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En 1985, mes premiers pas...
 

Mardi le 23 octobre, 2007


Au cours de la saison 1980-1981, le président de la section de Québec de l’Amicale des sommeliers m’a demandé de donner des cours sur le vin, j’en fus estomaqué et, en même temps, bien flatté! Je buvais du vin, évidemment, à l’occasion, comme tout le monde, mais de là à donner des cours… il y avait une certaine distance que j’hésitais à franchir.

J’ai demandé quelques temps de réflexion. À cette époque, j’étais encore en pleine vie active même si je venais de quitter le poste de Directeur général de la Fédération des commissions scolaires, poste que j’avais occupé pendant une vingtaine d’années. Les dirigeants de la Fédération m’avaient offert la fonction de Secrétaire général, dont les fonctions étaient d’être, en quelque sorte, l’adjoint du nouveau Directeur.

Mes fonctions de Directeur général puis de Secrétaire général m’appelaient assez souvent à prendre part à des repas officiels d’autant plus que de bons amis m’invitaient parfois, à assister à des rencontres-repas, au sein de confréries gastronomiques, en compagnie de personnages réputés. C’est ainsi que j’ai eu l’honneur de rencontrer, entre autres, Me Gérard Delage, M. Roger Champoux important chroniqueur gastronomique au journal La Presse et plusieurs autres. J’aimais ces occasions qui me permettaient de parfaire mes connaissances dans les arts de la table.

C’est également, presque à la même époque, que j’ai commencé des chroniques hebdomadaires dans le quotidien Le Soleil, de Québec. J’ainsi écrit pendant une bonne dizaine d’années. Quant aux cours pour l’Amicale des sommeliers, j’en ai donné pendant près de douze ans.

Le 16 septembre 1985

Ce fut ma première chronique dans Le Soleil. J’avais intitulé mon papier « Je ne connaissais rien au vin! ». Et je racontais mes premiers verres de vin, en me remémorant ce qui suit : Un jour, un ami m’invite à dîner dans un restaurant et, après avoir donné les choix de notre menu, il commanda un « saint-émilion ». Quelqu’un m’aurait alors demandé ce qu’était un saint-émilion, j’aurais été bien incapable de répondre. Je me doutais que ce pouvait être du vin, encore que je n’aurais pas pu dire s’il s’agissait de rouge ou de blanc et encore moins la provenance, ni autres spécifications de même nature qui font qu’un vin est différent d’un autre vin.

En 1985, j’estimais que les gens étaient mieux informés mais que je savais d’expérience que beaucoup étaient encore hésitants, voire craintifs quand venait le temps de choisir un vin surtout si on voulait expérimenter un produit inconnu qui coûtait plus de 10$. (C’était alors un montant important, surtout pour une bouteille de vin).

Je continuais mon papier, en rappelant qu’on avait parfois recours à des solutions-clefs qui, souvent, étaient la source de déceptions plus ou moins grandes, comme on me l’a confié. Je poursuivais ce rappel des faits du temps en donnant les habitudes qui prévalaient : « on se repliait sur les vins d’épiceries, ou encore, on consultait le personnel des succursales de la SAQ ou bien, dans la plupart des cas, on revenait à des vins que tout le monde connaissait : mouton-cadet, pisse-dru, black-tower, clos Ste-Odile, etc. »

Dans mon papier de septembre 1985, je disais comprendre les hésitations des consommateurs au moment d’acheter quelques bouteilles. Des chroniqueurs ou autres « connaisseurs patentés » ont fait beaucoup de mystère autour du vin, de même entendait-on l’énoncé de règles qu’il fallait absolument suivre si on ne voulait pas passer pour un ignare ou un béotien; De grands pontes proclamaient que sur de la viande blanche il fallait obligatoirement verser du vin blanc alors que sur une viande rouge on devait impérativement, servir un vin de même couleur. On a dit aussi que si on avait commencé le repas avec du vin blanc il ne fallait pas « mêler », il importait donc de poursuivre avec le même vin, etc.

Tout cela faisait que bien des gens se privaient du plaisir de goûter à la « dive bouteille ». Pourtant écrivais-je alors, on oubliait qu’on était à la table pour se faire plaisir et non pour s’astreindre à des règles strictes et intransigeantes qu’on pouvait démolir facilement puisqu’elles ne reposaient sur aucun fondement solide ni scientifique.

J’expliquais aux lecteurs que les chroniques du samedi se voulaient une aide dans le choix des vins, les alliances avec les plats et quelques conseils pratiques. On n’allait pas entrer dans de longs paragraphes théoriques sinon pour une mise en situation.

Vous voudrez sans doute, chers internautes de Planète Québec, savoir quels vins j’ai proposés pour ce premier entretien… Voici ce qu’ont lu les lecteurs du journal Le Soleil : « En guise d’entrée en matière, je vous propose deux vins, un blanc et un rouge. Le premier ira très bien avec une entrée froide ou un plat de poisson. Nous sommes en pleine saison des huîtres, le vin que je suggère se marie bien avec ces mollusques, qu’ils soient sur leur écaille ou cuisinés.

« C’est un vin léger, disais-je dans ma chronique, assez fruité, à boire frais, sans trop d’acidité, juste ce qu’il faut pour accompagner les fruits de mer, bonne présence en bouche; c’est le beaujolais 1984, 11,20$ vendu à la Maison des vins. » – Comme je n’avais pas indiqué le nom du producteur ou du négociant, je n’ai pas pu faire de comparaison avec aujourd’hui. Je note cependant que le beaujolais blanc 2005 de Georges Dubœuf (147777) coûte 14,95$ et le beaujolais blanc 2005 Pisse-Dru (276865) 14,60$.

Dans mon article du 16 septembre 1985, je suggérais un autre vin blanc, si on trouvait le beaujolais trop cher, il s’agissait du bordeaux générique Chantelys – plus abordable à 5,85$; on ne le trouve probablement plus à la SAQ. Aujourd’hui, je proposerais le bordeaux Les Tuileries 2006, de la maison De Luze à 11,95$ (199661).

Quant au vin rouge, poursuivais-je, dans mon papier, je suggère un vin espagnol : « il faut savoir découvrir les vins provenant d’autres pays… se laisser tenter par les beaux produits que sont les vins italiens, espagnols, portugais ou autres. Donc, je recommande le Don Miguel Torres, vin puissant, très long en bouche, avec des odeurs et des goûts de boisé, de fruits confits etc. le prix : 8,50$ » -- Je ne crois pas que ce vin soit encore disponible, en 2007, mais on trouve des vins de Torres dont le Sangre de Toro 2005, de la région de Catalunga pour 12,95$ (006585). À cette époque, je recommandais aux lecteurs du journal Le Soleil de « sortir des sentiers battus, lors du chois des vins… »

On n’a plus besoin de faire ces recommandations, de nos jours, la SAQ offre des vins provenant de plus de trente pays, pour le plus grand plaisir des consommateurs vinophiles.

Bonne semaine!

Jean-Gilles Jutras
Ambassadeur du vin au Québec
Jg.jutras@sympatico.ca

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