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Jean-Gilles JUTRAS À la découverte
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Mardi le 02 mai, 2000
Récemment, on abordait ici-même les appellations d’origine contrôlée, les AOC, comme on dit couramment. Il peut être utile et intéressant de compléter par des données sur les «crus» classés et autres désignations, au dessus des AOC proprement dites.
Ainsi, dans le Bordelais, les classements des vins remontent à 1855 pour le Médoc et le Sauternais. On sait qu’il y eut, cette année-là, une exposition universelle en France et on avait demandé aux autorités viticoles de Bordeaux de présenter les vins de la Gironde selon certaines classes qui existaient déjà sans exister vraiment.
On avait bien, depuis toujours, certaines hiérarchies dans les vins produits en Aquitaine, mais rien n’était écrit ni encore moins promulgué.
Comme il fallait se rendre aux demandes de gouvernement, on décida d’un classement basé notamment sur le prix des vins, à l’époque.
On peut sans doute s’interroger sur cette façon de procéder… On pourrait expliquer en disant que si on pouvait exiger des montants assez élevés et que les amateurs consentaient à les payer, c’est sans soute que les vins valaient ces prix… De sorte que c’est selon ce principal critère que fut établi le classement de 1855. Ce qui est le plus surprenant, c’est qu’à peu de chose près, ce classement qui, en passant, n’a jamais eu force de loi, tient toujours.
En fait, l’imposante liste des crus classés du Médoc et du Sauternais n’aurait été corrigée qu’une fois, en 1973, alors que le château Mouton Rothschild qui, en 1855, avait été classé second cru, a été promu en premier cru. Ce qui a permis au Baron Philippe de Rothschild (s.v.p. à prononcer à la française…) de changer sa devise. En effet, la famille Rothschild avait inscrit sur ses bouteilles :
«Premier ne puis,
second ne daigne,
Mouton suis». (Était-ce le verbe suivre ou le
verbe être? Qu’en dites-vous? –
Après la révision, en 1973, le Baron Philippe adopta une nouvelle devise :
«Premier je suis,
Second je fus,
Mouton ne change».
Et vlan! Il semble qu’il aura fallu plus de cinquante ans pour obtenir la reconnaissance de «premier cru»; il est vrai que Philippe n’avait obtenu de son père la responsabilité de Mouton que dans les premières années du 20e siècle.
Pour revenir au classement de 1855, on avait alors reconnu, toujours d’après les prix payés à l’époque, qu’il y aurait cinq classes de vins, dites premier, deuxième, troisième, quatrième et cinquième crus classés; c’est toujours ce qui existe, même si, régulièrement, certains tentent de remettre en question cette liste presque immuable.
Dans le Guide mondial du connaisseur de vin, (éd. de 1983) Hugh Johnson notait qu’Alexis Lichine avait tenté, en 1959 une nouvelle classification, applicable à TOUS les bordeaux.
On est bien obligé de constater qu’en l’an 2000 il n’y a pas eu de changements.
À noter que le classement de 1855 ne concernait que les vins du Médoc et du Sauternais. Ce ne fut qu’un siècle plus tard que Saint-Émilion s’est donné un tel système. Pomerol se refuse encore à tout classement.
Il y a, dans le Bordelais, plusieurs autres régions de production de vins qui n’ont pas la reconnaissance des crus classés; de sorte que les crus bourgeois du Médoc forment une classe à part et que dire des vins des zones de Barsac, des Graves, de l’Entre-deux-Mers et de bien d’autres régions viticoles!
Ce n’est certes pas nous qui y changerons quelque chose… Quand il y a des «sous», on n’est pas intéressé à descendre de rangs. Pensez donc, pour revenir au château Mouton Rothschild, (1er cru de Pauillac) le millésime 1996 coûte 249 $, alors que pour le château Lynch-Bages, (5e cru de Pauillac), 1996 également, il faut payer 49 $, c’est tout dire, n’est-ce pas? Quant à moi, j’avoue ne pas être assez fortiche pour faire la différence. Si ce n’est l’espace différent fait à mon portefeuille…
Bonne découverte!
Jean-Gilles Jutras
Ambassadeur du vin au Québec,
jgjutras@videotron.ca
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