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Jean-Gilles JUTRAS
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Mardi le 23 mai, 2006

En visitant mes archives

Il me semble qu’on n’invente plus rien, ces temps-ci, pourtant, il ne se passe pas une semaine, même une journée sans qu’on lise que des chercheurs ou des scientifiques n’aient effectué des découvertes ou créé de nouveaux objets dont certains modifieront nos vies ou nos façons de voir les choses.

Ceci pour me faire pardonner que, parfois, je retourne à mes dossiers qui datent de quelques années. Non pas que je manque d’imagination ni que des sujets actuels et fort pertinents ne puissent faire l’objet de chroniques, mais plutôt parce que certains sujets abordés il y a quelques années sont encore d’actualité et méritent qu’on y revienne. D’ailleurs, qui, parmi les lecteurs de la présente chronique a pu lire ce que j’ai écrit dans LE SOLEIL de Québec, en mai 1992? (À cette époque je N’avais aucune idée de ce qu’était l’internet ni que cela me permettrait de communiquer ma passion pour le vin).

Ce jour là

Du 16 mai 1992, je rapportais une dégustation de vins américains organisée par un groupe d’amateurs, connu sous le nom de « Société des vins américains », de concert avec le Wine Institute de Californie. Car même si le groupe se paraît du nom de société des vins américains, il s’agissait plus des vins de Californie que d’autres états de nos voisins. D’ailleurs, le regroupement existe toujours mais s’affiche, plus justement, sous le vocable de « vins californiens ».

Or, dans mon papier, je notais que les vins blancs de Californie semblaient beaucoup moins marqués par le passage en barriques de bois que quelques années auparavant et je m’en réjouissais. Le sujet principal de mon article d’il y a 14 ans était le ZINFANDEL, ce cépage presque exclusif à la Californie dont on prétend qu’il prenait souche en Italie, sous le nom de primitivo,

Le cépage californien

Voici quelques extraits écrits en 1992 : « … je me permets de formuler un regret. Je sais que cela ne changera rien, mais je l’écris malgré tout… Les Américains possèdent un cépage qui leur est exclusif, le ZINFANDEL, qui engendre des vins de caractère, des vins vigoureux, savoureux et pleins de fruits. Avec les années, ces vins sont souples et tout à fait agréables. Pourtant, les Américains n’en font presque pas. On dit même qu’ils arrachent leurs ceps de zinfandel pour les remplacer par du cabernet sauvignon ou du pinot noir.

« Admettons que le zinfandel demande des soins particuliers, que, comme les grains ne mûrissent pas également, les vendanges doivent être effectuées en plusieurs étapes et quoi encore… mais y a-t-il quelque chose qui soit facile, quand on veut réussir un beau produit?

« Il est vrai que plusieurs maisons réussissent bien les vins issus de ces cépages venus de France, en particulier mais pourquoi s’entête-t-on à faire du « white zinfandel » avec ce très beau raisin? D’ailleurs le « white zin » est rosé et n’a qu’un fade et pâle goût de sucettes. Certains le comparent à un « cooler ».

En 1986, Hachette publiait le superbe livre de Jancis Robinson : « Le Livre des cépages », Elle y a écrit, à propos du zinfandel : «Le zinfandel, cépage proprement californien, mais de style européen, est fascinant non seulement en raison du mystère entourant ses origines, mais surtout pour la qualité potentielle de ses vins. » Puis l’auteur fait le rapprochement avec les Australiens qui « ignorent la grandeur de leur shiraz (syrah) » - en déclarant que les Californiens « ne voient en leur zinfandel guère plus qu’un fournisseur de vin de carafe, simplement parce que c’est leur cépage le plus commun. »

Toujours chez Hachette, on a publié, cette année, le Dictionnaire encyclopédique des cépages, sous la plume de Pierre Galet. Or, dans cette bible des cépages, qui plus de 925 pages, on ne traite pas du zinfandel que pour référer le lecteur ou l’amateur d’ampélographie à se rendre au mot « primitivo ». On écrit alors qu’on donne les principaux synonymes du cépage : «… zinfandel en Californie ou ‘zin’ familièrement ».

Au paragraphe suivant, on peut lire : primitivo « cépage de cuve noir italien largement répandu aux États-Unis sous le nom de zinfandel. » Plus loin, l’auteur, Pierre Galet, donne quelques utilisations du primitivo, après avoir en avoir donné une fiche analytique. On dit que la richesse alcoolique du primitivo est moyenne mais qu’elle peut devenir élevée dans certaines zones géographiques. « Leurs arômes floraux (aux zinfandels) se transforment après quelques années de vieillissement en un riche bouquet épicé ». J’ai cru décelé le même phénomène chez le zinfandel californien. Je précise ici que le primitivo est principalement élevé dans la région italienne des Pouilles sur l’Adriatique, c’est le « talon » de la botte géographique.

« Le primitivo, continue Pierre Galet dans son dictionnaire encyclopédique des cépages, peut être vinifié en rosé ou en blanc, notamment dans la Napa Valley. » Selon Jancis Robinson, « depuis des décennies, le zinfandel est le principal constituant des vins californiens dans le style du porto et sa qualité s’améliore. En plus de es vins vinés, on en tie aussi des vins naturellement doux, capiteux, rappelant vaguement le recioto della valpolicella ».

Enfin, Jancis Robinson écrit que selon les ampélographes, « la ressemblance des versions californienne et italienne du cépage est manifeste. Le primitivo des Pouilles, cultivé sous un soleil de plomb, tempéré par la brise marine, donne un vin très foncé, concentré et riche en alcool, traditionnellement utilisé en coupage pour donner de la couleur et du nerf à de nombreux vins de table. »
Les historiens estiment que le primitivo italien aurait été importé en Amérique au 19e siècle, allant de la Côte Atlantique, au Long Island (New York), puis à Boston, au début des années 1820. Les pionniers lui auraient fait traversé les Montagnes Rocheuses, avec dMautes cépages, a-t-on tout lieu de croire, et ce, jusqu’en Californie, sa terre de prédilection en Amérique.

N’est-ce pas fascinant que ce zinfandel mystérieux? Et ce primitivo qui veut dire, sans doute, primitif ou naturel… Voilà que mes archives se sont encore enrichies, par mes recherches sur un cépage qui m’a toujours fasciné et dont j’apprécie les vins. Si j’écris encore dans une quinzaine d’années, je pourrais ressortir ce dossier du 23 mai 2006.

Jean-Gilles Jutras
Ambassadeur du vin au Québec







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