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Jean-Gilles JUTRAS
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Des gobelets pour le vin...!


Mardi le 24 mai, 2005

Des gobelets pour le vin??? Non, mais, il faut être sérieux! Pensera-t-on jamais à servir du vin dans un contenant sans tige ni pied? Pourtant, Riedel vient de lancer une série de verres nommés « O ». Dans un feuillet publicitaire, on inscrit, au premier chef :
« O » c’est nouveau,
« O » c’est différent
« O » c’est un vrai ‘Riedel’
« O » c’est un gobelet pour le vin.

Et après? Au fait, je dois vous dire que je n’ai pas encore vu ces gobelets dans une boutique spécialisée pour le service du vin. Ce n’est que sur un grand dépliant émis par l’important verrier autrichien que j’ai vu ces différents formats de gobelets défiés à consommer le chardonnay, le viognier, le riesling, le pinot noir et bien d’autres cépages du monde, car Riedel s’est fait une spécialité de dédier des verres différents pour un grand nombre de cépages.

Il y a quelques jours, j’avais reçu une invitation pour rencontrer Don Retsivo, directeur adjoint de la maison Riedel. L’invitation m’était venue par Gérald Gallant de l’agence promotionnelle Empson (Canada). Étaient également présents plusieurs restaurateurs et sommeliers professionnels. Les vins que nous avions à goûter venaient d’Australie, en importation privée, donc non disponible ici. Mais certains restaurateurs ont paru intéressés.

Les vins goûtés étaient
Sauvignon blanc, Foxes Island 2003, de J. Belsham et A. Graham –Marlborough (28,95$)
Pegasus Bay, chardonnay Waipara, 2002 de Donaldson Family (48,95$)
Domaine Serene, Yamhill cuvée pinot noir, Orégon, (54$)
Arbios Cellar 1999, cabernet sauvignon, Alexander Valley Californie

Les quatre verres appropriés
Restaurant : chardonnay – sauvignon blanc, riesling, sangiovese, -- pinot noir – cabernet, merlot. À noter, tous les verres étaient du groupe « restaurant ». Riedel fait des séries comme « ouverture », pour la dégustation, il y a ainsi plusieurs types de verre.

Nous n’avons cependant pas eu l’occasion de goûter des vins dans les fameux gobelets « O ». Par contre, le présentateur nous faisait faire des expériences fort concluantes, la plupart du temps, quand, en premier lieu, il faisait servir le vin dans le verre approprié, puis en second lieu, dans un verre qu’il appelait « joker », c’était un verre quelconque du type verre à dégustation. En troisième lieu, Monsieur Retsigo demandait qu’on verse le vin dans un autre des quatre verrez qu’il avait mis à la disposition de chacun.

J’avoue que j’ai été impressionné par les changements de perception, selon le type de verre utilisé.
Mais j’en suis à me demander combien de personnes pourraient trouver les différences entre le même vin servi dans un verre « restaurant » de Riedel et un verre de même format plus commercial… Il me semble qu’il y a là un certain déplacement de l’appréciation. Je tiens cependant à souligner que j’ai été fort surpris de constater des différences marquées par rapport au type de verre dans lequel était le vin à déguster.
Comme c’était chacun des participants qui versait le même vin dans des verres différents, il fallait se rendre à l’évidence…

Vous rappelez-vous mon papier du 21 décembre 1999, intitulé « De la bouteille au verre »? J’y racontais la rencontre mémorable entre Georg Riedel et le patriarche Robert Mondavi. J’avais pris l’idée de rapporter cette historique rencontre par un article du Wine Spectator, paru le 15 décembre de la même année 1999. La rencontre rapportée avait eu lieu en 1989. L’Autrichien Reidel tentait de prouver à Robert Mondavi que les grands vins qu’il élaborait pourraient être mieux apprécier si on les servait dans ses verres. « Jeune homme (Georg Ridel avait alors 39 ans) lui rétorqua Mondavi, je n’ai jamais entendu de paroles aussi insensées. »

Voici la suite de mon papier de décembre 1999
« Riedel ne s’est pas compter comme battu et un peu plus tard, il convainquit Michael, le fils aîné des Mondavi de lui permettre de tenir une dégustation comparative avec ses verres et ceux qu’on utilisait régulièrement à la propriété. Il répétait encore que ses verres amélioreraient les sensations tant au nez qu’en bouche. Mondavi déclara alors que Riedel était quelque peu «timbré», qu'il y a certes une différence entre un verre à eau et un verre pour le vin, mais sans plus…

L’expérience eut lieu. On a dégusté quatre vins : chardonnay, sauvignon blanc, pinot noir et cabernet sauvignon, dans des verres couramment utilisés chez Mondavi, parallèlement à des verres créés spécifiquement, par Riedel pour chaque cépage. » (fin de mon précédent papier) Robert Mondavi fut sans doute convaincu puisqu’il donna l’ordre sur le champ, de sortir tous les verres de la maison pour les remplacer par des verres Riedel. » Pour ma part, je ne crois pas qu’il soit nécessaire d’avoir des verres pour chaque variété de vin, mais laissez-vous conseiller et vous verrez la différence.

À ce propos, si vous êtes déjà allés en France, vous aurez sans doute remarqué que chaque région propose un verre pour les vins qu’on y produit, Le verre d’Alsace, on le sait consiste en une longue tige surmontée d’une coupe en forme de demi globe; en Bourgogne, on utilise souvent un verre bas sur tige mais une coupe plus évasée du type qu’on utilise souvent pour un cognac ou autres eaux de vie. En Loire, bien des verrez ressemblent à ceux d’Alsace, mais la coupe est plus refermée… Que Riedel ait adopté et adapté ces différences, il paraît possible que cela soit!

Au fait, je ne crois pas que Riedel puisse croire que l’amateur se procurera chaque série de leur verres pour chacun des cépages du monde entier. Il s’agit plutôt de choisir un verre qui pourra convenir à la plupart des vins qu’on consomme régulièrement. Le chroniqueur Jean Aubry dans son livre ‘Les 100 meilleurs vins pour elle » écrit : « Oui mais, s’il n’y avait qu’un verre à se procurer pour tous les types de vins, que me recommanderiez-vous? Je vous propose sans hsiter, toujours chez Riedel, le verre bordeaux dans la série ‘Ouverture’. »

J’en dis autant puisque c’est justement ce type de verre que j’utilise maintenant plutôt que le « p’tit » verre à dégustation dit INAO. Les verrez ‘ouverture’ que je me suis procuré me coûtent environ 10$. Je vous invite fortement à tenter l’expérience.

Bonne semaine,
Jean-Gilles Jutras
Ambassadeur du vin au Québec


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