Je le soulignais au début du 36e chapitre de « mon histoire du vin », l’Espagne est le premier pays viticole au monde, du moins quant à la superficie plantée en vigne, avec 1,2 million d’hectares. Quand on regarde une carte géographique, on constate qu’il semble y avoir de la vigne partout, en Espagne à un point tel que les habitants du pays eux-mêmes, appellent leur patrie « la piel de toro » c’est-à-dire la peau de taureau, tant elle est tachetée, tel un membre de la race bovine.
Toutefois, l’Espagne arrive en troisième position pour ce qui est de la production de vin, soit autour de 30 millions d’hectolitres, en moyenne. Ceci s’explique par un climat en général très sec et chaud, de même que par le manque d’irrigation. La configuration du terroir espagnol est assez spécial, l’élément principal est un immense plateau établi à 650 m. au dessus du niveau de la mer, ce plateau est entièrement entouré de montagnes.
Au temps où je donnais des cours sur le vin, pour l’Amicale des sommeliers, les vins d’Espagne étaient peu prisés. On les trouvait très secs, rudes et sans finesse. Il est vrai que les vins espagnols semblaient plus rustiques, même plus « sauvages » que d’autres, notamment ceux de France qui avaient la faveur des amateurs québécois, j’avoue que ces caractéristiques ne me déplaisaient pas,
Je me rappelle que lors d’une visite de producteurs espagnols, à l’ancienne Maison des vins de la Place Royale, à Québec, on avait demandé aux visiteurs pourquoi leurs vins nous intriguaient par leur caractère rustaud et sévère… « Il nous semble que vos vins ne plaisent pas à tout le monde » a-t-on dit. La réponse vint nette et claire : « Nous faisons du vin pour nous et comme nous l’aimons! ». C’était sincère, mais, avouons-le, « peu commercial »,
Des changements remarqués
En 1986, l’Espagne est entrée dans l’Union européenne (le Marché commun), il y a 20 ans, cette année. De ce fait, elle doit s’astreindre aux prescriptions qui se rapportent au domaine viti-vinicole. Mais l’Espagne a conservé le pouvoir « de gérer ses vins de qualité conformément à ses propres usages et, bien entendu, aux caractéristiques de son terroir. » Et c’est bien ainsi! Pourtant, bien des amateurs constatent qu’un certain raffinement s’est produit depuis quelques années. Ou alors, ce sont les consommateurs qui se sont habitués (?).
Je crois, personnellement, qu’il y a un peu des deux. Les vignerons espagnols, influencés, peut-être, par de grands producteurs au talent réputé, comme les Torres, ont donné le ton, pour une amélioration qualitative ce qui n’a pas été sans un net progrès par rapport aux sensations gustatives des vins. Ceci, heureusement, ne s’est cependant pas fait en éliminant les véritables qualités propres aux vins de la Péninsule ibérique qui sont encore bien différents des vins d’autres pays européens ou d’ailleurs.
Ces particularités qui personnalisent les vins espagnols sont dues aux cépages locaux ou autochtones, au climat, au terroir et à d’autres facteurs semblables.
Histoire = climat = terroir = cépages…
Le vignoble, en Espagne, comme dans la plupart des autres régions autour de la Méditerranée prend origine du passage des Phéniciens et, peut-être, plus intensément, de la présence dominatrice des Romains. On l’a dit, c’est un immense vignoble à faible rendement.
Il faut rappeler que l’Espagne et surtout la vigne subissent pour la plupart, un environnement climatique méditerranéen sec et très chaud (rappelons que la vie active, en Espagne arrête presque vers l’heure du midi pour ne reprendre qu’autour de dix-sept heures. Ces conditions ne sont pas sans influencer le cycle végétatif de la vigne. Le raisin, en effet, a tendance à mûrir rapidement et trop… d’où une concentration exceptionnelle de matières et d’alcool. Ces conditions sont la cause de l’effet « rustique » des vins.
L’Espagne cultive bon nombre de variétés de raisins qui lui sont exclusifs. On parle de tempranillo. monastrel, perellada et quelques autres; certains cépages, connus en France, par exemple, ont des noms différents : garnacha, cariñena, malvoisia, etc.
