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Jean-Gilles JUTRAS
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L'Australie et ses vins


Mardi le 23 septembre, 2003

Depuis une bonne quinzaine d’années, on trouve une agréab;e gamme de vins d’Australie dans les succursales de la SAQ. Jadis, les amateurs de vins ne trouvaient que des vins d’Europe. Ces produits sont d’ailleurs encore en très grand nombre sur les tablettes de la Société. Mais on peut maintenant trouver des produits provenant de l’hémisphère sud dont l’Australie est, sans doute, le plus important producteur.

Je recevais, récemment un bulletin de la Winemakers’ Federation of Australia annonçant que l’année 2003 aura produit 10% de moins que l’an denier, avec un total de 1 360 000 tonnes de raisin on se réjouit, cependant que les fruits soient d’excellente qualité. La saison de production – on sait que l’Australie étant située dans l’hémisphère sud, les saisons sont inversées, par rapport à nous – donc, la saison de production aurait été très chaude et sèche ce qui a facilité la production de raisins d’excellente qualité.

Pour l’Histoire, rappelons que ce sont des immigrants venant de Grande Bretagne qui ont emporté avec eux des ceps de vignes et les ont cultivés les premiers sur les terres arides. Dans son livre « Mieux connaître les vins du Monde », Jacques Orhon écrit : « Il n’empêche que si le capitaine MacArthur, en 1820, et ce brave James Busby, quelques années plus tard, n’avaient pas eu le bon goût de planter, de vinifier et de montrer aux autres, en un mot d’enseigner pour mieux partager ensuite le bon jus de la treille, l’Australie serait peut-être encore à l’eau et à la bière. ..»

Plus loin, Jacques Orohon décrit certains des immenses travaux que les premiers vignerons ont dû entreprendre pour permettre à la vigne, notamment, aux cépages nobles de pousser et de produire. Parmi ces grand moyens pour faire pousser la vigne, il y eut l’irrigation massive. « Dès la fin de 19e siècle, écrit Jacques Orhon, de vastes opérations (canalisations, rigoles, barrages, etc.) furent entreprises pour amener l’eau dans des zones quasi désertiques. » À propos d’irrigation, l’auteur rappelle qu’elle est totalement prohibée dans les vignobles d’Europe. Mais dans les nouveaux pays producteurs on se permet des pratiques qui, sans être un remède à tout, permet de produire des vins d’une qualité de plus en plus évidente.

D’autant plus que l’Australie favorise la culture viticole dans ses régions dont le climat est moins torrides on obtient ainsi d’excellents vins reconnus dans le monde entier. Ce qui différencie encore la viticulture australienne, c’est que par rapport aux centaines et aux milliers d’années des vignobles européens, ceux d’Australie ont moins d’un siècle et demi.

Il faut aussi savoir que le système des appellations n’est pas encore aussi installé qu’en Europe. La notion de « marque » notamment la désignation de cépage , solo ou en assemblage est plus populaire que la désignation d’un terroir ou d’une zone de production. Les choses vont sans doute s’améliorer puisque depuis 1993, un organisme officiel a commencé à définir un cadre légal pour la culture de la vigne et la production des vins et ce, dans une centaine de région de production et un nombre incalculable de sous-régions.

En Australie, on a un peu imité les États-Unis : exemple
- Si l’étiquette indique une origine, le raisin doit venir à au moins 89% de ladite région;
- Si, d’autre part, un cépage est inscrit, le vin doit contenir au moins 80% de ce cépage;
- Si on indique un millésime, les raisins doivent provenir de cette année pour au moins 96%;
- Si le vin provient de plusieurs cépages, le raisin dominant doit être inscrit en premier à moins qu’il ne s’agisse que de deux variétés présentes en proportion égale.

EXPRESSIONS TYPIQUES

Sur les étiquettes de vins australiens, on peut lire, parfois, des mots dont il est bon de connaître la signification, si on veut mieux choisir et apprécier les vins de cette vaste et presque mystérieuse contrée. Ainsi :
- BIN désigne habituellement une cuvée. Toutefois on est prévenu, cette désignation ne sanctionne pas nécessairement une qualité supérieure.
- BLEND signifie un assemblage de divers vins quelque soit l’origine, le ou les cépages, etc.

On aurait pu trouver d’autres désignations comme : Burgundy, chablis,
champagne, fino, graves, madeira, etc. etc. Il va sans dire que l’usage de tous ces mots est nettement abusif. Je soupçonne la SAQ d’avoir fait en sorte qu’ils n’apparaissent pas sur les étiquettes des bouteilles qu’elle commercialise.

LES CÉPAGES

Comme l’écrit Jacques Orhon et d’autres auteurs, la plupart des vins australiens sont élaborés avec des cépages nobles importés d’Europe, notamment. On y utilise aussi des hybrides produits localement. Les principales variétés sont pour les vins blancs, le chardonnay, le riesling, le sauvignon, le chenin blanc et quelques autres. Pour les rouges, la syrah, appelée là bas shiraz est prédominante; en fait, cet illustre cépage des Côtes du Rhône est omniprésent en Australie et y donne des vins d’une agréable complexité. Le cabernet-sauvignon, le grenache et quelques autres sont également fort populaires et engendrent de bons vins.

Rares sont les millésimes médiocres… mais les variations dues aux conditions climatiques font qu’il est difficile de se retrouver, parfois, d’une année à l’autre. D’autre part, il semblerait que de petits producteurs feraient tout. Pour que leur vin soit différent chaque année. Comment savoir?

LES VINS AUSTRALIENS ET NOUS…

On s’accorde à dire que les meilleures productions sont dues aux marques Penfolds, Lindemans, Tattarni, Coonawarra, Jacobs Creek et quelques autres. Chez nous, les vins australiens semblent être grandement appréciés des amateurs et ce, en dépit du fait qu’il y ait beaucoup de concurrence dans les magasins de vin.

Depuis le 1er juillet 2002 jusqu’à tout récemment, 30 juin 2003 on a consommé, au Québec, près de 159 M$ pour les vins australiens. Si l’ensemble du Canada a acheté plus de 30 millions de bouteilles de vins australiens, c’est au Québec que la consommation est la plus élevée avec 44% de tous les vins rouges d’Australie vendus au Canada.

On apprend que les Australiens consomment, en moyenne, 21 litres de vin par personne annuellement soit près de 40% de plus que la moyenne canadienne, dans son ensemble, Les Québécois, pour leur part, achètent tous les ans, environ 17 litres de vin par personne.

À jeudi alors que je vous proposerai quelques vins australiens.

Jean-Gilles Jutras
Ambassadeur du vin au Québec
jgjutras2videotron.ca


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