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Jean-Gilles JUTRAS À la découverte
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Mardi le 29 août, 2000
Même si le vignoble d’Alsace existait bien avant l’envahissement des Romains, les vins qu’on y produit sont souvent bien mal connus, notamment au Québec, et sont aussi fort mésestimés. Pourtant ce sont des vins tout en finesse, en délicatesse et pleins de jolis parfums et de saveurs des plus agréables.
Un peu au nord du Jura et de la Savoie, à l’extrême est de la France, jouxtant l’Allemagne et abritée par les Vosges, la fière Alsace viticole s’étale sur moins de 15 000 ha de vignes, répartis entre 8 500 propriétaires. Le vignoble s’étend sur 120 kilomètres en longueur, par quelques kilomètres en largeur. L’Alsace ne fait rien comme les autres vignobles. Tous les vins portent, en général, le nom du cépage qui les engendre et presque toutes les variétés de vignes - il y en a onze - sont dites «nobles».
C’est le cas du gewurztraminer (20% de l’encépagement total), du riesling (20%), du pinot gris (5%) et du muscat (3%). Le seul cépage noir autorisé est le pinot noir (6,5%) avec lequel on fait du «rosé» et surtout, de plus en plus souvent, de l’Alsace rouge. Les autres cépages d’Alsace sont : le sylvaner (18%), le pinot blanc et l’auxerois (19%), le chasselas (2,5%). On trouve encore un peu de klevner de plus en plus délaissé. Le peu de chardonnay qu’on cultive en Alsace ne peut être utilisé que pour le crémant d’Alsace, un agréable mousseux préparé selon la méthode traditionnelle.
En Alsace, on élabore certains vins de consommation courante avec plusieurs cépages. On les appelle edelzwickers. Les cépages utilisés sont, habituellement, le sylvaner, le pinot blanc, le riesling, etc.
La tradition demande qu’aucun cépage ne soit prédominant. Peu répandu (il n’y en a pas à la SAQ), l’edelzwicker doit être bu jeune et servi assez frais, sur place. On le présente en carafe. C’est un vin de soif qu’il n’est pas utile de laisser vieillir, quoiqu’il soit tout à fait charmant.
. L’Alsace est en train d’établir une tradition avec certaines variétés de vins : les sélections de grains nobles ou encore les vendanges tardives. Étant donné que ces vins demandent des traitements particuliers et qu’il y a de nombreux risques qui leur sont attachés, on les vend à des prix assez élevés.
On reproche souvent aux vins d’Alsace d’être doux ou sucrés. C’est mal les connaître et surtout les goûter avec des préjugés. Ces vins, en général, sont relativement secs en ce sens qu’ils n’apportent pas beaucoup plus de sucre résiduel que la plupart des autres vins. Sauf que les cépages utilisés, riesling, pinot gris, muscat et particulièrement le gewurztraminer (gewurz veut dire épice) sont naturellement très parfumés, ce que l’imagination populaire traduit en douceur.
On aurait intérêt à les apprivoiser et à les servir plus souvent en ayant soin de les accompagner de plats qui leur conviennent. Les plats typiques d’Alsace sont tous désignés. Certaines cuisines exotiques comme celle où entre le curry, par exemple, se révèlent en présence du gewurztraminer qui, de plus, se marie merveilleusement avec un fromage provenant des Vosges, le munster.
Le Crémant d’Alsace prend de plus en plus une bonne place parmi les mousseux. On l’obtient selon la méthode qui prévaut en Champagne, par deuxième fermentation en bouteille. Le très rare Crémant rosé est issu du pinot noir. Pour le blanc, on le produit avec à peu près tous les autres cépages alsaciens.
Le Tokay-Pinot-Gris s’appelait, autrefois, seulement Tokay d’Alsace. Aujourd’hui, pour éviter la confusion avec un produit de Hongrie qui n’a aucune similitude avec le produit d’Alsace, on a tendance à éliminer l’appellation tokay pour celle de pinot-gris. C’est un des plus grands vins d’Alsace quand il est produit par une maison sérieuse. Comme l’explique un auteur : «C’est un vin qui ne déplaît à personne…».
Le Gewurztraminer est fort difficile à écrire et encore plus à prononcer. Mais quel VIN !!! Il est habituellement sec même si ses arômes et ses saveurs laissent croire à une présence de sucre (il y en a bien un tantinet…) mais le «gewurz», comme on dit couramment, est suave et capiteux.
Le plus connu des vins d’Alsace est certainement le Riesling. Pourtant, autant il peut être populaire, autant on peut ne pas aimer ses arômes dits de «pétrole». Le sous-sol de la région de production apporte ces notes métalliques et minérales qui, quand le moût est mal vinifié, s’amplifient au point d’agresser le consommateur. Il s’agit de choisir les meilleures maisons qui savent maîtriser les ardeurs du riesling.
Jeudi, des suggestions de vins d’Alsace. Salut!
Jean-Gilles Jutras,
Ambassadeur du vin au Québec
jgjutras@videotron.ca
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