent sur la peau du fruit nous semble presque incompréhensible, même si les scientifiques qui trouvent réponse à tout, ont expliqué ce qui arrive dans ce cas-là.

Si l’homme a réussi à contrôler le processus de transformation du sucre en alcool, il a vite appris que le résultat était très bon (!). Pourtant, c’est tardivement que le vin s’est installé dans l’alimentation des humains. Je lisais, récemment, que « l’homme boit du vin depuis cinq mille ans, après s’en être passé pendant cinq millions d’années ».

Surprenant, cette constatation, surtout si on rappelle que les humains, dans leurs cavernes, consommaient depuis très longtemps d’autres produits provenant de la fermentation de matières premières comme le fromage, le pain, la bière et le cidre. À cette époque, on ne savait pas que le jus de la treille pouvait aussi donner plaisir et satisfaction. Heureusement, on a repris le temps perdu, le vin étant devenu une boisson parmi les plus appréciées.

N’allons pas trop vite, rappelons-nous qu’au Québec, il n’y a pourtant pas cinquante ans qu’on boit du vin régulièrement. Je me souviens qu’au début des années cinquante, on buvait peut-être un verre de vin « sucré » à l’occasion d’un mariage ou d’une fête quelconque, le scotch, le gin et autres spiritueux étaient beaucoup plus consommés que le jus de la vigne. Chez nous, c’est à peu près avec l’Exposition universelle de 1967 qu’on a presque découvert le vin et qu’on s’est mis à en consommer régulièrement.

On explique le retard du raisin par comparaison aux autres produits de la nature par le fait que la vigne était plus difficile à cultiver que d’autres végétaux. Selon l’organisme français Onivins (office de tous les vins) : « la transformation graduelle de la vigne sauvage en vigne cultivée s’est probablement réalisée à partir du septième millénaire avant notre ère.

Il est fascinant de suivre les pérégrinations de la vigne vinifiable, depuis ce septième millénaire. Les peuples d’Asie occidentale auraient été les premiers a domestiquer la vigne, ce sont les Grecs qui l’auraient plantée sur les bords de la Méditerranée dont elle a fait son lieu privilégié de propagation . Les Romains ont pris la relève, alors qu’ils étendaient leur autorité sur la Gaule et l’Ibérie.

Pour ce qui est de la France, c’est près de 600 ans avant Jésus Christ que les Phocéens auraient planté de la vigne à Massala (aujourd’hui Marseille). Mais on concède aux Romains le fait d’avoir favorisé l’extension de la culture viticole à travers toute la Gaule. Encore selon l’Onivins : « La vigne se répand au 1er siècle dans la vallée du Rhône, apparaît au 2e siècle en Bourgogne et dans le Bordelais, pour atteindre la Vallée de la Loire, au 3e siècle. La Champagne et la vallée de la Moselle au 4e siècle… »

On estime que c’est à Christophe Colomb, qui a découvert l’Amérique en 1492, qu’on doit l’établissement de la viticulture de ce côté-ci de l’Atlantique puisqu’il a permis la colonisation des vastes terres des Amériques. On sait maintenant que c’est à partir du 19e siècle que de nouveaux pays, les États-Unis, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et d’autres, en plus des pays d’Amérique latine se sont découverts des intérêts pour la production du vin.

Si on retourne à 2 ou 3000 ans avant notre ère, on ne peut négliger l’histoire de Noé. Voici ce qu’on peut lire dans un texte de « http://vindelice.free.fr » : « Vers 2 200 avant Jésus Christ, le commerce du vin entre le Caucase et le golfe Persique était organisé depuis près d’un millénaire… » des bergers, des négociants, et autres trafiquants transportaient leurs marchandises dont des outres de vin, sur des radeaux plus ou moins solides. « Vint un déluge, poursuit l’article relatant l’histoire, … et le bateau d’un des marchands finit par s’échouer non sur le mont Ararat (un déluge peut-il monter à près de 5 000 mètres?) mais sur une modeste colline située au nord de Bagdad. Bien inspiré, le marchand eut l’idée d’y planter des vignes et de vendre le vin comme originaire du mont Ararat…. » (Ce n’est pas d’hier que la publicité tendancieuse rapporte à ses auteurs).

Mon avis (?) si ce que raconte la Bible n’est pas nécessairement fondé, est-ce que ce que prétend ‘http://vindelice.free.fr’ l’est plus? Je continuerai donc à croire que notre Grand-Père Noé, Patriarche digne, a planté la vigne, pour en faire du vin qui, pris modérément, réjouit encore le cœur des femmes et des hommes de bonne volonté.

Plusieurs de ces heureux mortels fêteront bientôt la Nuit de Noël et le Premier de l’An, en goûtant quelques bonnes rasades du fruit de la vigne. Je leur souhaite large soif, en se rappelant, cependant, que la modération a… Et en étant généreux pour aider les plus démunis. - Il reste à espérer que le conflit à la SAQ ne nous oblige pas à passer des fêtes au sec!

Jean-Gilles Jutras
Ambassadeur du vin au Québec




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