La Rioja
Encore une fois, quand j’ai donné des cours sur le vin, il y a une vingtaine d’années, la Rioja était à peu près la seule région d’Espagne dont les vins étaient inscrits au répertoire de la SAQ. (voir note au bas)
La Rioja est une magnifique région viticole à proximité des frontières avec la France,. C’était, dans bien des cas, un passage obligé, autrefois, pour les pèlerins cheminant vers Saint-Jacques de Compostelle situé plus à l’ouest. Comme on l’écrit dans la grande encyclopédie Hachette « Connaître et choisir le vin », l’histoire de la vigne dans la Rioja remonterait à l’Antiquité, par la suite, les Romains ont eu une grande influence, ouis ce furent des communautés de moines qui bâtirent de nombreuses abbayes et hostelleries pour les pèlerins de Compostelle.
Mais ce qui surprend le plus, par rapport aux vins de la Rioja, c’est le fait que « L’essor économique moderne de cette région viticole est lié au Bordelais qui, soumis au milieu du 19e siècle aux ravages successifs de l’oïdium et du mildiou, puis du phylloxéra, allait chercher dans cette région d’Espagne un substitut à ses vins dont la production s’était effondrée ».
On conclut que cette situation a été bien profitable à la Rioja. On n’en doute absolument pas. Pour être un peu méchant envers le Bordelais, on peut dire les vins de Bordeaux ont souventes fois bénéficier de ceux d’autres régions, comme les Côtes-du-Rhône ou le Roussillon.
Pour votre information, la Rioja tire son nom du rio (rivière) OJA, affluent de l’Ebre. La Rioja est séparée de la France par deux autres régions, la Navarre et le Pays basque. La géographie est composée de coteaux et de collines très favorables à la viticulture. La Rioja est divisée en trois sous-régions : Rioja alavesa, située en bonne partie, dans la province basque d’Aleva (d’où son nom); la Rioja alta (haute) sur les bords de l’Ebre; et la Rioja baja (basse) qui occupe plus du tiers du vignoble de la Rioja. Beaucoup de vins génériques de la Rioja proviennent d’un assemblage de raisins produits dans les trois sous-régions.
La Catalogne
Depuis quelques décennies, on entend aussi souvent parler de la région de Cataluña, la Catalogne. D’abord par la place prépondérante qu’a prise la maison Torres dont les vins font l’unanimité des amateurs œnophiles. Torres possède, depuis plusieurs centaines d’années, un immense domaine, de quelques centaines d’hectares, notamment à Villafranca dans le Penedes, en Catalogne. Aujourd’hui, et ce depuis quelques décennies, Torres a également pris pied en Amérique latine, en continuant toujours de « faire de la qualité »,
C’est aussi en Catalogne qu’on produit la plus grande partie du « cava » vin effervescent espagnol détenant une appellation d’origine. Le mousseux « cava » est élaboré selon la méthode traditionnelle (champenoise), par des maisons réputées comme Codorniu, Freixenet, et autres, la plupart établies à Sant Sadurni d’Anoia.
Jérès ou sherry
Il n’y a pas de doute, le vin le plus connu d’Espagne, encore que peu de gens sachent qu’il s’agisse d’un produit espagnol, c’est le jérès, dit xérès en France ou sherry, dans le monde entier. Il y a plusieurs types de jérès : fino, amontillado, oloroso et bon nombre de creams. Tous sont des vins fortifiés, comme le porto du Portugal, les banyuls et autres rivesaltes français. Un autre vin doux fortifié d’Espagne c’est le Malaga produit dans la ville située en Andalousie qui lui donne son nom.
Il y aurait encore beaucoup à dire sur l’Espagne. Mais ce 37e chapitre est une bonne base. Pour en savoir plus, je vous invite à consulter d’autres sites ou des volumes dédiés au vin.
À une prochaine!
Jean-Gilles Jutras
Ambassadeur du vin au Québec
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NOTE : (La SAQ d’aujourd’hui, s’est d’abord appelé, on s’en souvient, la Commission des liqueurs de Québec (1921-1961) puis, plus tard, la Régie des Alcools du Québec (1961-1971) – au fait, même s’il y a plus de 35 ans que l’organisme d’état s’appelle la Société des alcools du Québec ou SAQ, plusieurs personnes disent encore erronément, la Régie des alcools. Précisons encore qu’il existe toujours une Régie des alcools qui s’occupe de surcroît des courses et des jeux, c’est la RACJ, responsable des permis de toutes natures pour le commerce des produits alcooliques, en plus de réglementer les courses et les jeux dont loto-Québec ).