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| Saint-Émilion |
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Mardi le 02 mars, 2010 |
Connait-on saint Émilion? Bien sûr, on n’a pas à rappeler qu’l s’agit d’une appellation contrôlée haut de gamme, du Libournais, on dit alors «Saint-Émilion». Mais y eut-il un saint Émilion à invoquer qui soit au paradis?
Voici, à propos de Saint Émilion, quelques lignes tirées d’un chapitre d’un livre, «Bacchus m’a raconté», que j’ai publié, en 1998. Pour situer mon propos, rappelons que le vignoble de Saint-Émilion est rattaché au territoire du Libournais, au confluent de l’Isle et de la Dordogne. Cette vaste région comprend à l’ouest, le tertre de Fronsac, au nord, le plateau de Pomerol, à l’est, le pays de Saint-Émilion et, au sud-ouest, l’Entre-deux-Mers et les Graves de Vayres.
On dit du Libournais que c’est une «mer de vignes» dans laquelle Saint-Émilion occupe une place importante, pour ses vins extraordinaires. C’est depuis le règne de l’empereur romain Probus qu’il y a de la vigne à Saint Émilion, les troupes romaines y plantèrent les premiers ceps.
Le plus surprenant, c’est que ce terroir aurait pu porter le nom d’Ausone, poète romain qui a cultivé la vigne en ces lieux. Un château de Saint-Émilion porte d’ailleurs son nom. On ne sait trop comment, au lieu d’Ausone, on en est venu à baptiser ce vaste vignoble du nom de Saint Émilion dont on n’est même certain qu’il ait vécu; certains historiens prétendent que ce serait une légende pendant que de hautes autorités religieuses ont défendu haut et fort, preuve à l’appui, l’existence du saint pèlerin Émilion.
L’histoire rapporte plusieurs prénoms à Émilion qui a prêté son nom au vignoble et aux vins que l’on connait. Pour ma part, j’ai opté de conserver le nom historique d’Émilion qui aurait longuement vécu dans une grotte, encore visible aujourd’hui, au centre du patelin, Saint-Émilion. Notre héro venait de Bretagne et, comme c’était alors une coutume régulière, il voulut entreprendre un pèlerinage en Terre Sainte, périple que le saint homme mit des années à effectuer.
Durant sa transhumance, Émilion traversa Cana, localité bien connue pour «les noces mémorables» qui y eurent lieu, comme le rapporte la bible. Il y avait tellement de voyageurs dans les parages que le pèlerin ne put trouver où se coucher sinon dans une ancienne étable. À son réveil, Émilion trouva une vieille outre qu’il mit dans son petit bagage, prévoyant qu’elle lui serait utile pour une réserve d’eau bien nécessaire durant ce long périple.
Or, lorsqu’il eut soif, après un bon moment de marche, Émilion décovrit, non sans surprise, que l’eau dont il avait rempli sa gourde était devenue du vin… Notre pèlerin se garda bien de révéler le secret de sa calebasse. Mais il lui arrivait assez souvent de succomber au savoureux liquide, liquide qui diminuait évidemment chaque fois qu’il en buvait. Émilion se hâtait alors de remettre de l’eau dans sa gourde; or, à son grand étonnement, l’eau se changeait en vin dès qu’elle était enfermée dans le récipient.
Sage et prudent, Émilion prit garde de trop abusé de «l’eau bénite» qu’il transportait dans son bagage. C’est durant le trajet du retour que le pèlerin put constater le «pouvoir sacré» du contenu de sa gourde. En effet, Émilion ne manquait jamais de soulager les malades et les miséreux qu’il croisait. Il leur offrait son saint breuvage et, chaque fois, c’était le miracle : les bénéficiaires en étaient soulagés, voire même totalement guéris. Il en fut particulièrement ainsi dans un petit patelin de la Gironde o0 il s’était arrêté.
Émilion, apercevant une grotte creusée dans une petite colline de roche, décida sur le champ de s’y cloîtrer, d’autant plus qu’une source d’eau claire jaillissait tout près et qu’il pouvait ainsi remplir son contenant, au besoin.
Les paysans du coin ne tardèrent pas à s’approcher de la grotte occupée par un saint homme, disait-on. Émilion ne se cachait pas pour prier et faire ses oraisons sur le pas de son nouveau «domicile». Bien plus, le «saint» comme on l’appelait dans le patelin, était toujours prêt à rendre service, surtout, à soigner les malades qui, bien souvent, guérissaient en absorbant de l’eau miraculeuse qu’il leur donnait, à même sa calebasse.
Mais comme tous les humains, Émilion vieillissait et, se promener dans les environs, lui demandait un effort chaque jour plus pénible, tant et si bien qu’un jour, des paysans du voisinage trouvèrent leur «saint» gisant sur le bord du chemin, il tenait fermement, sa gourde dans ses mains, malheureusement, celle-ci s’était fracassée sur les cailloux. Le liquide s’était rapidement répandu et il en coulait encore quand on découvrit le saint homme.
L’eau miraculeuse, devenue vin, s’écoulait lentement et ce, pendant de longues heures, humectant au passage tout ce qui était végétation devenant au fur et à mesure, ceps de vigne lourdement chargés de grappes généreuses.
C’est ainsi que s’est développé le superbe vignoble de Saint-Émilion qui fait, encore aujourd’hui, la gloire des vignerons et le grand plaisir des amateurs œnophiles. .
Jean-Gilles Jutras
Ambassadeur du vin au Québec
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